Franck
VERNIER, LES 418 ABRIS DE LA POSITION FORTIFIEE DE LIEGE EN MAI 1940
SOMMAIRE
Avant-propos
Introduction - La PFL, une
place forte construite en 1888
Chapitre 1 - La Position
Avancée
A - les abris
B - les postes d'alerte
C - les postes d'examen et
les postes fixes
D - le réseau de
destructions, d'obstructions et la zone étanche
Chapitre 2 - La Position
Fortifiée de Liège 1
A - introduction : les 179
abris
B - l'abri type PFL 1
C - les observatoires
A
paraître ultérieurement
Chapitre 3 - La Position
Fortifiée de Liège 2
A - introduction
B - l'abri type PFL 2
C - les observatoires de PFL
2
D - la PFL 2 et ses 62 abris
Chapitre 4 - La Position
Fortifiée de Liège 3
A - les abris
contre-irruptions et les postes permanents
B - les têtes de pont de
Visé et d'Argenteau
Chapitre 5 - La Position
Fortifiée de Liège 4
Chapitre 6 - Le réseau
téléphonique militaire enterré
Chapitre 7 - La PFL pendant
la campagne des 18 jours
A - le IIIe Corps d'armée
B - le plan allemand
C - les combats
Annexes
A - Circuit touristique
B - Cahier des charges
C - Document décrivant
l'état de la PFL en 1952
Introduction - La PFL,
une place forte construite en 1888
Neutre depuis sa création en
1830, l'Etat belge avait toujours voulu garantir l'intégrité de son territoire.
Suite à la défaite française face aux Allemands en 1870, il apparut vite qu'une
revanche allait survenir.
L'Armée belge serait-elle
encore capable, grâce à sa force, de dissuader les belligérants d'entrer en
Belgique ?
C'est dans ce contexte que
les parlementaires belges votèrent les budgets pour la création de deux
positions fortifiées, l'une à Liège, l'autre à Namur.
La réalisation de celles-ci
fut laissée au général Brialmont, le "Vauban belge". Son idée était d'entourer
les deux villes d'une ceinture de forts qui mettraient celles-ci à l'abri d'un
bombardement ennemi.
Les travaux commencèrent
simultanément à Liège et à Namur en 1888. Quatre années plus tard, les travaux
étaient terminés.
La Position Fortifiée de
Liège se composait de 12 forts en béton simple ceinturant la ville et défendant
la vallée de la Meuse. Sur la rive droite du fleuve, les forts de Barchon,
d'Evegnée, de Fléron, de Chaudfontaine, d'Embourg et de Boncelles. Sur la rive
gauche du fleuve, Pontisse, Liers, Lantin, Loncin, Hollogne et Flémalle. Durant
le mois d'août 1914, ces forts et leurs frères de Namur résisteront héroïquement
à l'armée allemande.
Pendant les quatre années de
guerre, les Allemands occuperont ces forts et y apporteront déjà quelques
améliorations. Après leur départ, les forts seront abandonnés pour quelques
années.
En 1928, le réarmement de
certains d'entre eux est décidé. Les forts de Barchon, d'Evegnée, de Fléron, de
Chaudfontaine, d'Embourg, de Boncelles, puis les forts de Pontisse et de
Flémalle seront réparés et modernisés afin de remédier aux points faibles
apparus durant les combats d'août 1914. Ils seront en outre équipés de canons de
récupération.

Les forts de Liège le 10 MAI 1940
Au début des années trente,
le fort d'Eben-Emael sera construit.
Suivront, dans l'ordre, les
forts de Battice, de Tancrémont et d'Aubin-Neufchâteau (La description et
l'étude des forts de Liège n'entrent pas dans le cadre de cet ouvrage).
Parallèlement, dès 1933, des abris, tels des champignons, pousseront un peu
partout pour former des lignes défensives sur la rive droite du fleuve. Un
réseau téléphonique militaire enterré sera installé.
Lorsque les Allemands
franchiront la frontière le 10 mai 1940 à l'aube, ils rencontreront la Position
Fortifiée de Liège composée de cinq lignes de défense.

La Position Fortifiée de Liège au 10 MAI 1940
- La première ligne de
défense ou Position Fortifiée de Liège 1 (PFL 1) formant un arc de cercle de
Comblain-au-Pont jusqu'à Visé en passant par Remouchamps, Becco, Theux,
Pepinster, Battice, Neufchâteau, comportait 179 abris et 3 forts.
- La deuxième ligne ou
Position Fortifiée de Liège 2 (PFL 2) s'appuyait sur la ligne des 6 forts de
1888 de la rive droite. Une ligne d'abris était construite entre chaque fort. La
PFL 2 était forte de 62 abris et de 6 forts.
- La troisième ligne ou
Position Fortifiée de Liège 3 (PFL 3) était constituée d'une part d'une ligne
fortifiée de Jupille à Renory, en passant par Chênée et Colonster, et d'autre
part de deux têtes de ponts situées à Visé et à Argenteau. Total de 40 abris.
- La Position de Défense de
la Meuse ou Position Fortifiée de Liège 4 (PFL 4) se composait d'une série
d'abris construits soit derrière la Meuse, soit dans certains ponts, soit sur
l'île Monsin, et parfois même derrière le Canal Albert. Elle débutait à Flémalle
et se terminait à Lixhe. Elle comportait 36 abris et les forts de Flémalle et
Pontisse.
- Le réseau téléphonique
militaire enterré tissait une vaste toile reliant les forts, certains abris et
des centraux téléphoniques entre eux. Il comptait 34 centraux téléphoniques
fortifiés (CTF).
- En avant de la Position
Fortifiée de Liège 1, une ligne d'abris constituant la Position Avancée (PA)
peut être incorporée arbitrairement à la PFL. Elle était constituée d abris
autour des villages et hameaux de Beusdael, Hombourg, Henri-Chapelle, Grunhault,
Dolhain, Jalhay, Hockai, Malmédy et Stavelot, formant de la sorte des centres
fortifiés. De Beusdael à Stavelot, cette PA comportait 65 abris.
Le fort d'Eben-Emael ne
faisait plus partie de la PFL le 10 mai 1940. Il dépendait en fait du 1er Corps
d'Armée, bien que sa garnison fit partie du Régiment de Forteresse de Liège (IIIème
C.A.). En conclusion, le 10 mai 40, la Position Fortifiée de Liège était
constituée de 11 forts et de 418 abris.
Mais qu'est-ce qu'un abri ?
Dans le cadre de la PFL, un
abri (fortin ou bunker) est une construction militaire en béton armé se
composant d'une ou de plusieurs pièces et dont l'armement est constitué de
mitrailleuse(s) et/ou de canon antichar, parfois même équipée de projecteurs
électriques. Les armes tirent sur l'assaillant à travers un orifice pratiqué
dans le mur que l'on nomme embrasure. La garnison d'un abri varie de 4 hommes
pour les plus petits à 20 hommes pour les plus gros. Certains d'entre eux ont un
rôle plus passif, tels les centraux téléphoniques.
CHAPITRE 1 - LA POSITION
AVANCEE
A -
LES ABRIS
Dès 1933, de petits abris
poussent tels des champignons à la frontière st de la province de Liège. Ces
abris ont pour but de protéger l'exécution des destructions d'ouvrages tels que
les ponts routiers, les ponts ferroviaires, ... prévues sur les axes de
pénétration d'un éventuel ennemi venant de l'est et de retarder sa progression
dans la mesure du possible.
Ils étaient regroupés autour
de certains villages ou hameaux et formaient des centres fortifiés.
Du nord au sud :
§
Centre de
Beusdael : 3 abris
§
Centre de
Hombourg : 14 abris
§
Centre de
Henri-Chapelle : 12 abris
§
Centre de
Grunhault : 3 abris
§
Centre de
Dolhain : 12 abris
§
Centre de
Jalhay : 6 abris
§
Centre de
Hockai : 2 abris
§
Centre de
Malmédy : 6 abris
§
Centre de
Stavelot : 7 abris

Les abris de la Position
Avancée
Cette position avancée,
constituée de groupes d'abris, sera complétée par la construction d'un réseau de
postes surveillant la frontière : les Postes Fixes, Postes d'Examen et Postes
d'Alerte, et par un réseau de destructions et d'obstructions.
Pendant la mobilisation, de
nombreuses positions de campagne constituées de tranchées, de casemates en
rondins, d'emplacements pour canons antichars, ... seront aménagées pour étoffer
cette ligne de 65 abris.
Dans une note datant de
1933, le Comité Technique des Fortifications décrit ces abris (Archives QGT/1957,
carton 342 CDH à EVERE) :
"Tous les abris seront
conçus pour une mitrailleuse avec 4 servants, gradé compris. Ils seront
constitués de façon à donner au maximum la protection contre un coup isolé du
canon de 77 mm. Ne comportant ni système de ventilation, ni cloche
d'observation, ni projecteur, il seront de dimensions réduites, ce qui diminuera
leur vulnérabilité et leur visibilité. L'idéal serait de pouvoir les dissimuler
dans des couverts ou dans des bâtiments. En cas d'impossibilité, ils seraient
camouflés. Le but à poursuivre est de les rendre suffisamment invisibles pour
que l'ennemi ne puisse les soumettre à tir observé."
En réalité, ces abris
mesurent en général 3,20 m sur 3,20 m, hauteur 2,50 m à partir des fondations.
Les dimensions de la seule pièce intérieure ou chambre de tir sont de 2,20 m sur
2,20 m, hauteur 1,70 m. Volume : environ 8 m³.
La construction d'un seul de
ces abris nécessitait 17 m³ de béton armé. L'épaisseur des murs variait de 40 cm
à 60 cm.

Plan de l'abri de la P.A.
L'entrée, placée sur la face
la moins exposée au tir de l'ennemi, variait en fonction de l'aspect du terrain
et était fermée par une porte en acier galvanisé. Celle-ci présentait un
vasistas de 10 cm de côté permettant la vue des abords de l'entrée et sa
défense.

Porte standard des abris de la
P.A.
Il est à remarquer qu'il n'y
avait aucune goulotte lance-grenades, orifice par lequel on glisse les grenades
pour les faire exploser à l'extérieur.
L'embrasure, ouverture
permettant le tir de la mitrailleuse, pouvait être fermée par un volet
métallique extérieur pivotant latéralement. Grâce à un verrou, on pouvait le
fermer de l'intérieur. La fermeture de l'extérieur était possible à l'aide d un
cadenas.
A l'intérieur de la chambre
de combat ou chambre de tir, était scellé l'affût Chardome - du nom de
l'officier des Chasseurs Ardennais qui développa cet affût. Il se composait
d'une circulaire d'appui fixée à deux montants encastrés dans le radier sur
laquelle reposait une plaque support qui pivotait autour d un axe fileté scellé
au milieu de l'embrasure. Sur la plaque support, les soldats fixaient la
mitrailleuse Maxim 08/15 montée sur son affût de campagne, dit affût traîneau en
raison de sa forme (voir croquis). Cette mitrailleuse, en dotation dans l'armée
belge, provenait d'un stock d'armes récupérées en 1918 suite à la défaite
allemande.

L'affût Chardonne
Le camouflage des petits
abris était réalisé à l'aide de peinture ou d'un parement de briques rouges.
Parfois même, une toiture en tuiles les recouvrait. Ils ressemblaient alors
souvent à une annexe de ferme. De nos jours, certains ont conservé leurs murs de
briques rouges et leur toiture.
En raison de leurs petites
dimensions, ces abris de la Position Avancée, appelés parfois abris Devèze - du
nom du ministre de la Défense Nationale, partisan de la défense à la frontière -
et qui ordonna la construction de cette ligne, sont très difficiles à distinguer
pour des yeux non avertis.
Comment se présente aujourd'hui un centre fortifié ?
Destiné à être occupé par
les soldats Cyclistes Frontière de la compagnie de la caserne de Henri-Chapelle,
le centre fortifié de Henri-Chapelle (12 abris) formait un cercle autour du
village, bloquant un ennemi venant de l'est, le repli de nos troupes se faisant
par la route de Battice. De nos jours, il ne reste plus que 10 abris visibles.
On peut les découvrir plus facilement en s'aidant d'une carte IGN 1/25.000 de la
région et du croquis ci-dessous.

Centre fortifié de
Henri-Chapelle
Abri A :
Remarquablement camouflé
avec un mur de briques rouges et une toiture, il est presque invisible de la
route. Il est construit juste derrière une ferme située 100 m en contrebas du
côté droit de la route Battice-Aix, en direction de Henri-Chapelle. Pour le
voir, il faut prendre le troisième chemin à droite à partir de la borne
kilométrique K 27 en direction de la ferme.
Abri B :
Construit à l'orée d'un
bosquet, sur le côté droit du chemin menant au château de Delden. En partant du
centre du village, prendre la rue de Verviers; le premier chemin à droite mène
au château.
Abri C :
En venant de Henri-Chapelle,
il est situé dans une prairie en retrait de 100 m à gauche de la route de
Verviers, juste après une grosse ferme vendant de l'équipement agricole. Non
visible de la route, il n'en reste plus qu'un morceau de béton émergeant du sol.
Abri D :
Il est situé dans une
prairie, distant de 100 m du côté droit de la rue des Prés (en venant de
Henri-Chapelle) en face de la ferme Selderdrie. Visible de la route.
Abri E :
Non visible de la route car
il est situé juste derrière une fermette construite au fond du deuxième chemin
sur le côté gauche de la rue des Prés (à partir du carrefour avec la rue
Saint-Paul). Camouflé avec un mur de briques rouges, il possédait encore une
porte lors de ma dernière visite. Longtemps utilisé comme fumoir, tout
l'intérieur est recouvert d'une épaisse couche de suie et de goudron.
Abri F :
Complètement inclus dans une
remise d'où on pouvait tirer à travers une fenêtre, il est situé au carrefour de
la rue Saint-Paul et de la rue du Château de Ruyff. Non visible de la route, il
faut entrer dans la remise pour constater qu'elle cachait un abri habilement
camouflé.
Abri H :
On distingue à peine cet
abri construit dans le fond du val, au milieu d'une prairie située sur la droite
de la route de Hombourg (en venant de Henri-Chapelle), juste avant le carrefour
avec la route du cimetière U.S. Il battait le fond du vallon. L'abri ne
possédait aucun camouflage particulier. Il était certainement recouvert d'une
peinture pour le rendre moins visible.
Abri I :
Situé à 2 m du bord de la
route de Hombourg sur le côté droit, dans le jardin de la maison n° 12. Des
aubépines le dissimulent aux regards.
Abri J :
Cet abri presque
complètement recouvert de terre est situé dans une prairie sur la gauche de la
route vers Hombourg, à 250 m après le carrefour avec la route menant au parc
industriel de Henri-Chapelle.
Abri K :
Situé à 2 Km du centre du
village, il prend en enfilade la route d'Aubel à côté de laquelle il est
construit, sur le côté droit en direction d'Aubel. Une petite construction en
bois y fut adossée pour abriter des vaches. L'abri est toujours visible.
Abri L :
Il n'existe plus. Il était
situé sur le côté droit de la route Henri-Chapelle - Battice, juste avant
l'ancienne caserne de Henri-Chapelle.
Abri M :
Il a également disparu. Il
était situé derrière une grosse ferme blanche sur le côté droit de la route de
Henri-Chapelle à Aubel à 1 Km après le carrefour avec la route de Hombourg.
B. LES
POSTES D'ALERTE
Pour surveiller de très près
la frontière ennemie, la Défense Nationale organisa un réseau de surveillance
composé, d'une part, par des militaires, et d'autre part, par des gendarmes. Le
personnel était choisi en fonction de sa connaissance du terrain et dépendait du
Service de Surveillance et de Renseignement aux Frontières qui relevait, lui, de
la Deuxième Section du Grand Quartier Général.
Les Postes d'Alerte ou PA et
les Reconnaissances Officiers ou RO dépendaient de l'Armée belge tandis que les
Postes Fixes et Postes d'Examen dépendaient de la Gendarmerie.

Les Postes d'Alerte du IIIème C.A.
Le poste d'alerte est
constitué d'un petit bâtiment construit le long de certaines routes menant en
Allemagne et est occupé par un détachement de soldats. Les PA sont de petites
constructions en briques rouges munies d'une toiture constituée de plaques
ondulées en éternit. Elles comprennent trois pièces : la principale où les
soldats dorment et deux annexes servant, d'une part, de réserve à charbon, et
d'autre part, de WC (seau hygiénique).
Ces PA étaient occupés en
permanence durant la mobilisation par un sergent ou un caporal et quatre soldats
dont la mission consistait à signaler la violation du territoire par des troupes
ennemies. Pour ce faire, ils disposaient d'un téléphone et d'un poste radio.
Afin d'éviter une
destruction des moyens de communication par un tir ennemi direct, le Chef d'Etat-Major
Général annonça, en juillet 1939, le renforcement de certains postes d'alerte
trop visibles. C'est ainsi qu'un mur de béton fut construit devant le PA 16 à
Tulje, devant le PA 17 à Wolfscheide et devant le PA 21 à Meurisse.

Poste d'Alerte n° 16 à Tulje
Dans la zone qui nous
intéresse, c'est-à-dire celle dépendant du IIIe Corps d'Armée qui est chargé de
la défense de la PFL, on compte 35 postes d'alerte numérotés de 0 à 32, de Visé
à Losheimergraben. Il existait aussi des numéros bis tels que PA 25 bis. Les PA
de 0 à 11 étaient tenus par les hommes du 2ème Régiment Cyclistes Frontière; les
PA de 12 à 27 par le 1er Régiment Cyclistes Frontière et les 5 derniers
dépendaient du 1er Régiment de Lanciers.
Le 10 mai 1940, le personnel
des postes d'alerte connut des fortunes diverses. Nous reviendront plus en
détail sur ce sujet dans le guide détaillé consacré à la Position Avancée.
C. LES
POSTES D'EXAMEN ET LES POSTES FIXES
Destinés à compléter le
réseau de surveillance constitué par les PA, des postes de surveillance aux
frontières occupés par des gendarmes furent créés. Ils étaient classés en deux
groupes.
Le premier comprenait les
Postes d'Examen, ou PE, dont la mission consistait à surveiller le trafic
frontalier là où le passage était autorisé, comme le contrôle des trains
traversant la frontière.
Le deuxième groupe
constituait les Postes Fixes, ou PF, qui surveillaient les passages interdits,
les chemins forestiers, ... et organisaient des rondes de surveillance le long
de la frontière.
Le personnel de tous ces
postes était constitué de gendarmes et de forces supplétives ou FS (militaires
des vieilles classes). Ils logeaient dans des endroits aussi variés que
disparates, tels que cabanes, salles de café, hôtels, etc.
Par exemple, la brigade de
gendarmerie de Gemmenich avait deux PF : l'un au carrefour de la forge à
Sippenaeken, l'autre au tunnel de Botzelaer.
Outre les PA, PE et PF, il
existait de petits détachements de militaires sous les ordres d'un officier,
chargés de se procurer des renseignements sur l'armée allemande par des contacts
directs avec des sentinelles allemandes, en temps de paix, de rechercher
d'éventuels agents étrangers, de donner l'alerte en cas de violation du
territoire. Il s'agissait des RO ou Reconnaissances Officiers. L'effectif total
de chaque RO était de 13 hommes armés du fusil-mitrailleur en plus de
l'équipement individuel et disposant de vélos, deux motos, un side-car et une
camionnette, ...
Par exempte, dans la zone du
IIIème Corps, citons 4 RO : 3 à l'est de Malmédy, dépendant du 1er Lanciers et
une dans le secteur du 1er Régiment Cyclistes Frontière. Celle-ci dépendait de
la 3ème Division d'Infanterie dont des hommes étaient postés dans la région d'Eynatten.
D.
DESTRUCTIONS - OBSTRUCTIONS - ZONE ETANCHE
1. Les
destructions
Le 10 mai 1940, lorsque les
troupes allemandes envahirent notre province, elles tombèrent nez à nez avec un
réseau de destructions/obstructions constitué par une série de destructions de
ponts, d'ouvrages d'art, de carrefours, ..., par une série d'obstructions et par
la zone étanche. Il convient de décrire cette organisation (Archives CDH,
dossiers destructions, EVERE).
Le plan des destructions,
tel qu'on le connaît, date de 1936. Il ne subit que de très légères
modifications et était basé sur trois grandes catégories de destructions.
- Les destructions du plan
initial comportaient des destructions stratégiques sur les voies ferrées et des
destructions routières formant un barrage continu s'étendant de Stavelot à
Eben-Emael, en passant par Francorchamps, Hockai, Jathay, Dothain,
Henri-Chapelle, Hombourg et Visé. Elles étaient chargées dès le temps de paix,
c'est-à-dire que l'explosif se trouvait déjà dans les fourneaux de mines. Les
destructions étaient regroupées, sous la responsabilité d'un officier de garde,
selon leur localisation, en différents groupes, tel que HC pour Henri-Chapelle.
Dol pour Dolhain, Gi pour Gileppe.
- Les destructions du
barrage de doublement. Il formait une seconde ligne de destructions qui devaient
être chargées à ta mobilisation. Elles constituaient un barrage continu depuis
Argenteau jusqu'à Beaufays en passant par Richelle, Blégny, Barchon, Retinne,
Micheroux, Forêt, Trooz, Embourg, Beaufays. Elles devaient être mises à feu par
les 1ère et 2ème Compagnies du 32ème Bataillon de Génie.
Les destructions
complémentaires à l'intérieur de la PFL, dont l'emplacement était reconnu mais
pour lesquelles tout était à faire lors de la mobilisation. Elles avaient été
confiées aux 3ème, 11ème et 23ème Bataillons de Génie.

Viaduc sur la GUEULE à HERGENRATH : Indicatif
Hg/f1
2. Les
obstructions
Les obstructions étaient de
tous types tels que abattis d'arbres, massifs de terre et/ou de pavés, murs
maçonnés bétonnés de grande épaisseur. Le but poursuivi était de retarder le
déplacement de l'artillerie ennemie pour l'attaque de la position.
Ces obstructions ont été
construites durant la mobilisation par les roupes sur le terrain. Elles étaient
établies sur tous les axes menant de la frontière allemande et hollandaise vers
la Position Fortifiée de Liège et semblent un peu désuètes.
3. La
zone étanche
En 1940, on compléta ce
système défensif d'obstructions et de destructions par la création de la zone
étanche. Celle-ci n'avait qu'une profondeur de 100 m et constituait un barrage
continu et permanent réalisé à l'aide d'abattis, de fossés antichars, ... Son
tracé avait été déterminé pour tirer profit au maximum des obstacles naturels
tels que rivières, zone marécageuse à l'ouest de Montjoie.
Dans la région de Raeren,
Eynatten, Moresnet, l'absence d'obstacles naturels n'avait permis que
l'établissement d'une série d'obstacles discontinus et peu profonds. Il n'avait
été possible que d'utiliser la petite rivière dénommée "La Gueule", seul
obstacle naturel de la région.
4.
Mise en oeuvre des destructions et des obstructions
Le dispositif de mise en
oeuvre des destructions et obstructions était réalisé par des Unités Frontière
(1er et 2ème Régiments Cyclistes Frontière, 1er Lanciers, 4ème Régiment
Cyclistes et même le Régiment de Forteresse de Liège), barrage de doublement
exclu car à cet endroit le dispositif dépendait des bataillons du Génie du Corps
d'Armée (le 23ème Bataillon) et des Divisions d'Infanterie (les 2ème et 3ème)
ainsi que par un bataillon du Génie d'Armée (le 32ème).
Les ordres de mise à feu
étaient normalement donnés par l'E.M.G.A. (Etat-Major Général de l'Armée) par
l'intermédiaire de deux centres de renseignements avancés, ou CRA, installés à
Fléron et à Trois-Ponts dans la zone du IIIème Corps. En cas de menace ennemie
directe et certaine sur une destruction, le chef de poste de garde devait en
réaliser le sautage dans le but de ne pas la laisser tomber intacte aux mains de
l'ennemi. En ce qui concerne les destructions complémentaires, sur les axes de
repli par exemple, les ordres étaient donnés par le commandant de la PFL.
La transmission des ordres
pouvait se faire de deux manières : soit par un réseau téléphonique militaire
enterré permettant de contacter tous les postes de garde; soit par un réseau de
TSF permettant de prévenir les commandants des Unités Frontière auxquels il
revenait alors de donner les ordres voulus aux officiers de garde aux groupes de
destructions. En cas d'attaque surprise, les mêmes officiers de garde pouvaient
être avertis par les postes d'alerte déployés le long de la frontière.
Les chicanes permettant le
passage de certaines obstructions pouvaient être fermées sur ordre de l'autorité
supérieure ou d'initiative lors du repli des troupes.
5.
Résultats obtenus
"Des quelques 250
destructions mises à feu, au plus une dizaine n'ont-elles pas fonctionné ou
sauté imparfaitement. Le système des destructions et obstructions a retardé la
marche de l'ennemi de 48 heures dans sa traversée de la province vers la Meuse."
(Rapport du 14 avril 1946 du Lt-Col COLSOULLE au Ministre de la Défense
Nationale. Archives du CDH – dossiers destructions).
Cependant, en vertu
d'instructions de l'EMGA, ces destructions et obstructions furent laissées sans
défense. L'artillerie à action lointaine des forts de Liège devait les bombarder
régulièrement pour en empêcher la réparation par l'ennemi.
"Le contact avec les troupes
belges occupant la Meuse ne fut réalisé que le 11 mai 1940 à partir de midi, par
des éléments ennemis qui débordèrent notre système défensif par le nord. Le
IIIème Corps d'Armée a pu décrocher dans la soirée du 11 mai et se replier sans
être le moins du monde inquiété par l'ennemi venant de l'est".
On peut se demander si cela
est dû uniquement aux destructions. Le plan d'attaque allemand prévoyait le
contournement de la PFL.
Quelques exemples de
destructions
- Destruction Pb/f1 viaduc
de Moresnet :
"Chargée et gardée en permanence, la
mise à feu a été effectuée par la Compagnie Cyclistes Frontière de Hombourg. Le
rapport d'un officier belge en civil le 16 août 1940 note : "Seules les piles 14
et 19 étaient minées; elles ont sauté, entraînant dans leur chute non seulement
les travées (13-14) et (19-20) mais aussi les travées 14 à 19, provoquant des
dégradations plus ou moins importantes aux piles intermédiaires. Un matériel
d'entrepreneur très important, destiné à relever l'ouvrage, est en voie de
montage".( Rapport du
14 avril 1946 du Lt-Col COLSOULLE au Ministre de la Défense Nationale. Archives
du CDH – dossiers destructions).
- Destruction Em sur la route Liège-Spa
en avant du fort d'Embourg. Elle a été réalisée par le fort d'Embourg. La
destruction est réussie comme prévu. La réfection de la route a été achevée au
début septembre 1940 sous l'autorité allemande.
- Destruction Sou 3 pont-route de
Martinrive. La destruction par le 1er Lanciers a réussi comme prévu. L'ouvrage a
été ébranlé jusque dans ses fondations. Il n'a pu être rétabli qu'en 1943.
CHAPITRE 2 - LA POSITION
FORTIFIEE DE LIEGE 1
A.
INTRODUCTION
Jusqu'en 1931, les projets
de défense de la PFL prévoyaient l'aménagement de trois lignes de défense, l'une
constituée d'abris au niveau des forts Brialmont de la rive droite, l'autre
d'une ligne d'abris à l'entrée de Liège, formant tête de pont, et enfin une
série d'abris sur la rive gauche de la Meuse.
Suite à certaines influences
politiques, le 18 avril 1931, la Commission d'Etude du Système Fortificatif
modifie ses projets concernant la PFL. Elle décide ainsi la création d'une ligne
défensive supplémentaire pour la défense de Liège.
Cette nouvelle ligne sera
construite 8 Km en avant des forts Brialmont réarmés. Mais le 4 juillet 1932
déjà, pour des raisons d'économies budgétaires, le ministre Crockaert décide de
surseoir à toute dépense relative à la construction de cette ligne. Différents
projets verront le jour, comme la construction d'une quinzaine de grosses
casemates, pour ensuite être modifiés.
C'est ainsi que les premiers
vrais travaux pour la majorité des abris commenceront dans la seconde moitié de
l'année 1934 pour se terminer fin 1935. En ce qui concerne les forts, les
travaux débuteront un peu plus tôt et se termineront plus tard.
Longue de plus de 60 Km,
forte de 179 abris et de 3 forts (le fort d'Eben-Emael ne fait pas partie de la
PFL), cette première ligne fortifiée, ou PFL 1, décrit un arc de cercle depuis
Visé jusqu'à Comblain-au-Pont en passant par les villages d'Aubin, Charneux,
Battice, Grand-Rechain, Theux, Becco, Sougné-Remouchamps. Son ossature est
assurée par les nouveaux forts construits à Aubin-Neufchâteau, Battice et
Tancrémont-Pepinster. Trois autres forts (Comblain, Sougné-Remouchamps et Les
Waides) ne pourront renforcer cette ligne; ils ne seront pas construits par
manque de crédits.
Les abris, tous conçus pour
une mitrailleuse ou un fusil-mitrailleur, sont groupés de façon à former un
certain nombre de points d'appui de pelotons placés à des endroits choisis
procurant un grand rendement des feux et des vues. Ils sont bétonnés, à une
embrasure, et conçus pour résister au tir prolongé du canon de 150 mm.
TABLEAU REPRENANT LES
PLANTATIONS DES ABRIS
D'après un document
provenant du CDH à EUERE (dossier QGT).

Position Fortifiée de Liège 1
Vu l'étendue du front et
l'aspect du terrain, les abris ne se couvraient pas mutuellement. Cependant, il
était prévu que l'infanterie occupe aussi des positions de campagne entre ces
abris, de manière à former un front continu. Certains abris, particulièrement
bien placés au point de vue de l'observation, sont pourvus d'une cloche
métallique pour guetteur avec ou sans FM (fusil-mitrailleur) permettant de
battre le terrain avoisinant : ce sont les observatoires d'infanterie.
Bien que la majorité des
abris soit terminée fin 1935, on procède à partir de 1937 à la modification des
abris observatoires, c'est-à-dire possédant une cloche. De plus, dans le secteur
de Comblain-Sougné, 4 abris pour canons antichars (de campagne ou sous tourelle)
compléteront la PFL 1 en 1939 : CS 14, CS 24, CS 25 et CS 5 A bis.
Chaque abri est nommé de
deux lettres (celles du secteur) suivies d'un nombre. Par exemple, SB 8 est le
huitième abri du secteur Sougné-Becco, en partant de Sougné vers Becco. Il
existe cependant une exception : l'observatoire MM 305. Le nombre 305 représente
ici l'altitude.
La PFL
1 se subdivisera en 7 secteurs :
§
Secteur CS (Comblain-Sougné)
Ainsi appelé car
l'intervalle considéré débutait à Comblain-au-Pont (C) pour se terminer à Sougné
(S). Les 31 abris seront construits le long de la rive droite de l'Amblève,
parfois un peu en arrière de la rivière, sur les hauteurs.
- 25 abris avec une
embrasure,
- 2 abris avec deux
embrasures, chacune pour une mitrailleuse ou un FM : CS 21, CS 22,
- 2 abris pour canon
antichar (calibre 47 mm) monté sur affût de campagne. Il s'agit du canon
antichar en dotation dans l'armée de campagne que l'on entrait dans l'abri par
une porte élargie à l'arriére : CS 14, CS 24,
- 2 abris avec une tourelle
de char APX-B, encore visibles de nos jours : CS A 5 bis et CS 25. Il s'agit de
tourelles de char achetées à la France en 1936. Sur les 25 achetées, 10 seront
montées sur le châssis d'un char Renault, les 15 autres seront montées sur des
abris (2 dans la PFL et 13 à la Côte belge). Ces tourelles APX-B étaient armées
d'un canon anti-char de 47 mm et d'une mitrailleuse Hotchkiss. Une de ces
tourelles APX-B est encore visible au Musée de l'Armée à Bruxelles. Ces 3 abris,
CS 24 pour canon 47 mm, CS A 5 bis et CS 25 avec tourelle, seront les derniers
construits sur la PFL 1.
§
Secteur SB (Sougné-Becco)
Ces 19 abris, construits sur
les hauteurs de Hautregard-La Reid-Becco faisaient la jonction entre le secteur
défensif le long de l'Amblève et l'autre secteur situé le long de la Hoegne.
- 17 abris avec une
embrasure,
- 1 abri avec deux
embrasures parallèles, SB 8,
- 1 abri avec cloche
d'observation, SB 6, destiné au départ à être occupé par les troupes de
campagne. Sa cloche de guet lui permettait d'observer toute la région de La
Reid. Malheureusement, la cloche a été enlevée.
§
Secteur BV (Becco-Vesdre)
25 abris constituent ce
secteur défensif sur les hauteurs de la rive gauche de la Hoegne.
- 21 abris avec une
embrasure,
- 1 abri avec deux
embrasures à axes de tir perpendiculaires, BV 11 bis,
- 1 abri avec cloche
d'observation utilisé comme poste d'observation (PO) du fort de Tancrémont, BV
7,
- 1 gros abri appelé
casemate Mont, destiné à barrer ta route Theux-Liège à l'aide d'un canon de 47
mm, d'une mitrailleuse et d'un phare; il a été utilisé comme poste d'observation
au profit du fort de Tancrémont. Encore visible de nos jours, il est construit
sur le côté droit de la côte de Mont, juste avant d'arriver à ce village en
venant de Spa.
- 1 gros abri appelé
casemate Vesdre, barrant la route de la vallée de la Vesdre. Armé d'un canon de
47 mm, d'une mitrailleuse, d'un FM et d'un phare, il défendait le barrage
antichar tendu en travers de la vallée. Il est situé à gauche de l'entrée du
tunnel de chemin de fer au lieudit Louhau.
§
Secteur VM (Vesdre-Manaihant)
La zone comprise entre le
fort de Tancrémont et celui de Battice est divisée en deux secteurs défensifs VM
et MM, la fin du premier secteur (Manaihant) étant l'endroit où le fort des
Waides (à environ 500 m du village de Manaihant) aurait dû être construit. 34
abris dont :
- 30 avec une embrasure,
- l'abri avec deux
embrasures,
- 3 abris avec cloche : 2 PO
du fort de Tancrémont, VM 3 et VM 29 ter et 1 PO du fort de Battice, VM 23.
§
Secteur MM (Manaihant-Les
Margarins)
Ce secteur défensif débutait
à Manaihant pour se terminer au nord du fort de Battice. Il était constitué de
20 abris dont :
- 18 avec une embrasure,
- 2 avec cloche
d'observation, PO du fort de Battice, MM 305 et MM 12. Le long de la route
Petit-Rechain - Battice, on peut voir, à Manaihant, un monument dédié aux
soldats du poste d'observation MM 305.
§
Secteur MN (Les
Margarins-Neufchâteau)
Ce secteur défensif (MN) est
constitué de nombreux vallons et de zones non battues par nos mitrailleuses.
C'est pourquoi quelques abris furent construits en deuxième ligne pour lutter
contre les infiltrations ennemies. L'intervalle MN comportait 31 abris dont :
- 26 pour une mitrailleuse
ou un FM,
- 2 avec deux embrasures, MN
1 et MN 22,
- 3 avec cloche
d'observation de fort : 2 comme PO du fort d'Aubin-Neufchâteau, à savoir MN 11
et MN 18 et un PO du fort de Battice, MN 29.
§
Secteur NV (Neufchâteau-Visé)
Il relie le fort d'Aubin-Neufchâteau
à la Tête de Pont de Visé. Il comporte 19 abris dont certains en deuxième ligne.
- 15 avec une embrasure,
- 2 avec deux embrasures, NV
9, NV 19,
- 2 avec cloche
d'observation, NV 2 et NV 5, utilisés comme PO du fort d'Aubin-Neufchâteau.
B. L'ABRI
TYPE PFL 1
Plus gros que le modèle de
la Position Avancée (abris de Henri-Chapelle par exemple, voir chapitre
précédent) il est protégé par des murs de 1,30 m d'épaisseur en béton armé
formant une chambre de tir de 2,70 m sur 2,00 m intérieur

Abri
standard PFL 1
L'accès à la chambre de tir
se fait par un sas fermé par deux portes, à savoir :
- une
grille fermant le sas à l'extérieur;
- une
porte dite "porte à persiennes" fermant la chambre de tir

Une goulotte lance-grenades
(voir croquis), placée dans la chambre de tir et débouchant à l'entrée de
l'abri, défend l'accès de celui-ci. Le plafond de la chambre est revêtu de tôles
ondulées en acier galvanisé, tandis que dans les murs latéraux sont fixés deux
étagères ainsi que 4 grands et 4 petits crochets, pour supporter les fusils et
l'équipement des soldats. Sur une petite tablette en chêne scellée dans un mur,
on fixe un appareil ressemblant à un hachoir à viande de l'époque et destiné à
garnir tes bandes en tissus de cartouches de mitrailleuse. Cette machine est
apportée par les troupes devant occuper les abris. Ne disposant pas de
l'électricité, l'éclairage est assuré par une lampe tempête pendue à un crochet
fixé au plafond.
La mitrailleuse ou le FM
repose sur un affût Chardome identique à celui dont nous avons parlé dans le
premier chapitre.
Certains abris possèdent un
autre type d'affût; l'affût FRC, développé par la Fonderie Royale de Canons, à
Liège. Il permet une meilleure protection des servants grâce à deux plaques
d'acier coulissant dans l'embrasure.

Un cadenas en bronze ferme
la porte grille de l'extérieur tandis que l'embrasure est obturée de l'extérieur
par un volet métallique pivotant verticalement ou horizontalement.
Autour de l'abri, une
clôture en fil de fer barbelé délimite l'emprise militaire. Quatre bornes en
pierre de taille ou en béton, marquées du sigle DN (Défense Nationale) et d'un
chiffre, sont disposées aux angles du terrain militaire. Une barrière métallique
permet le passage de la clôture.
Vu de loin, l'abri est
camouflé par une haie vive d'essences de la région (aubépine, sureau, ...)
plantée dans la clôture.
L'entrée se situe
indifféremment du côté gauche ou du côté droit de l'abri; tout dépend du terrain
et de l'axe de tir supposé de l'ennemi. Mais elle est toujours située de manière
à protéger au maximum les soldats sortant de l'abri. L'accès à l'entrée se fait
le plus souvent de plain-pied. Dans le cas de certains abris, particulièrement
bien enterrés, un escalier bétonné d'une quinzaine de marches conduit à la
grille, par exemple : MN 29, MN 28, MM 305, MN 18, ...
Que
reste-t-il de nos jours ?
Les vestiges varient d un
abri à l'autre, mais la majorité a conservé ses piquets de béton formant
clôture, ses bornes DN délimitant l'emprise. Tous les gros objets métalliques
ont été récupérés par des ferrailleurs peu scrupuleux. La porte grille, la porte
à persiennes, la barrière métallique sont souvent absentes. Il demeure parfois
la tige filetée et la circulaire d'appui de l'affût Chardome, le volet fermant
la goulotte lance-grenades. Une inscription, emboutie dans une tôle du plafond,
indique le nom de certains abris.
C. LES
OBSERVATOIRES
Une des lacunes relevées
lors des combats de nos forts en août 1914 était l'absence de postes
d'observation sous abris. Les observateurs se cachant en effet dans les clochers
des églises, au sommet des terrils, dans les fermes, ... étaient très
vulnérables.
Ils communiquaient leurs
renseignements par lignes téléphoniques volantes, par coureurs, par pigeons.
C'est ainsi que beaucoup de forts sont devenus aveugles parce qu'ils avaient
perdu leurs observatoires extérieurs.
Lors de la construction de
la PFL en 1933, des abris pourvus d'une cloche d'observation d'infanterie furent
construits en même temps que les autres abris (BV 7, SB 6, ...)
Destinés au départ à être
occupés par des troupes d'intervalles occupant le secteur défensif, ces abris
particuliers servaient de postes d'observation d'infanterie et étaient reliés au
réseau téléphonique militaire enterré de la PFL. Ainsi, ils fournissaient
également aux diverses batteries d'artillerie du IIIème Corps d'Armée les
renseignements nécessaires pour contrebattre l'ennemi.
Les cloches sont de deux
types; la première, la cloche pour fusil-mitrailleur : sa fonction consistait à
observer le terrain par six embrasures réparties sur son pourtour, à intervenir
par le feu d'un FM pour la défense, à éclairer le terrain à l'aide de fusées
éclairantes envoyées à travers un orifice obturable à son sommet. Le nombre de
servants par cloche est de deux, armés d'un seul FM modèle 30. Poids de la
cloche, environ 18 tonnes, diamètre intérieur : 1,20 m, épaisseur : 30 cm.
Le second modèle était la
cloche pour guetteur. Plus petite que la cloche FM, elle remplissait la même
mission à la différence que son diamètre plus petit ne permettait pas à son seul
servant d'utiliser un FM pour se défendre. Elle n'avait que 4 embrasures. Poids
de ta cloche, environ 8 tonnes, diamètre intérieur, 80 cm, épaisseur, 20 cm.

Il existe cependant une
exception : l'abri MM 12, situé derrière le fort de Battice, sur la droite de la
route Battice-Aubel, possédait un troisième type de cloche. Il s'agissait d'une
cloche similaire à celle qui existe toujours actuellement au bloc 2 du fort de
Battice, "la cloche S.O.M. (Société d'Optique et de Mécanique). Cette cloche
était équipée d'un périscope d'artillerie d'origine française.
Fin 1935, les 14 abris
observatoires avec cloche étaient terminés pour les 60 Km de la PFL 1. Il
s'agissait de :
- MN 11, MN 18, NV 2, NV 5
et la casemate Mont, avec cloche FM.
- SB 6, BV 7, VM 3, VM 29
ter, VM 23. MM 305,
MN 29 et la casemate Vesdre, avec cloche de guet;
- MM 12 avec la cloche
S.O.M.
Ces 14 abris furent reliés
au réseau téléphonique militaire enterré. Celui-ci reliait tous les forts, tous
les abris observatoires, tous les abris contre irruption, ... par des câbles
enterrés à une profondeur moyenne de 2 m. Il tissait une énorme toile d'araignée
dont la longueur de câbles mis bout à bout atteindrait environ 300 km (Le
tracé,repris sur des cartes militaires, a été mesuré par l'auteur). Tous les
observatoires indus dans la ligne des abris possédaient une chambre de tir avec
un affût Chardome ou FRC.
Seuls deux abris
observatoires (MM 305 à Manaihant et MN 29 à Charneux, situés en retrait de la
ligne des abris), ne possédaient pas de chambre de tir. Ici l'abri se réduisait
à une pièce de 2 m x 2 m x 2 m et au puits d'accès à la cloche. Ces deux abris
étaient entièrement enterrés avec escalier d'accès en cave. Seule la cloche
émergeait.
Suite à des modifications de
la stratégie militaire dans les années 35, alors que la PFL 1 n'était pas encore
terminée, il fut décidé de ne plus faire occuper, en cas de guerre, les abris de
cette ligne par les troupes du IIIème Corps d'Armée. Cependant, fin 1937, les
abris observatoires destinés aux troupes de campagne étaient nécessaires aux
forts. Si puissant qu'est un fort, s'il ne dispose pas de postes d'observation
lui permettant de voir l'ennemi, il est inoffensif car aveugle.
La Direction des
Fortifications décida donc de modifier la majorité des abris avec cloche pour
permettre leur occupation par les troupes du Régiment de Forteresse de Liège et
d'en faire ainsi des postes d'observation des forts. Ces PO n'étant plus
couverts par les abris d'infanterie voisins, car ceux-ci ne seraient plus
occupés, il fut décidé de murer l'embrasure et d'y placer une goulotte
lance-grenades pour transformer la chambre de tir en un local où 4 soldats
pourraient vivre.
Ce local s'appellera "local
de détente". Outre la suppression de l'affût qui sera récupéré pour d'autres
abris (PL 10 bis en PFL 4 par exempte), la position des étagères et des crochets
sera modifiée. Pour assurer une protection contre les gaz qui étaient la grande
peur de l'armée belge, le local de détente sera rendu étanche, un ventilateur à
main avec filtre sera installé dans le local attenant au puits de la cloche. Il
aspire l'air pur ou considéré comme tel dans le puits de la cloche et le refoule
dans le local de détente pour ventiler celui-ci et le mettre en légère
surpression.
Une modification sera aussi
apportée à la cloche de guet : les embrasures seront élargies pour permettre le
tir au pistolet G.P. 9 mm.
A titre d'exemple, décrivons
le poste d'observation VM 3 situé à Cornesse et dépendant du fort de Tancrémont.
Après avoir franchi le sas,
nous voici dans la chambre de tir. A gauche de celle-ci, se situe le local de la
cloche avec, à son extrémité, le puits d'accès dans lequel une échelle permet
d'accéder à la cloche de guet. Tout ce qui a été dit concernant la clôture, les
portes, les étagères, ... reste valable pour les postes d'observation.
Garnison et équipement de
l'abri VM 3 :
Garnison de 4 hommes,
observateurs au profit du fort de Tancrémont.
Citons ici une partie de
l'équipement de l'abri VM 3.
Dans le local de détente :
- deux lits superposés avec
paillasses,
- un transatlantique
métallique,
- 50 rations de 300 gr de
viande en conserve,
- 48 rations de biscuits
militaires,
- 96 bouteilles d'eau
minérale en casiers de bois,
- une pharmacie,
- une lampe "Coleman",
- un réchaud à essence Pan,
- un bidon d'essence,
- une table rabattable
métallique,
- une lampe électrique,
- 12 grenades explosives,
- 10 mines antichars,
- 5 madriers de 2 m de long,
- les fusils, un FM pour la
défense des tranchées entourant l'abri, plus l'équipement personnel des soldats.
Dans la cloche du guetteur :
- un téléphone avec appareil
serre-tête à deux écoutes et micro-plastron,
- 2 GP 9 mm plus les
cartouches,
- un pistolet lance-fusée de
25 mm,
- une caisse pour 80 fusées
éclairantes,
- une caisse pour 80
cartouches signaux,
- une lampe "Coleman",
- un bac inodore (seau
hygiénique avec couvercle),
- …
Un bidon de chlorure de
chaux destiné à neutraliser les gaz de combat se trouvait dans l'entrée.

Lors de la modification de
tous les abris avec cloche de la PFL 1, seuls 13 des 14 abris observatoires avec
cloche seront modernisés et transformés en postes d'observation pour fort.
L'abri SB 6 ne sera pas réutilisé car le fort de Sougné-Remouchamps dont il
aurait dépendu ne sera pas construit.
Les
forts et leurs postes d'observation : état actuel
Fort de Tancrémont
- BV 7 : une maison a été
construite sur l'abri; il n'y a plus de cloche de guet.
- Casemate Mont : toujours
visible, mais elle n'a plus sa cloche FM.
- Casemate Vesdre : toujours
visible et possède toujours sa cloche de guet complètement déchaussée. A
l'intérieur, on peut encore voir l'affût de casemate du canon de 47 mm AC.
- VM 3 : toujours visible
mais sans cloche de guet.
- VM 29 ter : toujours
visible, sans cloche de guet.
Fort de Battice
- VM 23 : toujours visible,
sans cloche de guet.
- MM 305 : presque recouvert
entièrement, plus de cloche de guet.
- MM 12 : toujours visible,
sans sa cloche S.O.M.
- MN 29 : visible et
visitable facilement; il a toujours sa cloche de guet. Il est situé au pied de
la Croix de Charneux.
Fort d'Aubin-Neufchâteau
- MN 11 : toujours visible,
avec cloche FM.
- MN 18 : toujours visible,
avec cloche FM.
- NV 2 : toujours visible,
avec cloche FM.
- NV 5 : toujours visible,
avec cloche FM.
Les Allemands ont récupéré
certaines de ces cloches pour les réutiliser sur le Mur de l'Atlantique. Celles
que l'on peut encore voir sur les abris ont été endommagées lors des combats de
mai 40 et rendues de ce fait inutilisables. La cloche de la casemate Vesdre,
par contre, a été endommagée lors des travaux faits par les Allemands pour la
récupérer. Elle s'y trouve toujours, mais complètement déchaussée.
Les
casemates de Mont et de Vesdre
Ces deux casemates, ou gros
abris, conçus au départ pour empêcher l'irruption d'engins motorisés ennemis,
étaient également des postes d'observation du fort de Tancrémont. Tandis que le
premier fermait la route de Theux à Liège, le deuxième défendait la route de la
vallée de la Vesdre. Ces deux casemates étaient armées d'un canon de 47 mm sur
affût de casemate, d'une mitrailleuse sur affût F.R.C., d'un phare électrique
(et d'un FM pour l'abri Vesdre). Ce dernier avait une cloche de guet tandis que
Mont avait une cloche FM. Voir le plan de la casemate de Mont ci-contre.
Vu l'objet de ce guide, il
n'est pas possible de décrire ici ces deux casemates. Ce sujet, ainsi que la
description et le récit des combats de tous les PO seront abordés dans un autre
guide qui aura pour sujet la PFL 1.
