Tome IV - Fascicule 11 - juillet-septembre 1991


Il y a cinquante ans. Nuit tragique au quartier des Vennes (du 9 au 10 juillet 1941)

Armand COLLIN


Note de la rédaction. Monsieur Armand COLLIN, éditeur responsable du bulletin Sur Meuse et Ourthe, du Groupe de Recherche du Comité de quartier Vennes-Fétinne, membre actif des réunions du mardi du CLHAM, nous autorise à publier l'essentiel de son récit et, fort aimablement, accepte que nous nous abstenions de reproduire les nombreux témoignages, plans et photos qui l'appuient et dont nous pensons qu'ils intéresseront surtout les habitants du quartier des Vennes-Fétinne.


Certains prétendent et sont parfois écoutés, qu'il faut oublier les faits de guerre, ne plus remettre au jour les horreurs et les souffrances de cette époque.

En ce qui nous concerne, nous sommes d'avis qu'il faut le faire maintenant, sinon plus personne ne se souviendra des parents, amis, voisins, habitants de notre quartier, victimes de la barbarie aveugle de la guerre.

Ce travail, présenté dans Sur Meuse et Ourthe afin de commémorer le cinquantenaire du bombardement du quartier des Vennes, est dédié à ceux de chez nous qui furent les victimes innocentes de la nuit tragique du 9 au 10 juillet 1941.

Nous pensons plus particulièrement à un petit garçon âgé de cinq ans et demi. Il habitait rue de Froidmont et fut tué par des éclats de bombes, dans la rue de Londres.


Où en était la guerre début juillet 1941 ?

Avril 1941 : l'armée allemande envahit la Grèce, la Yougoslavie puis la Crète ; en Afrique, avance extrême de l'Afrika Korps (Saloum)

Juin 1941 : premiers raids anglais sur la Ruhr et invasion de la Russie par l'armée allemande

1er juillet 1941 : offensive de la RAF sur l'Allemagne et le nord de la France

10 juillet 1941 : début de la bataille de Smolensk


9 juillet 1941

Au quartier des Vennes, la journée du mercredi 9 juillet 1941 fut fort semblable aux précédentes. Il faisait chaud, avec un ciel bleu dans lequel aucun nuage n'atténuait les ardeurs du soleil sur la ville. Depuis longtemps, on n'avait plus connu une telle période de beau temps.

Ce soir, comme d'habitude à l'époque, rue de Froidmont, les enfants jouent entre les buissons qui bordent le grand mur de l'usine Cuivre et Zinc, tandis que les aînés, assis devant les petites maisons vieillottes, prennent le frais en devisant de choses et d'autres. Certains hommes jouent "au bouchon" (1) sur le sol en terre battue, au-delà de l'étroite chaussée pavée longeant les anciennes bâtisses.

(1) En général, le "bouchon" est un morceau de manche de brosse, long de 5 cm environ, sur lequel les joueurs placent leur mise. II doit être atteint par une plaque ronde en fer de plus ou moins 10 cm de diamètre et épaisse d'environ 1 cm. Se joue sur un sol en terre battue.

L'occultation étant de rigueur, dès le soir tombé, les familles rentrent chez elles et vont se mettre au lit, sans se douter que dans quelques heures, pour dix des habitants de la rue, ce sera le dernier réveil.

Après la tombée de la nuit, une nappe de brume se forme dans les vallées de l'Ourthe et de la Meuse.


10 juillet 1941

Vers 1h00, on commence à entendre de nombreux avions survoler la ville. Les gens, tirés de leur sommeil, se lèvent et s'habillent rapidement, bien que les sirènes n'aient pas encore sonné l'alerte. Ils sont inquiets ces gens, ils écoutent les bruits des moteurs d'avions et se rendent compte que ces avions tournent au-dessus d'eux.

Ils se méfient, car devant eux, se dresse l'importante usine Cuivre et Zinc qui peut présenter un intérêt stratégique. Bon nombre de petites maisons de la rue n'ont pas de cave capable de les abriter efficacement, ce qui explique peut-être le départ de nombreux habitants vers le boulevard de Laveleye.

Sur ce boulevard, les maisons sont plus récentes, surtout plus importantes et plus solidement construites. Les gens savent qu'il existe un vaste abri antiaérien capable de les accueillir à la Linalux (2).

(2) Linalux : union des centrales électriques Liège-Namur-Luxembourg, dont le siège occupait les immeubles sis à l'angle du boulevard Émile de Laveleye et de la rue de Spa. Ces bâtiments, aujourd'hui abandonnés, portent les numéros 70-72 du boulevard et numéro 1 de la rue de Spa.

Par petits groupes, ils partent par la rue Joseph Delboeuf, dont certains habitants leur emboîtent le pas. Il est à ce moment 1h20.

Arrivés à l'angle du boulevard Émile de Laveleye et de la rue des Vennes, d'autres personnes suivent le groupe, parmi lesquels Ursmard Legros, 35 ans, avocat et ancien député. Il est en visite chez sa mère Judith Henrard, veuve de Jean Legros, rue des Vennes, 230.

Laissons-lui la parole :

"Dès l'alerte donnée par les sirènes à 1h22, ma mère, mes soeurs et moi-même, ainsi que Monsieur Hiard, venant tous de la même maison, avons quitté le 230, rue des Vennes, sis à l'angle du boulevard Émile de Laveleye.

"Nous avons vu un groupe d'une quarantaine de personnes, venant de la rue Joseph Delboeuf et se dirigeant vers le siège de la Linalux, à l'angle de la rue de Spa, où je sais qu'il existe un abri antiaérien.

"Le groupe d'une quarantaine de personnes s'y est présenté juste avant nous. J'ignore la réponse qui a été faite par le gardien. Le groupe s'est éloigné en longeant les immeubles du boulevard, en direction de la rue de Londres.

"En ce qui nous concerne, c'est Monsieur Hiard qui a frappé à la porte de la Linalux. Le gardien a ouvert et j'ai entendu qu'il disait : "Ce n'est pas public". Nous n'avons pas insisté et avons suivi la même direction que le groupe.

"À peine une minute après, les bombes sont tombées, j'ai été blessé et renversé. Je me suis relevé et suis retourné chez ma mère, rue des Vennes, 230. J'ai pu y constater à mon arrivée qu'il était exactement 1h35."

Monsieur Legros ne se trompe pas, une série de bombes est tombée et plusieurs impacts sont signalés :

sur les ateliers, bureaux et jardins de l'usine Cuivre et Zinc (quatorze bombes incendiaires),

sur la rue de Froidmont, entre les bureaux et les ateliers de la même usine ; une bombe explosive y a provoqué un entonnoir profond de trois mètres, près du mur de l'usine, déchirant une conduite de gaz de ville sous pression de deux kilos,

rue des Vennes, 137, une bombe incendiaire cause un incendie,

une autre bombe incendiaire tombe sur un garage isolé, rue des Vennes, en face du 137,

la bombe explosive est tombée sur le boulevard Émile de Laveleye, sur le trottoir devant le 48,

une troisième bombe a explosé sur le remblai du chemin de fer, place des Nations, à hauteur de la rue de Verviers.

Ce sont là les trois explosions signalées à 1h30 dans la chronologie officielle des faits.

Deux bombes sont tombées sans exploser, rue de Londres et place des Nations. Quatorze bombes incendiaires sont tombées sur Cuivre et Zinc mais les foyers sont rapidement maîtrisés au moyen de seaux d'eau et de sable par des ouvriers de l'usine aidés des pompiers du poste central de Liège.

Très vite, les secours arrivent sur place ; ils sont déjà sur le boulevard Émile de Laveleye à 1h45, où les numéros 46 et 50 sont fort endommagés, la façade du 48 étant écroulée.

Cette bombe a été meurtrière, déjà sept corps sont étendus sur le terre-plein du boulevard, entre les rues de Spa et de Londres. Certains sont identifiés. Un couple et son enfant sont retirés morts de la cave du 48, d'autres encore des ruines.

Vers 1h44, juste avant l'arrivée des secours, une bombe explosive atteint la voie de chemin de fer près du viaduc du boulevard Émile de Laveleye, faisant de nouvelles victimes dont Hubert Goffin (voir le texte en annexe : "Un de chez nous"), Jeanne Chaineux, et Guillaume Lahaye, ainsi que quatre autres personnes dans la rue de Londres, dont André Marimi. À ce moment, on dénombre quatorze tués sur place.

Partout ce n'est que désolation. La Défense passive, dont c'est la première intervention importante, s'en tire avec honneur, ses membres se dépensant sans compter, de même que les pompiers et policiers qui, au mépris du danger, s'aventurent, qui sur un balcon branlant pour sauver un gosse miraculeusement indemne, qui encore dans et même sous les ruines pour en retirer des blessés.

Vers 2h45, il se confirme qu'une bombe est bien tombée sur le 10 de la place des Nations, mais sans faire explosion. Elle a traversé la maison de part en part pour finalement s'arrêter dans la cuisine-cave, y provoquant une excavation d'un mètre de profondeur.

La Défense passive, alertée par la police, redoutant à juste raison d'autres bombes explosives non éclatées ou pire, des bombes à retardement, préconise l'évacuation immédiate de toute la zone sinistrée.

Il va sans dire, qu'en ces temps de guerre, toute action de la police ou de la Défense passive doit être justifiée par un rapport écrit et traduit adressé dans les plus brefs délais à l'autorité occupante, soit l'Oberfeldkommandantur-Lüttich en l'occurrence.

En début de nuit déjà, vers 1h40, le Major Graff, de l'Oberfeldkommandantur, et le Leutnant Kaufmann, de la Feldgendarmerie-Lüttich ont été prévenus téléphoniquement. Ultérieurement, un rapport-bilan sera transmis au Hauptmann Seidl, Verbindungsoffizier zur Luft (officier de liaison de l'aviation).

Revenons sur le boulevard Émile de Laveleye, où les secours s'organisent. Les blessés reçoivent rapidement les premiers soins puis sont transférés au moyen d'ambulances et des deux camionnettes de police-secours vers le centre de secours de la Défense passive, rue des Vennes, 59, ainsi que chez le docteur Delneuville, rue des Vennes, 159. De là, les blessés les plus graves seront transférés vers les hôpitaux de Bavière et des Anglais.

De ces blessés, cinq décéderont le 10 juillet, un autre le 11 et un septième après le 17 juillet.

Il faut noter que la liste officielle comporte vingt-deux noms, mais elle reprend un ouvrier du chemin de fer blessé grièvement à Angleur et décédé à l'hôpital de Bavière.

Il y aura des victimes ailleurs qu'au quartier des Vennes ; le bombardement aveugle de cette nuit du 9 au 10 juillet 1941 aura causé la mort de vingt-neuf personnes, dont vingt-et-une aux Vennes, une à Angleur, six à Chênée, une à Seraing. On dénombrera trente-quatre blessés graves, dont quatorze aux Vennes, douze à Chênée et six à Seraing.

Enfin, à 3h10, les sirènes de la ville font retentir le son lugubre et continu du signal de fin d'alerte aérienne.

C'est seulement vers 5h00 du matin que les employés du service du gaz arrivent pour fermer les conduites du boulevard.

Les services communaux s'affairent, on déblaye, on enlève ce que l'on peut. Plus tard, des déménageurs viendront enlever ce qui reste du mobilier de certaines maisons sinistrées mais encore debout.

De nombreux badauds sont venus au quartier des Vennes à pied, en vélo, en tram. Ils sont tenus à distance par un cordon de police, dont certains agents, venus de loin, n'ont même pas pris la peine de s'habiller complètement.

En début de matinée, les habitants de la zone sinistrée évacuent les maisons, nantis d'un maigre bagage. Certains vont se réfugier dans les sous-sols de l'église Saint-Vincent toute proche tandis que d'autres attendent assis sur les bancs du quai des Ardennes.

Déjà les journaux de l'occupation s'emparent de l'événement.

La politique ne perdant pas ses droits, un communiqué de presse met en exergue : "Initiative du Bourgmestre Bologne en faveur des évacués de la rive droite. Le Bourgmestre du Grand-Liège, Bologne, demande au Commissaire de Police en Chef de se mettre en rapport avec la Croix-Rouge, la Défense Passive et toutes les organisations, afin de procurer dès ce soir un logement aux sinistrés".

Il va sans dire que les précités et beaucoup d'autres n'avaient pas attendu "l'invitation" du sinistre Bologne pour prendre des mesures en faveur des sinistrés et, à vrai dire, on ignore s'il y a eu des candidats au logement par l'entremise de Bologne et de sa clique.

Dès ce matin du 10 juillet, une trentaine de policiers vont devoir surveiller jour et nuit la zone sinistrée, car hélas, il faut protéger contre les pillards les maigres restes appartenant aux évacués !


11 juillet 1941

Dans le quartier, on essaye de réparer ce qui peut encore l'être avec des moyens de fortune. Dans les familles des victimes, les proches veillent les défunts tout en se préparant pour les funérailles du lendemain. Des délégations d'enfants de l'Institut Saint-Ambroise vont rendre un dernier hommage à leur condisciple André Marini, qui était en classe gardienne à cette école (3).

(3) Je me souviens de cette visite rendue au domicile d'André Marini. Je n'oublierai jamais son visage de petit ange italien, encadré de boucles noires contrastant avec la blancheur du coussin sur lequel il reposait. Je crois me souvenir qu'en un dernier sourire, les lèvres légèrement entrouvertes laissaient apparaître les dents dont une, en or peut-être, se remarquait particulièrement. Ce souvenir me reste en mémoire ; j'avais sept ans lors de ce bombardement.


12 juillet 1941

Ce samedi, peu avant 11 heures, sous un soleil ardent, les amis et la foule des parents se réunissent aux abords de l'église Saint-Vincent où vont être célébrées les funérailles des victimes du bombardement. Les enfants des écoles, sous la conduite des instituteurs, forment une haie le long de l'avenue Mahiels.

Peu après, les premiers corbillards arrivent, quelques-uns automobiles, les autres tirés par des chevaux. Lentement, à la file, ils viennent s'arrêter sur le parvis de l'église.

Les cercueils sont accueillis par le curé J. Hannay assisté de ses vicaires, puis pénètrent dans l'église où une haie d'honneur formée de membres de la Défense passive, en salopette bleue et casque blanc, rend un dernier hommage.

Le premier cercueil est celui d'un enfant, il repose sur un drap marqué de la croix de Saint-André. Un peu plus loin, un autre, ancien combattant, est recouvert du drapeau national.

Le requiem sera chanté par les enfants des écoles de la paroisse revêtus d'une aube blanche et, après l'office, chaque famille quittera l'église pour accompagner son ou ses défunts, dont beaucoup seront inhumés à Robermont.

Les jours passent, le quartier des Vennes retrouve son calme habituel, la vie reprend son rythme de tous les jours, pas pour longtemps, car l'acte final n'est pas encore joué.


17 juillet 1941

Ce vendredi, en déblayant la citerne à eau de pluie du numéro 4 de la rue de Londres, des ouvriers découvrent une bombe de gros calibre fichée dans la paroi de la citerne. Elle est de teinte jaune et le col est cerclé de vert. Elle n'est plus entière, des débris de cette bombe avaient été découverts déjà dans la nuit du 9 au 10, ce qui avait fait croire qu'elle avait explosé. Les ouvriers préviennent la police, qui alerte le major Houssard, commandant les pompiers de Liège et la Défense passive. L'évacuation immédiate est ordonnée dans une zone de cent mètres soit la rue de Londres du 1 au 19, la rue de Spa du 2 au 26, le boulevard Émile de Laveleye, côté pair entre les rues de Londres et de Spa, la place des Nations, au coin des mêmes rues. Immédiatement, un service d'ordre est mis en place et le Hauptmann Seidl est mis au courant des faits pour décision.


18 juillet 1941

Ce matin, le Hauptmann Seidl vient accompagné de deux soldats spécialistes pour examiner les deux bombes non explosées, une au 4 de la rue de Londres, l'autre au 10 de la place des Nations. Le Hauptmann décide de les faire exploser ce 18 au soir.

Il ordonne à la Défense passive de déménager ce qui se trouve encore dans les deux immeubles, tandis que Monsieur Moutschen, l'architecte de la Ville de Liège, fait procéder au déblaiement.

Vers 18h00, le Hauptmann Seidl donne des coups de sifflet répétés par le service d'ordre, la circulation est arrêtée, les habitants des environs sont invités à se mettre à l'abri. À 18h15, la bombe de la rue de Londres saute, suivie à 19h10 de celle de la place des Nations.

Les dégâts matériels sont importants sur cette place et les immeubles 10 et 11 ne sont plus habitables, tandis que les immeubles 3 et 4 de la rue de Londres pourront être réoccupés, les dégâts étant peu importants, l'explosion ayant eu lieu en dehors des immeubles. Peu à peu, les habitants du quartier réintégreront les maisons évacuées.


Le quartier des Vennes dans son ensemble a été durement touché en cette nuit du 9 au 10 juillet 1941, pas moins de trois cent quarante et un immeubles ont été endommagés. D'autres communes voisines ont aussi été touchées durement.

Ce bombardement, le premier sur l'agglomération liégeoise, remarquable tant par la diversité des engins tombés (bombes explosives, incendiaires, isolées ou en grappes, plaquettes incendiaires et fusées éclairantes) que par l'éparpillement des impacts sur une zone très étendue, amènera la question de savoir s'il n'était pas l'oeuvre de la Luftwaffe elle-même, dans un but de propagande anti-Royal Air Force (4).

(4) Les premiers bombardements nocturnes de la RAF sur la Ruhr ont eu lieu en juin 1941. La première offensive aérienne sur l'Allemagne s'est produite le 1er juillet 1941. L'occasion était bonne pour la Luftwaffe de mener une action psychologique en pays occupé et, par la même occasion, forcer les habitants à mieux occulter les fenêtres.

Quels sont les éléments matériels relevés ? Ils sont peu nombreux et peuvent donner lieu à diverses interprétations :

la bombe non explosée de la rue de Londres était de teinte jaune avec un col vert,

sur le corps d'une bombe incendiaire intacte, on a pu déchiffrer, d'après La Légia, le mot "Burn..." avec en dessous les fusils croisés et les lettres "B.S.A.". Trois fusils croisés est bien l'emblème de la British Small Arms, firme d'armement bien connue de Birmingham.

La question n'est pas résolue pour autant. S'il s'agit d'engins lancés par la RAF, pourquoi les Allemands n'ont-ils pas exposé ces engins récupérés ? Pourquoi les font-ils sauter avant de les faire identifier par nos autorités ?

Ne pourrait-il s'agir d'engins récupérés à bord d'avions anglais abattus et lancés par la Luftwaffe elle-même en cette période où les défauts d'occultation étaient sévèrement réprimés ?

Pour justifier l'absence de riposte anti-aérienne, il faut rappeler qu'à cette époque, la garnison allemande était très faible à Liège, seuls quelques organismes étaient en poste dans le centre-ville. La DCA (Flak) du plateau de Belleflamme, par exemple, ne sera en place que bien plus tard (1942).


L'auteur espère que ce récit, fruit de plusieurs mois de longues et patientes recherches, n'avivera pas trop la peine des parents et amis des victimes de cette nuit tragique.

L'histoire de la nuit tragique aux Vennes sera complétée ultérieurement par les informations qui nous seront fournies par les archives de la RAF, par les archives de la Luftwaffe, ainsi que par des renseignements en provenance du service de déminage de l'Armée belge. D'autres témoignages et documents sont aussi attendus.

Amis lecteurs, si vous avez vécu cet événement, si vous détenez un document ou une photo d'époque, votre concours sera le bienvenu afin de rendre cette enquête aussi complète que possible.



Un de chez nous : Hubert Goffin

Cette nuit du 9 au 10 juillet 1941, tout comme les autres habitants du quartier des Vennes, Hubert Goffin et sa famille sont réveillés vers 1h00 du matin par le survol de la ville d'un carrousel aérien.

Vers 1h30, c'est la chute des bombes à Froidmont, boulevard Émile de Laveleye, 48 et sur le remblai du chemin de fer place des Nations. De son domicile, au 87 boulevard Émile de Laveleye, Hubert Goffin entend les cris et les appels au secours des blessés gisant ou courant en tous sens sur le boulevard, au-delà du pont de chemin de fer, vers la rue de Londres. Cette scène se déroule sous la lueur blafarde d'une fusée-parachute qui descend lentement du ciel.

Peu après, n'écoutant que sa conscience, il décide de sortir afin d'aller porter secours aux malheureuses victimes des bombes. Il n'écoutera pas son voisin, Monsieur Massoz, qui lui dit : "Hubert, n'y va pas, tu as cinq enfants !". Il sortira quand même, sans pouvoir hélas aller bien loin. Au moment où il arrive au carrefour de la rue Saint-Vincent, une bombe tombe et explose sur les voies du chemin de fer, près du pont qui surplombe le boulevard. Cette bombe projette partout des éclats et des pierres du ballast de la voie ; les immeubles du boulevard, du 91 à la rue Saint-Vincent, sont endommagés par ces projectiles. Plus grave, Hubert Goffin est lui aussi atteint, de même qu'une jeune dame demeurant au 105 du boulevard. Cette bombe tue et blesse encore des personnes errant sur le boulevard, encore toutes hébétées par la chute de la bombe devant le 48.

Hubert Goffin est gravement atteint au ventre ; dans un ultime effort, il se traîne jusqu'à la porte de garage du 95A du boulevard, chez Monsieur Prades, et s'y réfugie. Peu de temps après, la Croix-Rouge le prend en charge et le transfère à l'Hôpital des Anglais où il décédera entre 3 et 4 heures ce même jour.

Lors des funérailles à l'église Saint-Vincent, il sera recouvert du drapeau national. Il était ancien combattant, titulaire de neuf décorations nationales ainsi que de la Légion d'Honneur de France.

Voilà, brièvement racontée, l'histoire d'un homme victime de son sens du devoir. Il a de qui tenir, Hubert Goffin. Il est en effet descendant en ligne directe du célèbre maître-mineur de la mine Beaujonc, cet autre Hubert Goffin qui, lors d'une catastrophe minière le 28 février 1812, en compagnie de son fils Mathieu, alors âgé de 12 ans, sauva de nombreuses vies humaines.



Ci-après, nos lecteurs trouveront copie de la première page de La Légia du 10 juillet 1941. Dans le texte des pages suivantes de ce journal de la collaboration, on trouve, sous la signature de Vinalmont : "Liège vient de payer un nouveau tribut à la gloire de la RAF. C'est une quantité énorme de projectiles qui furent cette nuit déversés sur notre cité et sa banlieue...".

Plus loin, on lit : "Verviers. Encore l?occultation. En dépit de l'avertissement qu'a constitué le bombardement d'une localité proche, il est encore des Verviétois qui négligent d'observer les règlements relatifs à l'occultation...".




Date de mise à jour : Mardi 24 Novembre 2015