Tome IV - Fascicule 11 - juillet-septembre 1991


La bataille d?Angleterre

Yvan GOFFETTE


Pour que puisse avoir une chance de réussite le débarquement allemand sur les côtes anglaises, il fallait impérativement que l'aviation allemande eût la maîtrise du ciel.

"Donnez-moi cinq jours", avait dit Goering. Cinq mois plus tard, des milliers d'Anglais étaient morts et les villes anglaises fumaient sous les bombes... mais il n'y avait toujours rien de fait. Les aérodromes de départ de la flotte aérienne allemande étaient très nombreux en Belgique entre Bruxelles et Gand et au nord de la France. Les Allemands les avaient camouflés avec tant d'ingéniosité que les reconnaissances anglaises ne les apercevaient pas.

L'assaut commença le 25 juillet 1940. Ce fut le combat pour la Manche. La Luftwaffe devait attirer la chasse ennemie pour la détruire et endommager les navires. La région de Douvres devint invivable, mais la chasse britannique ne céda pas et les destructions restèrent limitées.

Le 13 août commença la deuxième phase, baptisée "Jour de l'Aigle". Cette fois c'était le grand jeu. Les Allemands visèrent les aérodromes, les usines de constructions aéronautiques, les bases de la RAF ; il y eut pendant cette période qui dura jusqu'au 24, deux vagues principales, le 12 et le 15, et ce, sans succès. La RAF ne se rendait pas.

Le 24, Goering changeait encore la tactique. Celle-ci consistait maintenant à concentrer les attaques sur des objectifs très précis et à maintenir sans arrêt la chasse anglaise en alerte. C'était la bonne, mais les Allemands y renoncèrent au bout de quelques jours sans que l'on sache pourquoi. Il était temps ! Les équipages anglais étaient à genoux et la RAF au bord de la rupture. Commencèrent aussi le 24, avec une attaque sur les docks de Londres, les bombardements stratégiques, s'en prenant aux villes, pour saper le moral de la population. C'était la première fois que les bombes tombaient sur la capitale anglaise.

Churchill riposta en envoyant 80 appareils lourds sur Berlin. Les Berlinois furent frappés de stupeur. Goering leur avait juré que jamais cela ne se produirait.

Représailles pour représailles, le 15 septembre, pendant 12 heures, 625 bombardiers allemands protégés par autant de chasseurs revinrent sur Londres. Plus de 1000 incendies s'allumèrent et la journée fit 430 morts. Les Allemands récidivèrent les jours suivants et notamment le 15, mais à présent la chasse anglaise était prévenue et interceptait les bombardiers avant leur arrivée au-dessus de l'objectif.

Les chiffres au cours de cette période :

Allemands : 450 appareils perdus.

Anglais : 250 appareils perdus.

Il est admis que cette comptabilité est le relevé approximatif des pertes du 7 au 30 septembre inclus.

Les Allemands comprirent qu'ils ne passeraient pas. L'opération Seelöwe (débarquement) fut ajournée.

Churchill déclara : "Jamais autant d'hommes n'ont dû à un si petit nombre", tant la RAF s'était illustrée par son courage et le sang-froid "british".

La victoire anglaise s'explique : les bombardiers allemands n'étaient pas tous d'une efficacité supérieure ; les Stukas ne dépassaient pas le 410 km/h et ne pouvaient tenir l'air plus de 90 minutes. Compte tenu du temps nécessaire à l'aller et au retour, il ne leur restait que peu d'instants sur l'objectif pour protéger les bombardiers. En nombre, la chasse anglaise égalait d'ailleurs la chasse allemande et, en performances, les Hurricanes et les Spitfires de la RAF étaient supérieurs. Les Allemands avaient en outre négligé le radar qui existait pourtant depuis 1936. Les radars britanniques suivaient les vagues d'assaut de la Luftwaffe dès leur rassemblement sur la côte française. Les chasseurs anglais connaissaient l'altitude, la vitesse et la direction de l'adversaire et se jetaient sur lui avec le maximum de chance. À cela s'ajoutaient une DCA particulièrement redoutable, un fort réseau de projecteurs et des barrages de ballons de défense ancrés par des filins d'acier.

Vint alors la vengeance aveugle tous les soirs et pendant une période de 75 nuits jusqu'au 11 mai 1941. Les bombardiers lâchèrent des bombes incendiaires sur les grandes villes : Londres, Plymouth, Liverpool, Bristol, Birmingham et Coventry (rasé).

Rien que pour Londres : 14.000 morts. Pour le reste du pays : 23.000 morts.

La légende du premier ministre au cigare et au noeud papillon indique que 90 % des Anglais l'approuvaient pour sa détermination et son héroïsme, malgré son caractère irascible et versatile. Il obtint tous les pouvoirs et créa la Home Guard constituée d'un demi million de personnes affectées à des missions de garde et de défense au sol.

Une conséquence de la bataille d'Angleterre fut, l'Angleterre ayant survécu, de changer les données de cette guerre en transformant son sol en arsenal de démocratie pour aboutir à la coalition des Alliés.


Date de mise à jour : Mardi 24 Novembre 2015