Tome IV - Fascicule 5 - janvier-mars 1990


Il y a 50 ans

Pierre BEAUJEAN


Le 10 janvier 1940, les plans d'invasion allemands tombent du ciel

En octobre 1939, Hitler avait demandé à ses généraux un plan d'opération à l'ouest, qui prévoirait le passage à travers la Belgique, la Hollande et le Luxembourg. Il avait fixé la date de l'offensive au 12 novembre. En raison des conditions météorologiques, elle fut ajournée 14 fois jusqu'au 10 mai 1940.

Ce plan, appelé Fall gelb (Opération jaune) était largement diffusé dans les états-majors allemands lorsque, le 10 janvier, l'état-major belge obtint des documents s'y rapportant, grâce à un incident quasi incroyable.

En effet, ce jour-là, un avion Me 108 (1) piloté par le major Hoenemanns et transportant le major Rheinberger, officier d'état-major de la Luftwaffe, fait un atterrissage forcé à Mechelen-sur-Meuse.

(1) Selon la référence 1, il s'agirait d'un avion Fieseler Storch ; selon la référence 2, il s'agit d'un Messerschmitt Me 108 du type "Taïfun", immatriculé DNF+AW, avion de tourisme mis en service le 24 juin 1939.

Rheinberger est chargé de porter au général von Bock, chef d'armée B, des modifications au plan détaillé de l'avance à travers la Belgique, confiée à la 6e armée. Ce plan comporte, entre autre, un projet de débarquement de parachutistes à Gand.

Ayant raté son train, Rheinberger accepte l'offre de Hoenmanns de le transporter de Munster à Cologne. Au-dessus de la Ruhr, le pilote s'égare à cause d'une nappe de brouillard, prend la Meuse pour le Rhin, et, dans son désarroi, branche l'arrivée d'essence sur un réservoir déjà vide. C'est la panne sèche, avec un réservoir rempli ! Et l'arrestation par une patrouille belge.

Dès l'atterrissage, Rheinberger tente, à deux reprises, de brûler ses documents. Chaque fois, les documents sont récupérés, partiellement consumés mais suffisamment lisibles pour que leur traduction ne laisse aucun doute sur leur importance.

Il s'agit de dix feuillets dactylographiés et de deux fragments de carte.

Le tout contient des instructions concernant les missions de reconnaissance et les débarquements aériens que devaient effectuer les 2e et 3e flottes aériennes. Les zones à bombarder (secteur de Dinant), l'état de défense du territoire situé entre la Meuse et la frontière française, une appréciation des possibilités d'atterrissage à l'ouest de la Meuse sont aussi indiqués.

Seule la date d'exécution manque.

Le général Van Overstraeten est averti de la découverte le soir même et reçoit la traduction le lendemain matin. Le roi Léopold décide d'aviser le général Gamelin et les états-majors anglais et néerlandais. Un résumé parvient le jour même au général Gamelin. (2)

(2) Un de nos membres, mobilisé, a assisté dans un état-major, en 1940, à des discussions portant sur la probabilité de réalité de la menace d'invasion ou d'essai "d'intoxication" par les Allemands.

Berlin ignorait le contenu des documents saisis. Hitler, dans l'incertitude de ce que les Belges ont pu apprendre, renonça le 13 janvier, "en raison de la situation météorologique", à l'exécution de l'Opération jaune et retarda l'invasion. Le plan d'opération fut amélioré. Le général von Manstein ayant suggéré de lancer des divisions cuirassées à travers l'Ardenne pour bénéficier de l'effet de surprise, Hitler fit sienne cette idée. Le débarquement aérien à Gand fut remplacé par un débarquement aérien en Hollande.

Après le 10 mai 1940, les deux officiers allemands prisonniers furent remis aux Anglais, transférés en Angleterre, puis au Canada. Tous deux seront rapatriés en Allemagne dans le cadre d'un échange de prisonniers de guerre malades. Traduits en cour martiale, Hoenmanns sera acquitté et terminera la guerre comme lieutenant-colonel. Rheinberger verra sa carrière brisée et ne recevra plus aucune promotion. Tous deux survivront au conflit.

Références

1. DE LAUNAY Jacques, Les grandes controverses de l'Histoire contemporaine - 1914-1945, Lausanne, Éditions Rencontre, 1964.

2. VANWELKENHUYZEN Jean, La drôle de guerre en Belgique - Les plans tombés du ciel, Bulletin spécial 27 édité par "Les Amis du Musée de l'Air et de l'Espace", février 1980.



La mort du sous-lieutenant aviateur Xavier Henrard

Le 2 mars 1940, un avion militaire allemand du type Dornier 17 violait la neutralité du ciel belge. Ce n'était ni le premier, ni le dernier.

Au-dessus de Saint-Hubert, une patrouille belge composée de trois chasseurs "Hurricane", commandée par le sous-lieutenant Henrard, a encadré l'intrus. Il est impensable qu'à ce moment, les Allemands aient pu penser qu'ils étaient ailleurs qu'en Belgique. Si la fuite devenait pour eux impossible, ils devaient se résigner à se poser. Au lieu de cela, ils ont brusquement ouvert un feu nourri de mitrailleuse et ont abattu l'avion du sous-lieutenant Henrard qui a trouvé la mort en faisant son devoir, près de Bastogne.

Le gouvernement du Reich a exprimé des regrets en réponse à l'énergique protestation du Ministre belge des Affaires étrangères, Monsieur P.-H. Spaak.


Date de mise à jour : Jeudi 12 Novembre 2015