Tome IV - Fascicule 5 - janvier-mars 1990


Les observatoires du fort d?Embourg

Émile COENEN


Désirant apporter quelques rectifications et compléments d'information à l?article de Gaston Salle sur le fort d?Embourg, je vous propose de détailler les observatoires de ce fort.

Pour observer le terrain environnant, les forts réarmés de la PFL 2 ne disposent, en 1937, que de leur observatoire cuirassé (ancienne coupole phare) au centre du massif central, et de leur prise d'air. Ces deux systèmes d'observation sont cependant très aléatoires étant donné les nombreuses vues cachées par les vallons, les dépressions de terrain, les bois, les haies, etc.

Aussi, le 13 juin 1937, le Ministre de la Défense nationale estime qu'il est préférable que les forts disposent d'une série d'observatoires sous abris.

Après de nombreux projets, c'est la solution la plus économique qui est adoptée, à savoir : la modification des observatoires d'infanterie, déjà construits, en observatoires au profit des forts. Les différents intervalles des forts de la PFL 1, 2 et 4 comprennent une série d'observatoires d'infanterie. Certains de ceux-ci seront modifiés.

En ce qui concerne le fort d'Embourg, celui-ci disposera, le 10 mai 1940, de deux observatoires que sont l'abri BE 8 et EC 1bis.

Le premier, implanté dans l'intervalle Boncelles-Embourg, est repris sous le dénomination BE 8. Cet abri, construit en 1934 par les entreprises Duyve-Waardt de Roulers, comprend deux niveaux et dispose de deux mitrailleuses tirant dans des axes divergents, et d'une cloche de guet. De janvier à décembre 1939, BE 8 sera modifié par la firme Travaux hydrauliques et Entreprises générales, autrement dit Travhydro.

Les modifications les plus importantes apportées à l'abri sont les suivantes : tout d'abord, on modifie les embrasures de la cloche de guet en vue d'étendre son champ d'observation et permettre le tir au GP (pistolet à grande puissance). Le local de l'étage bas devient un "local de détente hermétique". Pour ce faire, les portes sont rendues hermétiques ainsi que la trappe d'accès vers l'étage-haut. De plus, chaque ouverture est pourvue d'un volet hermétique et un ventilateur de type "Bockholtz" y est installé. À l'étage haut, les deux bacs à argile, permettant l'emploi de la mitrailleuse ou du fusil-mitrailleur sur leur affût de campagne, sont remplacés par deux affûts "Chardome".

Les embrasures sont modifiées et un volet d'acier de 6 cm d'épaisseur, provenant de la batterie Wilheim II à Knokke, obture celles-ci. Divers aménagements sont réalisés à l'intérieur de l'abri afin de permettre à la garnison de sept hommes de vivre dans un confort relatif. Le local de détente sera équipé de lits et de transatlantiques ainsi que d'une table et divers petits matériels tels que : lampes, réchaud, rations et boissons, pharmacie, etc. Tout ce matériel est livré par des fournisseurs qui sont encore connus à Liège : Troisfontaines, quai de la Batte, Fonder Burnet, rue des Dominicains, Wuidar et Fils, de Wandre, Nijstrom, rue des Rivageois, Petit, de Grivegnée, etc.

Malheureusement BE 8 a un champ d'observation plutôt réduit. Il n'observe que le pied des collines d'Embourg et un peu le village et le pont de Tilff.

De plus, n'ayant pas d'embrasure frontale, il n'a aucune action sur une grande étendue. Cela causera probablement sa perte en mai 1940.


Quant au second observatoire du fort d'Embourg, EC 1 bis, nous allons nous y attarder un peu plus longuement.

Dès 1937, il est prévu de construire un abri-observatoire au sommet de l'éperon rocheux au lieu-dit "Trixhay" à Embourg. Tout d'abord, on dresse un plan de l'abri à l'aide d'une cloche de mitrailleuse primitivement destinée au fort de Sougné-Remouchamps.

Représentant une masse trop importante, le premier projet est supprimé et remplacé par un second de dimension plus réduite.

Mais, à partir de mai 1939, l'emploi de cette cloche est réservé à un autre usage ; aussi, le 7 juin 1939, établit-on alors un plan, celui-ci définitif, d'un abri-observatoire possédant une cloche FM type 1 d'un poids de 18 tonnes avec des parois de 1,30 m d'épaisseur.

La masse totale de cet abri est de 106 m³ et son coût est estimé à 275.000 francs de l'époque (en francs actuels, il convient de multiplier par 21).

Ce projet est approuvé et la soumission se fait en date du 18 décembre 1939. Elle est adjugée à la firme Deridder-Cantillana de Bruxelles.

L'hiver 1939-1940 étant très rigoureux, le bétonnage est très souvent interrompu. Aussi, le jour de l'invasion allemande, l'abri venait à peine d'être terminé.


Date de mise à jour : Jeudi 12 Novembre 2015