Tome IV - Fascicule 1 - janvier-mars 1989


L'armée belge en 1914

(cours d'Histoire militaire - 1951)

Henri BERNARD


Jusqu'en 1909, le recrutement de l'armée belge s'opérait par tirage au sort avec faculté de remplacement moyennant une prime : jamais un milicien de classe aisée ne faisait son service militaire (1). Grâce à la persévérance de Léopold II qui lutta toute sa vie pour donner à son pays une armée digne de ce nom, le service personnel fut, en 1909, adopté à raison d'un fils par famille ; puis, quatre ans plus tard, le comte de Broqueville obtint le service général obligatoire. Mais les effets de la réorganisation ne pouvaient se faire sentir pleinement qu'en 1917.

(1) Ci-après, un exemple de convention de remplacement.

Aussi, la mobilisation portera sur une classe issue du service général, quatre classes issues du service personnel et dix classes issues du tirage au sort, auxquelles s'ajouteront, dans la suite, 40.000 volontaires de guerre (2).

(2) Comme presque toute la Belgique sera occupée pour quatre ans, à partir d'octobre 1914, l'armée ne pourra compter pour se renforcer que sur les volontaires de guerre qui traverseront les fils électrisés tendus par les Allemands tout le long de la frontière hollandaise, pour rejoindre l'Angleterre par les Pays-Bas, ainsi que sur le nombre limité de Belges résidant dans le lambeau de territoire non occupé.

Le 2 août 1914, l'armée belge comptera 200.000 hommes dont 117.000 pour l'armée de campagne. Celle-ci comprend six divisions d'armée (DA) et une DC.

Chaque DA compte :

- trois ou quatre brigades, chacune à deux régiments d'infanterie et un groupe d'artillerie (canons de 7,5) ;

- un régiment de cavalerie ;

- un régiment d'artillerie comprenant des groupes légers (canons de 7,5) et moyens (obusiers de 150) ;

- génie, services.

Mais l'armée de campagne est formée des deux classes présentes sous les armes et des six plus jeunes classes de rappelés ; aussi dans chaque brigade un des deux régiments d'infanterie a été constitué à la mobilisation et est pauvre en cadres comme en matériel. L'artillerie lourde fait totalement défaut ; l'aviation comprend dix aéroplanes en ordre de marche. Dans l'ensemble, l'armée belge est un outil que le roi Albert sait devoir, dans les débuts, manier avec prudence.

L'effectif des troupes d'infanterie dites "de forteresse" est anormalement élevé par rapport à l'armée active ; ces troupes sont constituées par ce qu'on appelait communément les "vieilles classes" mais dont les militaires les plus âgés ne dépassaient pas 35 ans ! Leur mission était de participer à la défense statique des positions fortifiées, dans les intervalles entre les forts, ceux-ci étant défendus par d'excellentes unités d'artillerie de forteresse. Comme le recrutement d'officiers et de sous-officiers de réserve était inexistant, les régiments d'infanterie de forteresse étaient peu encadrés ; mal armés, mal équipés, sans valeur combative, ces unités seront réduites, après la chute des positions fortifiées, au rôle de troupes de communication.

À défaut de sacrifices en hommes, le pays avait consenti l'effort financier nécessaire à la création d'un système fortificatif permanent dû à Brialmont. Les places fortes de Liège et de Namur barrent la Meuse. Le camp retranché d'Anvers doit servir de réduit national et abrite à cette fin tous les stocks et approvisionnements de l'armée.





Date de mise à jour : Jeudi 5 Novembre 2015