Tome IV - Fascicule 1 - janvier-mars 1989


Il y a 75 ans, la guerre

André GANY


Il y a bientôt trois quarts de siècle qu'a débuté cette terrible guerre 14-18. Comme nous l'avons annoncé précédemment, nous comptons marquer cet anniversaire par la parution d'une série d'articles qui se continueront tout au long des mois et années à venir.

Ce premier article brosse à grands traits le contexte historique dans lequel cet événement majeur a pris racines. Il a été emprunté en grande partie à l'hebdomadaire Le Ligueur dans lequel Monsieur Philippe Brau a signé un excellent article sur le sujet. D'autres éléments proviennent de l'ouvrage de Monsieur Henri Bernard intitulé L'histoire militaire et l'évolution de l'art militaire jusqu'en 1919 (Éd, 1951), qui constitue référence en la matière.


1. Primauté de l'Europe

L'Europe, au début du siècle, dominait encore le monde entier.

Aux environs de 1900, un habitant de la planète sur quatre était Européen et, avec la naissance du cinéma, les premiers tours de France cyclistes, les explorations au Pôle Nord et au Pôle Sud, la folle course automobile Pékin-Paris de 1907, les grands savants européens qui se partageaient les prix Nobel et le premier vol de l'aviateur Blériot au-dessus de la Manche le 25 juillet 1909, on vivait ce qu'on a appelé "la Belle Époque". Du moins certains, car les familles d'ouvriers (pères, mères, enfants) travaillaient dix, douze, quatorze heures par jour dans les mines et les usines.

Depuis le milieu du XIXe siècle, cinquante millions d'Européens s'étaient installés un peu partout : Brésil, Argentine, Chili, Canada, États-Unis, Australie, Nouvelle-Zélande, dans toute l'Afrique et dans une bonne partie de l'Asie. L'Europe avait donc des liens avec le monde entier, un peu comme un marionnettiste tient et commande par des fils ses marionnettes. À Londres, Paris ou Berlin, on décidait commerce et richesses des cinq continents. Les États-Unis et le Japon n'étaient pas encore de taille.

C'est cette puissance qui, en fin de compte, allait perdre les Européens.

Les cinq nations les plus fortes - Grande-Bretagne, Allemagne, France, Autriche-Hongrie (un seul et même pays), Russie - se jalousaient et voulaient s'approprier la meilleure part du "gâteau" que représentait le monde à leurs yeux.


2. La course à l'hégémonie

La France et l'Allemagne s'étaient déjà battues en 1870 et disputées à propos du Maroc en 1911. L'Autriche-Hongrie et la Russie entendaient chacune faire la loi dans le centre de l'Europe. La Grande-Bretagne avait la flotte la plus imposante mais l'Allemagne n'arrêtait pas de se construire des navires de guerre... France et Grande-Bretagne étaient dirigées par des hommes politiques élus tandis que l'Allemagne, l'Autriche-Hongrie et la Russie vivaient sous la poigne de fer de trois empereurs qui ne supportaient pas d'être contredits... La Grande-Bretagne était le pays le plus industrialisé du monde (le plus d'usines, de fabriques, etc.) mais l'Allemagne la rattrapait petit à petit. Par contre, les paysans continuaient à faire vivre difficilement la Russie et l'Autriche-Hongrie, pas très modernisées. La France était à mi-chemin entre pays rural et pays industrialisé...

Toutes ces différences et toutes ces envies de domination rendaient la situation très difficile, très dangereuse. Il y avait, comme on dit, de l'électricité dans l'air. Chaque pays s'armait de plus en plus et se cherchait des alliés militaires.


3. L'étincelle

L'Allemagne s'entendit avec l'Autriche-Hongrie et l'Italie pour créer la Triple Alliance (ou Triplice, ou Puissances Centrales).

En réponse, la France, la Russie et la Grande-Bretagne se retrouvèrent dans la Triple Entente (ou Puissances Alliées).

Deux blocs étaient prêts à s'affronter, il suffisait d'une étincelle pour mettre le feu aux poudres. Cette étincelle arriva le 28 juin 1914 lorsque l'héritier du trône d'Autriche-Hongrie, le successeur de l'empereur François-Joseph, fut assassiné à Sarajevo, une petite ville pas très éloignée d'un ennemi du pays : la Serbie. Des terroristes serbes avaient participé, disait-on en Autriche-Hongrie, à l'assassinat. Il fallait se venger en attaquant la Serbie...


4. La guerre

Malgré les offres de médiation de la Grande-Bretagne, l'Autriche déclarait la guerre à la Serbie le 28 juillet. Le 1er août, l'Allemagne déclarait la guerre à la Russie, et le 3 août, à la France qui défendait la cause de la Serbie, soutenue par le Monténégro. L'Italie se sépara de ses alliés, car le pacte triplicien ne l'engageait pas aux côtés des Austro-allemands, dans une guerre entreprise par ceux-ci. La Belgique fut sommée, le 2 août, de livrer passage aux armées allemandes ; ce même jour, Winston Churchill, premier lord de l'Amirauté, expédiait l'ordre de mobiliser la Royal Navy ; le 3 août, la Belgique, ayant refusé l'ultimatum allemand, acceptait la lutte ; l'Angleterre, garante de la neutralité belge, comme la Prusse, la France, la Russie et l'Autriche, déclarait la guerre à l'Allemagne le 4 août. Ce n'est que le 5 août que l'Autriche-Hongrie faisait de même vis-à-vis de la Russie.

La plupart des nations d'Europe, ainsi que de nombreux pays d'Amérique, d'Afrique et d'Asie, entreront ultérieurement dans le conflit. Il s'agit pour les Puissances Centrales (Triplice), de la Turquie (en novembre 1914) et de la Bulgarie (en octobre 1915).

Prendront parti pour les Puissances Alliées (Triple Entente), l'Empire britannique, la Belgique, la Serbie, le Monténégro et le Japon en août 1914, l'Italie en mai 1915, le Portugal en mars 1916, la Roumanie en août 1916, les États-Unis d'Amérique en avril 1917 et la Grèce en juin 1917.

En outre, en 1917, Panama, Cuba, la Bolivie, le Libéria, la Chine, le Siam, le Pérou, l'Uruguay, le Brésil, l'Équateur, puis les États d'Amérique centrale, soutiendront à leur tour l'Entente.

Au départ, chaque pays était persuadé que la guerre serait courte, que les soldats seraient rentrés pour Noël 1914 dans leurs familles. L'Allemagne promettait même à ses hommes "une guerre fraîche et joyeuse !"... La guerre s'éternisa jusqu'en 1918 et fit neuf millions de morts.

Du jamais vu dans l'horreur...


Date de mise à jour : Jeudi 5 Novembre 2015