T IV - Fasc 11

Tome I Tome II Tome III Tome IV Tome V Procédure de Cde

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V2 à Hollogne
Les aventuriers 3/6

 

Tome IV - Fascicule 11 - Septembre 1991

SOMMAIRE

Lt Colonel DERAYMAEKER G.H. - Le 2e Grenadiers au Canal Albert 2/5

DOCUMENT - Ordre de Bataille - Situation 10 mai 1940

Paul RICHELY et André NEVE - OÙ SONT LES PLAQUES CUIRASSEES DE MIMOYECQUES?

Armand COLLIN - IL Y A CINQUANTE ANS - Nuit tragique au quartier des Vennes (du 9 au 10 juillet 1941)

Patrice ERLER - Site pour système d'arme A4 (V2) à Hollogne aux Pièrres

F. GERSAY - LES AVENTURIERS 3/7

Découvrons un musée - Le musée HILL 60 à ZILLEBEKE

Jules LOXHAY - Quelques expressions usuelles et leur origine

L'HISTOIRE POUR RIRE. ou la vérité sur ... Jehan Le Bel

DOCUMENT - La ceinture des forts

Courrier des lecteurs

Yvan GOFFETTE - La Bataille d'Angleterre

OÙ SONT LES PLAQUES CUIRASSEES DE MIMOYECQUES?

Paul RICHELY et André NEVE

Mimoyecques, la forteresse aux canons fantômes. Lieu-dit du Pas-de-Calais où les Allemands ont entrepris, en 1943, la construction d'un ouvrage étonnant. Inachevé, il n'a pu accomplir sa fonction théorique: la destruction de Londres.

Entièrement souterrain, Mimoyecques possédait des puits à canons, inclinés à 50° et longs d'environ 140 m. Chaque puits incliné devait accueillir 5 canons superposés.

En surface, ces puits débouchaient dans une grande dalle en béton armé épaisse de plus de 5 m, du moins dans sa partie médiane. Des fosses rectangulaires, perpendiculaires à la longueur de la dalle, étaient ménagées dans celle-ci à des distances d'environ 25 m.

Les tubes des canons aboutissaient ainsi dans des chambres couvertes par de grandes plaques en acier. Celles-ci étaient percées de cinq trous obliques disposés le long d'un même axe et correspondant aux cinq tubes de chaque puits incliné.

SCHEMA SOMMAIRE D'UN PUITS A CANONS

Note de la rédaction: M. Paul RICHELY a décrit l'ouvrage de Mimoyecques dans le bulletin Tome III, fasc. 9 de mars 1988, page 12.

Un innombrable matériel (plus de 1.000 tonnes) (1) fut amené sur le site par les Allemands pendant la période de mai à juillet 1944 (2). Les plaques d'acier destinées à la couverture des fosses à canons étaient, pour la plupart du moins, déposées dans la carrière de la Vallée Heureuse à Hydrequent d'où, selon les projets allemands, elles devaient être acheminées à Mimoyecques.

(1) David Irving : "A bout portant sur Londres", 1964.

(2) Pour tous détails, voir l'étude exemplaire de Roland Hautefeuille. "Constructions Spéciales", 1985.

Lorsque Bernard G. Ramsey, éditeur de l'excellente revue "After the Battle", visita la carrière en mai 1974, il ne vit pas les plaques, celles-ci ayant, selon le Directeur Général de l'entreprise, été découpées au fil des ans. Les blocs d'acier avaient ainsi été utilisés dans les concasseurs de roches (3).

(3) Bernard G. Ramsey. "After the Battle" n ° 6 "The V Weapons" p. 40: "Monsieur H. Henaux, Director-General of Hydrequent quarries, told us that he purchased the plates after the war, and these had been cut up over the years for use in his rock-crushing machinery in the marble quarries".

Des plaques mystérieuses

La carrière d'Hydrequent présente un grand intérêt pour les amateurs d'archéologie militaire. Elle possède notamment un Dom Bunker (4) et un tunnel à entrée bétonnée, ensemble destiné à abriter un ou deux canons sur rail.

(4) Littéralement: Abri cathédrale.

II existe trois Dom Bunker dans le Pas-de-Calais: Wimereux, Fort Nieulay, Hydrequent. Ceux-ci servaient de refuge aux canons sur rail (notamment des K5) utilisés par les Allemands à proximité de la côte du Pas-de-Calais. Seul, le Dom Bunker d'Hydrequent a été conservé dans son état original.

A trois reprises, nous avons obtenu un permis de visite de la carrière, notre intention initiale étant de photographier le Dom Bunker et l'entrée du tunnel à canons. L'inattendu et l'émotion étaient au bout du chemin: un amas hétéroclite de plaques d'acier. Notre guide en ignorait tout et ne formula aucune objection à la photographie de ce matériel bizarre. L'examen des clichés confirma notre hypothèse immédiate: il pourrait s'agir des plaques destinées à Mimoyecques.

Pour vérifier cette conviction, une nouvelle visite s'imposait: six mois plus tard une autorisation fut demandée et reçue (5). Le guide nous conduisit où nous le souhaitions. Quant aux plaques, il pensait, sans en être certain, qu'elles provenaient du Mur de l'Atlantique. L'essentiel était acquis: de nouveaux clichés complétaient notre collection et notre conviction devenait certitude.

(5) Notre intention était multiple: réaliser de meilleurs clichés du Dom Bunker, inspecter davantage l'intérieur du tunnel à entrée bétonnée et enfin réexaminer attentivement les plaques.

Une troisième visite en juin 1991 aurait apporté des détails complémentaires grâce à des relevés auxquels nous espérions procéder. Hélas, nous avons joué de malchance (6).

(6) Cette fois l'accueil a été très réservé avec, pour conséquence, une liberté d'action nulle. Nous pouvons seulement affirmer qu'en juin 1991, les plaques gisaient toujours sur le site de la carrière. Par ailleurs, le Dom Bunker était entièrement dégagé des cailloux qui, autrefois, le dissimulaient partiellement. Nous possédons maintenant d'excellents clichés. Par contre, l'entrée bétonnée du tunnel à canon a disparu sous un amas de roches, en raison du percement d'un nouvel accès à la carrière.

 Caractéristiques des plaques.

Nous avons classé ces plaques en trois catégories: A, B, C.

Modèle A:

Plaque simple munie d'une nervure longitudinale assurant l'insertion et le blocage des autres plaques. Elle est utilisée par paire, l'une placée du côté droit, l'autre du côté gauche de la fosse rectangulaire.

Modèle B:

Plaque à deux nervures, avec renforcement central percé de deux trous obliques.

Modèle C:

Plaque à trois nervures, avec renforcement central percé de trois trous obliques.

Chaque fosse était recouverte de quatre plaques. Cet ensemble possédait dans la partie centrale cinq trous obliques équidistants, disposés sur la longueur médiane du rectangle. Ces cinq trous devaient correspondre aux axes des cinq tubes des canons superposés.

VUE EN PROFIL DE L'ASSEMBLAGE PROBABLE DES PLAQUES.

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La plaque supérieure de Modèle B est percée de deux trous obliques. Elle surplombe trois plaques de Modèle C. Chacune de celles-ci était destinée à un des trois puits inclinés, finalement construits à Mimoyecques. (cliché P. Richely)

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On observe à l'avant-plan une plaque de Modèle A. Ce modèle utilisé par paire couvrait la fosse à canons de part et d'autre de deux plaques B et C placées dans la partie centrale du rectangle.

Les plaques visibles à l'arrière n'ont pu être inventoriées étant donné les conditions difficiles de notre examen. (cliché P. Richely)

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Trous obliques dans une plaque de Modèle B. Du métal a été enlevé des ressauts longeant les trous. Peut-être s'agit-il de traces de prélèvements effectués autrefois en vue de procéder à l'analyse de l'acier? Dans la plaque C sous-jacente, on discerne une partie d'un trou oblique. (cliché P. Richely)

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Conclusion

Les plaques de Mimoyecques disparues, à notre connaissance, depuis près d'un demi-siècle appartiennent à un patrimoine historique surprenant.

Accessoires impressionnants d'une arme allemande qui n'a jamais fonctionné à Mimoyecques mais théoriquement redoutable.

Préservées presque miraculeusement, elles méritent un sort meilleur qu'un abandon au titre de ferraille assorti, inéluctablement, d'un effacement définitif.

Gageons que les dirigeants de la Carrière d'Hydrequent leur réserveront une destination permettant aux amateurs d'Histoire de prendre contact avec des pièces uniques au monde.

Leur site naturel de Mimoyecques et le futur Musée du Parc Naturel Régional Nord-Pas-de-Calais ne sont-ils pas les endroits tout désignés pour les mettre en évidence.

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IL Y A CINQUANTE ANS

Armand COLLIN

NUIT TRAGIQUE AU QUARTIER DES VENNES (du 9 au 10 juillet 1941)

Certains prétendent et sont parfois écoutés, qu'il faut oublier les faits de guerre, ne plus remettre au jour les horreurs et les souffrances de cette époque.

En ce qui nous concerne, nous sommes d'avis qu'il faut le faire maintenant, sinon plus personne ne se souviendra des parents, amis, voisins, habitants de notre quartier, victimes de la barbarie aveugle de la guerre.

Ce travail, présenté dans "Sur Meuse et Ourthe" (1) afin de commémorer le cinquantenaire du bombardement du quartier des Vennes, est dédié à ceux de chez nous qui furent les victimes innocentes de la nuit tragique du 9 au 10 juillet 1941.

(1) Note de la rédaction. Monsieur A. COLLIN, éditeur responsable du bulletin "SUR MEUSE ET OURTHE", du Groupe de Recherche du Comité de quartier Vennes-Fétinne, membre actif des réunions du mardi du CLHAM, nous autorise à publier l'essentiel de son récit et, fort aimablement, accepte que nous nous abstenions de reproduire les nombreux témoignages, plans et photos qui l'appuient et dont nous pensons qu'ils intéresseront surtout les habitants du quartier des Vennes-Fétinne.

Nous pensons plus particulièrement à un petit garçon âgé de cinq ans et demi. Il habitait rue de Froidmont et fut tué par des éclats de bombes, dans la rue de Londres.

Où en était la guerre début juillet 1941?

o         avril 1941: l'armée allemande envahit la Grèce, la Yougoslavie puis la Crète; en Afrique, avance extrême de l'Afrika Korps (Saloum),

o         juin 1941: premiers raids anglais sur la Ruhr et invasion de la Russie par l'armée allemande,

o         1er juillet 1941: offensive de la RAF sur l'Allemagne et le Nord de la France,

o         10 juillet 1941: début de la bataille de Smolensk.

9 juillet 1941

Au quartier des Vennes, la journée du mercredi 9 juillet 1941 fut fort semblable aux précédentes. Il faisait chaud, avec un ciel bleu dans lequel aucun nuage n'atténuait les ardeurs du soleil sur la ville. Depuis longtemps, on n'avait plus connu une telle période de beau temps.

Ce soir, comme d'habitude à l'époque, rue de Froidmont, les enfants jouent entre les buissons qui bordent le grand mur de l'usine Cuivre et Zinc, tandis que les aînés, assis devant les petites maisons vieillottes, prennent le frais en devisant de choses et d'autres. Certains hommes jouent "au bouchon" (2) sur le sol en terre battue, au-delà de l'étroite chaussée pavée longeant les anciennes bâtisses.

(2) En général, le "bouchon" est un morceau de manche de brosse, long de 5 cm environ, sur lequel les joueurs placent leur mise. II doit être atteint par une plaque ronde en fer de plus ou moins 10 cm de diamètre et épaisse d'environ 1 cm. Se joue sur un sol en terre battue.

L'occultation étant de rigueur, dès le soir tombé, les familles rentrent chez elles et vont se mettre au lit, sans se douter que dans quelques heures, pour dix des habitants de la rue, ce sera le dernier réveil.

Après la tombée de la nuit, une nappe de brume se forme dans les vallées de l'Ourthe et de la Meuse.

10 juillet 1941

Vers 1h00, on commence à entendre de nombreux avions survoler la ville. Les gens, tirés de leur sommeil, se lèvent et s'habillent rapidement, bien que les sirènes n'aient pas encore sonné l'alerte. Ils sont inquiets ces gens, ils écoutent les bruits des moteurs d'avion et se rendent compte que ces avions tournent au-dessus d'eux.

Ils se méfient, car devant eux, se dresse l'importante usine de Cuivre et Zinc qui peut présenter un intérêt stratégique. Bon nombre de petites maisons de la rue n'ont pas de cave capable de les abriter efficacement, ce qui explique peut-être le départ de nombreux habitants vers le boulevard de Laveleye.

Sur ce boulevard, les maisons sont plus récentes, surtout plus importantes et plus solidement construites. Les gens savent qu'il existe un vaste abri antiaérien capable de les accueillir à la LINALUX (3).

(3) LINALUX: Union des centrales électriques Liège-Namur-Luxembourg, dont le siège occupait les immeubles sis à l'angle du boulevard Emile de Laveleye et de la rue de Spa. Ces bâtiments, aujourd'hui abandonnés, portent les numéros 70-72 du boulevard et numéro 1 de la rue de Spa.

Par petits groupes, ils partent par la rue Joseph Delboeuf, dont certains habitants leur emboîtent le pas. Il est à ce moment 1h20.

Arrivés à l'angle du boulevard Emile de Laveleye et de la rue des Vennes, d'autres personnes suivent le groupe, parmi lesquels Ursmard LEGROS, 35 ans, avocat et ancien député. Il est en visite chez sa mère Judith HENRARD, veuve de Jean LEGROS, rue des Vennes, 230.

Laissons-lui la parole:

"Dès l'alerte donnée par les sirènes à 1h22, ma mère, mes soeurs et moi-même, ainsi que Monsieur HIARD, venant tous de la même maison, avons quitté le 230, rue des Vennes, sis à l'angle du boulevard Emile de Laveleye.

"Nous avons vu un groupe d'une quarantaine de personnes, venant de la rue Joseph Delboeuf et se dirigeant vers le siège de la Linalux, à l'angle de la rue de Spa, où je sais qu'il existe un abri antiaérien.

"Le groupe d'une quarantaine de personnes s'y est présenté juste avant nous. J'ignore la réponse qui a été faite par le gardien. Le groupe s'est éloigné en longeant les immeubles du boulevard, en direction de la rue de Londres. "En ce qui nous concerne, c'est Monsieur HIARD qui a frappé à la porte de la LINALUX, le gardien a ouvert et j'ai entendu qu'il disait: "Ce n'est pas public". Nous n'avons pas insisté et avons suivi la même direction que le groupe.

"A peine une minute après, les bombes sont tombées, j'ai été blessé et renversé. Je me suis relevé et suis retourné chez ma mère, rue des Vennes, 230. J'ai pu y constater à mon arrivée qu'il était exactement 1h35."

Monsieur LEGROS ne se trompe pas, une série de bombes est tombée et plusieurs impacts sont signalés:

o         sur les ateliers, bureaux et jardins de l'usine Cuivre et Zinc (quatorze bombes incendiaires),

o         sur la rue de Froidmont, entre les bureaux et les ateliers de la même usine; une bombe explosive y a provoqué un entonnoir profond de trois mètres, près du mur de l'usine, déchirant une conduite de gaz de ville sous pression de deux kilos,

o         rue des Vennes, 137, une bombe incendiaire cause un incendie,

o         une autre bombe incendiaire tombe sur un garage isolé, rue des Vennes, en face du 137,

o         la bombe explosive est tombée sur le boulevard Emile de Laveleye, sur le trottoir devant le 48,

o         une troisième bombe a explosé sur le remblai du chemin de fer, place des Nations, à hauteur de la rue de Verviers.

Ce sont là les trois explosions signalées à 1h30 dans la chronologie officielle des faits.

Deux bombes sont tombées sans exploser, rue de Londres et place des Nations. Quatorze bombes incendiaires sont tombées sur Cuivre et Zinc mais les foyers sont rapidement maîtrisés au moyen de seaux d'eau et de sable par des ouvriers de l'usine aidés des pompiers du poste central de Liège.

Très vite, les secours arrivent sur place; ils sont déjà sur le boulevard E, de Laveleye à 1 h 45, où les numéros 46 et 50 sont fort endommagés, la façade du 48 étant écroulée.

Cette bombe a été meurtrière, déjà sept corps sont étendus sur le terre-plein du boulevard, entre les rues de Spa et de Londres. Certains sont identifiés. Un couple et son enfant sont retirés morts de la cave du 48, d'autres encore des ruines.

Vers 1h44, juste avant l'arrivée des secours, une bombe explosive atteint la voie de chemin de fer près du viaduc du boulevard E, de Laveleye, faisant de nouvelles victimes dont Hubert GOFFIN (Voir le texte en annexe: "Un de chez nous"), Jeanne CHAINEUX, et Guillaume LAHAYE, ainsi que quatre autres personnes dans la rue de Londres, dont André MARIMI. A ce moment, on dénombre quatorze tués sur place.

Partout ce n'est que désolation. La Défense Passive, dont c'est la première intervention importante, s'en tire avec honneur, ses membres se dépensant sans compter, de même que les pompiers et policiers qui, au mépris du danger, s'aventurent, qui sur un balcon branlant pour sauver un gosse miraculeusement indemne, qui encore dans et même sous les ruines pour en retirer des blessés.

Vers 2h45, il se confirme qu'une bombe est bien tombée sur le 10 de la place des Nations, mais sans faire explosion. Elle a traversé la maison de part en part pour finalement s'arrêter dans la cuisine-cave, y provoquant une excavation d'un mètre de profondeur.

La Défense Passive, alertée par la Police, redoutant à juste raison d'autres bombes explosives non éclatées ou pire, des bombes à retardement, préconise l'évacuation immédiate de toute la zone sinistrée.

Il va sans dire, qu'en ces temps de guerre, toute action de la Police ou de la Défense Passive doit être justifiée par un rapport écrit et traduit adressé dans les plus brefs délais à l'autorité occupante, soit l'Oberfeldkommandantur-Lüttich en l'occurrence.

En début de nuit déjà, vers 1h40, le Major GRAFF, de l'Oberfeldkommandantur, et le Leutnant KAUFMANN, de la Feldgendarmerie-Lüttich ont été prévenus téléphoniquement. Ultérieurement, un rapport-bilan sera transmis au Hauptmann SEIDL, Verbindungsoffizier zur Luft (officier de liaison de l'aviation).

Revenons sur le boulevard E. de Laveleye, où les secours s'organisent. Les blessés reçoivent rapidement les premiers soins puis sont transférés au moyen d'ambulances et des deux camionnettes de Police-Secours vers le centre de secours de la Défense Passive, rue des Vennes, 59, ainsi que chez le Docteur DELNEUVILLE, rue des Vennes, 159. De là, les blessés les plus graves seront transférés vers les hôpitaux de Bavière et des Anglais.

De ces blessés, cinq décéderont le 10 juillet, un autre le 11 et un septième après le 17 juillet.

Il faut noter que la liste officielle comporte vingt-deux noms, mais elle reprend un ouvrier du chemin de fer blessé grièvement à Angleur et décédé à l'hôpital de Bavière.

Il y aura des victimes ailleurs qu'au quartier des Vennes; le bombardement aveugle de cette nuit du 9 au 10 juillet 1941 aura causé la mort de vingt-neuf personnes, dont vingt et une aux Vennes, une à Angleur, six à Chênée, une à Seraing. On dénombrera trente-quatre blessés graves, dont quatorze aux Vennes, douze à Chênée et six à Seraing.

Enfin, à 3h10, les sirènes de la ville font retentir le son lugubre et continu du signal de fin d'alerte aérienne.

C'est seulement vers 5h00 du matin que les employés du Service du Gaz arrivent pour fermer les conduites du boulevard.

Les services communaux s'affairent, on déblaye, on enlève ce que l'on peut. Plus tard, des déménageurs viendront enlever ce qui reste du mobilier de certaines maisons sinistrées mais encore debout.

De nombreux badauds sont venus au quartier des Vennes à pied, en vélo, en tram. Ils sont tenus à distance par un cordon de police, dont certains agents, venus de loin, n'ont même pas pris la peine de s'habiller complètement.

En début de matinée, les habitants de la zone sinistrée évacuent les maisons, nantis d'un maigre bagage. Certains vont se réfugier dans les sous-sol de l'église Saint-Vincent toute proche tandis que d'autres attendent assis sur les bancs du quai des Ardennes.

Déjà les journaux de l'occupation s'emparent de l'événement.

La politique ne perdant pas ses droits, un communiqué de presse met en exergue: "Initiative du Bourgmestre BOLOGNE en faveur des évacués de la rive droite: Le Bourgmestre du Grand-Liège, BOLOGNE, demande au Commissaire de Police en Chef de se mettre en rapport avec la Croix-Rouge, la Défense Passive et toutes les organisations, afin de procurer dès ce soir un logement aux sinistrés."

Il va sans dire que les précités et beaucoup d'autres n'avaient pas attendu "l'invitation" du sinistre BOLOGNE pour prendre des mesures en faveur des sinistrés et, à vrai dire, on ignore s'il y a eu des candidats au logement par l'entremise de BOLOGNE et de sa clique.

Dès ce matin du 10 juillet, une trentaine de policiers vont devoir surveiller jour et nuit la zone sinistrée, car hélas, il faut protéger contre les pillards les maigres restes appartenant aux évacués!

11 juillet 1941

Dans le quartier, on essaye de réparer ce qui peut encore l'être avec des moyens de fortune. Dans les familles des victimes, les proches veillent les défunts tout en se préparant pour les funérailles du lendemain. Des délégations d'enfants de l'Institut Saint-Ambroise vont rendre un dernier hommmage à leur condisciple André MARINI, qui était en classe gardienne à cette école (4).

(4) Je me souviens de cette visite rendue au domicile d'André MARINI. Je n'oublierai jamais son visage de petit ange italien, encadré de boucles noires contrastant avec la blancheur du coussin sur lequel il reposait. Je crois me souvenir qu'en un dernier sourire, les lèvres légèrement entr'ouvertes laissaient apparaître les dents dont une, en or peut-être, se remarquait particulièrement. Ce souvenir me reste en mémoire; j'avais sept ans lors de ce bombardement (Armand Collin).

12 juillet 1941

Ce samedi, peu avant 11 heures, sous un soleil ardent, les amis et la foule des parents se réunissent aux abords de l'église Saint-Vincent où vont être célébrées les funérailles des victimes du bombardement. Les enfants des écoles, sous la conduite des instituteurs, forment une haie le long de l'avenue Mahiels.

Peu après, les premiers corbillards arrivent, quelques-uns automobiles, les autres tirés par des chevaux. Lentement, à la file, ils viennent s'arrêter sur le parvis de l'église.

Les cercueils sont accueillis par le Curé J. HANNAY assisté de ses vicaires, puis pénètrent dans l'église où une haie d'honneur formée de membres de la Défense Passive, en salopette bleue et casque blanc, rend un dernier hommage.

Le premier cercueil est celui d'un enfant, il repose sur un drap marqué de la croix de Saint-André. Un peu plus loin, un autre, ancien combattant, est recouvert du drapeau national.

Le requiem sera chanté par les enfants des écoles de la paroisse revêtus d'une aube blanche et, après l'office, chaque famille quittera l'église pour accompagner son ou ses défunts, dont beaucoup seront inhumés à Robermont.

Les jours passent, le quartier des Vennes retrouve son calme habituel, la vie reprend son rythme de tous les jours, pas pour longtemps, car l'acte final n'est pas encore joué.

17 juillet 1941

Ce vendredi, en déblayant la citerne à eau de pluie du numéro 4 de la rue de Londres, des ouvriers découvrent une bombe de gros calibre fichée dans la paroi de la citerne. Elle est de teinte jaune et le col est cerclé de vert. Elle n'est plus entière, des débris de cette bombe avaient été découverts déjà dans la nuit du 9 au 10, ce qui avait fait croire qu'elle avait explosé. Les ouvriers préviennent la Police, qui alerte le Major HOUSSARD, commandant les pompiers de Liège et la Défense Passive. L'évacuation immédiate est ordonnée dans une zone de cent mètres soit la rue de Londres du 1 au 19, la rue de Spa du 2 au 26, le boulevard E. de Laveleye, côté pair entre les rues de Londres et de Spa, la place des Nations, au coin des mêmes rues. Immédiatement, un service d'ordre est mis en place et le Hauptmann SEIDL est mis au courant des faits pour décision.

18 juillet 1941

Ce matin, le Hauptmann SEIDL vient accompagné de deux soldats spécialistes pour examiner les deux bombes non explosées, une au 4 de la rue de Londres, l'autre au 10 de la place des Nations. Le Hauptmann décide de les faire exploser ce 18 au soir.

Il ordonne à la Défense Passive de déménager ce qui se trouve encore dans les deux immeubles, tandis que Monsieur MOUTSCHEN, l'architecte de la Ville de Liège, fait procéder au déblaiement.

Vers 18h00, le Hauptmann SEIDL donne des coups de sifflet répétés par le service d'ordre, la circulation est arrêtée, les habitants des environs sont invités à se mettre à l'abri. A 18h15, la bombe de la rue de Londres saute, suivie à 19h10 de celle de la place des Nations.

Les dégâts matériels sont importants sur cette place et les immeubles 10 et 11 ne sont plus habitables, tandis que les immeubles 3 et 4 de la rue de Londres pourront être réoccupés, les dégâts étant peu importants, l'explosion ayant eu lieu en dehors des immeubles. Peu à peu, les habitants du quartier réintégreront les maisons évacuées.

Le quartier des Vennes dans son ensemble a été durement touché en cette nuit du 9 au 10 juillet 1941, pas moins de trois cent quarante et un immeubles ont été endommagés. D'autres communes voisines ont aussi été touchées durement.

Ce bombardement, le premier sur l'agglomération liégeoise, remarquable tant par la diversité des engins tombés (bombes explosives, incendiaires, isolées ou en grappes, plaquettes incendiaires et fusées éclairantes) que par l'éparpillement des impacts sur une zone très étendue, amènera la question de savoir s'il n'était pas l'oeuvre de la Luftwaffe elle-même, dans un but de propagande anti-Royal Air Force (5).

(5) Les premiers bombardements nocturnes de la RAF sur la Ruhr ont eu lieu en juin 1941. La première offensive aérienne sur l'Allemagne s'est produite le 1er juillet 1941. L'occasion était bonne pour la Luftwaffe de mener une action psychologique en pays occupé et, par la même occasion, forcer les habitants à mieux occulter les fenêtres.

Quels sont les éléments matériels relevés? Ils sont peu nombreux et peuvent donner lieu à diverses interprétations:

o         la bombe non explosée de la rue de Londres était de teinte jaune avec un col vert,

o     sur le corps d'une bombe incendiaire intacte, on a pu déchiffrer, d'après "LA LEGIA", le mot "BURN ..." avec en dessous les fusils croisés et les lettres "B.S.A.". Trois fusils croisés est bien l'emblème de la British Small Arms, firme d'armement bien connue de Birmingham.

La question n'est pas résolue pour autant. S'il s'agit d'engins lancés par la RAF, pourquoi les Allemands n'ont-ils pas exposé ces engins récupérés? Pourquoi les font-ils sauter avant de les faire identifier par nos autorités?

Ne pourrait-il s'agir d'engins récupérés à bord d'avions anglais abattus et lancés par la Luftwaffe elle-même en cette période où les défauts d'occultation étaient sévèrement réprimés?

Pour justifier l'absence de riposte anti-aérienne, il faut rappeler qu'à cette époque, la garnison allemande était très faible à Liège, seuls quelques organismes étaient en poste dans le centre-ville. La D.C.A. (Flak) du plateau de Belleflamme, par exemple, ne sera en place que bien plus tard (1942).

L'auteur espère que ce récit, fruit de plusieurs mois de longues et patientes recherches, n'avivera pas trop la peine des parents et amis des victimes de cette nuit tragique.

L'histoire de la nuit tragique aux Vennes sera complétée ultérieurement par les informations qui nous seront fournies par les archives de la RAF, par les archives de la Luftwaffe, ainsi que par des renseignements en provenance du Service de Déminage de l'Armée belge. D'autres témoignages et documents sont aussi attendus.

Amis lecteurs, si vous avez vécu cet événement, si vous détenez un document ou une photo d'époque, votre concours sera le bienvenu afin de rendre cette enquête aussi complète que possible.

Armand COLLIN, rue des Croix de Guerre, 25, 4020 LIEGE.

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UN DE CHEZ NOUS: Hubert GOFFIN

Cette nuit du 9 au 10 juillet 1941, tout comme les autres habitants du quartier des Vennes, Hubert GOFFIN et sa famille sont réveillés vers 1h00 du matin par le survol de la ville d'un carrousel aérien.

Vers 1h30, c'est la chute des bombes à Froidmont, boulevard Emile de Laveleye, 48 et sur le remblai du chemin de fer place des Nations. De son domicile, au 87 boulevard Emile de Laveleye, Hubert GOFFIN entend les cris et les appels au secours des blessés gisant ou courant en tous sens sur le boulevard, au-delà du pont de chemin de fer, vers la rue de Londres. Cette scène se déroule sous la lueur blafarde d'une fusée-parachute qui descend lentement du ciel.

Peu après, n'écoutant que sa conscience, il décide de sortir afin d'aller porter secours aux malheureuses victimes des bombes. Il n'écoutera pas son voisin, Monsieur MASSOZ, qui lui dit: "Hubert, n'y va pas, tu as cinq enfants!". Il sortira quand même, sans pouvoir hélas aller bien loin. Au moment où il arrive au carrefour de la rue Saint-Vincent, une bombe tombe et explose sur les voies du chemin de fer, près du pont qui surplombe le boulevard. Cette bombe projette partout des éclats et des pierres du ballast de la voie; les immeubles du boulevard, du 91 à la rue Saint-Vincent, sont endommagés par ces projectiles. Plus grave, Hubert GOFFIN est lui aussi atteint, de même qu'une jeune dame demeurant au 105 du boulevard. Cette bombe tue et blesse encore des personnes errant sur le boulevard, encore toutes hébétées par la chute de la bombe devant le 48.

Hubert GOFFIN est gravement atteint au ventre; dans un ultime effort, il se traîne jusqu'à la porte de garage du 95A du boulevard, chez Monsieur PRADES, et s'y réfugie. Peu de temps après, la Croix-Rouge le prend en charge et le transfère à l'Hôpital des Anglais où il décédera entre 3 et 4 heures ce même jour.

Lors des funérailles à l'église Saint-Vincent, il sera recouvert du drapeau national. Il était ancien combattant, titulaire de neuf décorations nationales ainsi que de la Légion d'Honneur de France.

Voilà, brièvement racontée, l'histoire d'un homme victime de son sens du devoir. Il a de qui tenir, Hubert GOFFIN. Il est en effet descendant en ligne directe du célèbre maître-mineur de la mine Beaujonc, cet autre Hubert GOFFIN qui, lors d'une catastrophe minière le 28 février 1812, en compagnie de son fils Mathieu, alors âgé de 12 ans, sauva de nombreuses vies humaines.

Ci-après, nos lecteurs trouveront copie de la première page de LA LEGIA du 10 juillet 1941. Dans le texte des pages suivantes de ce journal de la collaboration, on trouve, sous la signature de VINALMONT: "Liège vient de payer un nouveau tribut à la gloire de la RAF. C'est une quantité énorme de projectiles qui furent cette nuit déversés sur notre cité et sa banlieue ..."

Plus loin, on lit: "VERVIERS. ENCORE l'OCCULTATION. En dépit de l'avertissement qu'a constitué le bombardement d'une localité proche, il est encore des Verviétois qui négligent d'observer les règlements relatifs à l'occultation ..."

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Porte d'entrée de la LINALUX où les gens de Froidmont vont sonner, rue de Spa, n° 1. Ce bâtiment actuellement à l'abandon, porte le n° 70-72 actuel du boulevard E. de Laveleye, au coin de la rue e Spa  

Les dégâts aux maisons portant les n° 50, 48 et 46 du boulevard E. de Laveleye

 

Les dégâts aux maisons n° 13 à 19 de la rue de Londres. A l'arrière-plan, la place des Nations devenues place des Nations Unies

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DECOUVRONS UN MUSEE

LE MUSEE HILL 60 A ZILLEBEKE

Le musée "HILL 60" (Cote 60) est situé Zwarteleenstraat, 40, à 8902 ZILLEBEEK (au sud-est d'YPRES). Après la guerre 1914-1918, Marcel Delannoy, le père de l'actuel propriétaire, avait commencé la collection d'objets militaires divers et forts nombreux qui jonchaient le champ de bataille.

Lors de l'invasion allemande de 1940, le propriétaire fit promptement disparaître les collections qui restèrent cachées pour la durée de la guerre. En 1962, Marcel Delannoy étant décédé, les pièces furent partagées entre les musées de la colline 60 et celui de la colline 62, "Sanctuary Wood", qui appartiennent tous deux à la famille de Marcel Delannoy. Le propriétaire actuel, Michel Delannoy a continué à élargir et enrichir les collections du Musée Hill 60.

PRESENTATION DU MUSEE

A front de route, devant le musée, sont installés deux mortiers de tranchée, l'un britannique (Trenchmortar Mk 1, 9,45 inch), l'autre allemand (Schwerer Minenwerfer 25 cm). Dans la cour arrière, se trouvent les tubes de pièces d'artillerie.

L'entrée du musée proprement dit, la salle du café, est déjà bien garnie de douilles d'obus et de munitions d'artillerie, mais ce sont surtout les 14 stéréoscopes qui retiennent l'attention. Ils permettent de visionner une série de plaques-diapositives en verre présentant de nombreuses vues du front en 14-18, la plupart inédites.

Le musée est divisé en quatre salles.

SALLE 1: elle présente entre autres un bel éventail d'armes en tout genre, des instruments d'artillerie, des souvenirs ramassés sur le champ de bataille comme insignes, boutons, couverts, montres, trois hélices d'avions de chasse, plaques indicatrices de noms de tranchées comme "Winnipeg street", "Henri street", etc.

SALLE 2: outre des photographies d'époque, on y trouve des casques divers et quatre autres hélices d'avions.

SALLE 3: on peut y voir des mitrailleuses belges et allemandes, un lance mines allemand de76 mm, une armure de tranchée allemande, des casques à pointe, des shakos de chasseurs prussiens, de nombreuses munitions d'artillerie, une cloche d'alarme pour les alertes au gaz, etc.

SALLE 4: près de 1.000 insignes y sont exposés. Ce sont en général des trouvailles de fouille.

HISTOIRE DE LA COTE 60

La cote 60 fut créée de main d'homme au XIXème siècle lors de la construction de la voie ferrée. Le mamelon de remblai s'étend sur 230 m de long et 190 m de large et était appelé la "côte des amants". En dessous de la surface se trouve une couche de deux mètres de sable humide et meuble qui posa bien des problèmes tant à l'infanterie et à l'artillerie qu'aux équipes de sape des génies français, anglais ou allemands dans leur lutte de quatre années.

Tenue en 1914, à la fin de la première bataille d'Ypres, par la cavalerie anglaise relevée peu après par le 16e Corps français, la position fut enlevée par la 39e Division allemande le 10 décembre de la même année. Les Allemands en firent un observatoire remarquable surveillant les lignes britanniques jusqu'à Ypres.

Dès décembre pourtant, le génie français s'affairait aux opérations de sape, aidé peu après par le génie du Royal Mounmouthshire, le travail étant terminé au printemps 1915 (5 mines).

Le 17 avril, à 19h05, on fit sauter les mines et l'attaque fut lancée, appuyée par un impressionnant barrage d'artillerie fourni par les Britanniques, les Français et les Belges.

C'est la Compagnie C du 1st Bn West Kent Royal Regiment qui s'empara par surprise de la crête et des entonnoirs, rejointe bientôt par une autre compagnie des West Kent et deux autres des King's Own Scottich Borderers.

Une première contre-attaque allemande précédée d'un violent feu d'artillerie eut lieu peu après minuit mais sans succès. Attaques et contre-attaques se succédèrent avec des fortunes diverses et, malgré des attaques par gaz, les Britanniques tinrent bon.

Le 7 mai, après de nouvelles attaques par gaz, les Allemands tenaient à nouveau toute la colline qu'ils allaient garder jusqu'en juin 1917. De 1915 à 1917, c'est donc sous terre que se poursuivit la lutte. Deux énormes mines furent creusées (partant de 210 m derrière le front à près de 30 m de profondeur). Celle sous la colline 60 fut bourrée de 53.500 livres d'explo­sifs à grande puissance. Ces deux mines étaient les deux plus septentrionales d'une longue chaîne de mines préparées pour l'attaque de la crête de Messines. A partir de novembre 1916, la ]ère Compagnie australienne de Sapeurs se chargea de l'entretien de ces mines.

Le 7 juin 1917 à 3h10, elles explosèrent avec une déflagration telle que la secousse en fut ressentie jusqu'à Londres, comme l'aurait fait un tremblement de terre. Quinze minutes plus tard, toute l'artillerie de la 2e Armée britannique ayant ouvert un barrage en trois points à travers les lignes allemandes, la cote 60 était emportée sans trop de difficultés ni de pertes par les hommes des Bataillons de Yorkshire (les 69e et 70e Brigades). Quatre Victoria Cross furent attribuées à trois officiers et un soldat ayant participé aux opérations de la cote 60.

LA GUERRE DES MINES: TRAVAUX DE SAPE ET DE CONTRE-SAPE

La guerre des mines est une conséquence de la guerre des tranchées. Il s'agit en fait de creuser des galeries qui s'enfoncent jusque sous les réseaux de fils de fer barbelé et même sous les tranchées ennemies. Au départ d'une tranchée ou d'un boyau ami, on fore un puits de profondeur variable: 5, 6, 10 m., à partir duquel on creuse un rameau principal, galerie de 1 m à 1,2 m de large. La terre est évacuée dans le boyau au moyen de paniers, à l'abri des vues ennemies. Arrivé à mi-distance entre les tranchées amies et ennemies, la galerie se subdivise en deux rameaux secondaires, plus étroits, que l'on partagera encore en deux lorsqu'on sera arrivé à une dizaine de mètres de l'ennemi. Cela porte à quatre les points d'arrivée. Les sapeurs forent alors à chaque point d'arrivée un trou qu'ils élargissent et qu'ils remplissent d'explosifs: c'est le fourneau de mine. Cette chambre est fermée par un solide bourrage afin d'éviter l'effet de souffle dans la galerie. L'amorçage est fait au moyen d'une capsule de fulminate de mercure coiffée d'une mèche à mine dont l'allumage provoquera l'explosion.

Le pénible travail du sapeur, accroupi, menacé à tout instant d'un éboulement, à la lueur d'une lampe de mineur, doit se faire dans le plus grand silence. D'autres soldats sont en effet très proches, des ennemis qui, peut être, sont en train de creuser dans l'autre sens. L'écoute doit être permanente, elle se fait grâce au microphone. Parfois les deux adversaires sont si proches l'un de l'autre qu'on entend non seulement le bruit des outils mais aussi les voix des ouvriers: On prépare alors un "camouflet", c'est-à-dire qu'à la barre à mine on fore un trou en direction du bruit perçu, et qu'on le bourre d'explosif qu'on met à feu. Le "camouflet" bien dirigé détruit l'ouvrage adverse en ensevelissant les sapeurs ennemis.

Les mines pouvaient être parfois de dimensions considérables: 28 tonnes d'explosifs dans les mines de Clarency, lors de la bataille d'Arras en mai 1915; deux mois de travail; 2,5 Km de développement.

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Sources: article paru dans FORUM sous la plume du Capt J. de Cartier d'Yves. "Encyclopédie de la Guerre, Almanach Hachette 1916".

QUELQUES EXPRESSIONS USUELLES ET LEUR ORIGINE

Jules LOXHAY

Le langage courant utilise un certain nombre d'expressions dont les mots sont souvent sans rapport avec l'idée qu'ils représentent; pour établir un lien, il faut remonter à l'origine de l'expression.

Bien que ce ne soit pas toujours évident, plusieurs expressions sont d'origine militaire. En voici quelques-unes.

CASSER SA PIPE

Quand on dit de quelqu'un qu'il a cassé sa pipe, nous savons que cela signifie qu'il est mort.

L'expression remonte aux premiers temps de la mousqueterie (16e s). A cette époque, la mise à feu du mousquet se pratiquait en mettant en contact une mèche allumée avec la poudre contenue dans le bassinet de l'arme.

Avant le tir, le mousquetaire allumait, à l'aide de son briquet (pièce de métal que l'on frappait contre un silex) une longue mèche qu'il portait passée entre les doigts de sa main gauche. Au moment du tir, après avoir procédé au chargement de l'arme, il introduisait le bout allumé de la mèche dans un petit anneau fixé sur le chien, il appuyait sur la détente, le chien se rabattait et amenait le bout incandescent en contact avec la poudre.

C'était, comme on le voit, un système bien simple. Oui, mais voilà! Quand il pleuvait, la mèche s'imbibait d'eau et s'éteignait. Notre pauvre mousquetaire était désarmé car il avait beau faire des étincelles avec son briquet, la mèche mouillée ne se rallumait pas.

Les soldats ont vite trouvé un truc pour faire face à une telle situation. Au combat, ils gardaient en bouche une pipe allumée dont le foyer pouvait être protégé par un couvercle; ainsi, quand la mèche était mouillée, il suffisait d'en appliquer le bout sur le foyer de la pipe et, en quelques bouffées, la mèche était prête à l'emploi.

La pipe était en terre. Lorsque le mousquetaire était mortellement touché, il tombait, sa pipe faisait de même et souvent se brisait. Alors, comme les soldats n'aimaient pas dire qu'un camarade avait été tué, ils prirent l'habitude de déclarer que celui-ci avait cassé sa pipe.

PASSER L'ARME A GAUCHE

Comme la précédente, cette expression indique un passage de vie à trépas. De tout temps, l'apprentissage du maniement des armes a imposé, aux militaires, de longues séances d'entraînement au cours desquelles des instructeurs pervers prenaient un malin plaisir à faire baver les jeunes recrues.

Au début du 19e s., avant d'être mis au repos, les soldats reposaient le fusil du côté gauche. Passer l'arme à gauche était donc un mouvement attendu avec impatience.

Lors d'un combat, un soldat tua six ennemis et se vanta de la chose en disant "je leur ai fait passer l'arme à gauche". L'expression eut du succès et perdura.

DE BUT EN BLANC

Le sens actuel de cette expression est: directement, sans biaiser d'une manière ouverte.

Son origine est en relation avec la balistique. Celle-ci a fait des progrès étonnants, mais les principes fondamentaux demeurent les mêmes depuis le tir à l'arc. On peut tirer en pointant l'arme directement sur l'objet visé, s'il est à courte distance, ou bien en compensant l'éloignement au moyen d'une hausse fixée sur le canon.

Si la seconde manière exige un calcul et le réglage de la bouche à feu, il n'en est pas de même pour la première; ici, c'est le tir tendu, direct, que l'on appelait autrefois le tir "de but en blanc".

Il faut savoir qu'avant d'être ce que l'on vise, le but (ou butte) était l'endroit d'où l'on tirait, tandis que le blanc était la cible (mot qui ne s'est répandu qu'à l'époque napoléonienne).

La CHARTREUSE aux enchères?

Entendu à la RTBF le 22 juillet 1991:

"La Défense nationale voudrait bien vendre le domaine militaire liégeois de la CHARTREUSE, abandonné par l'Armée depuis dix ans. Avec le retour des Forces belges d'Allemagne, la Défense avait un moment pensé le réaménager mais ce projet a rapidement été rejeté. Aujourd'hui, le ministre Huysmans chargé de la conservation de la nature, désire transformer le site en zone culturelle éducative. Guy Coëme est en tout cas prêt à négocier la vente de la CHARTREUSE avec la Ville de Liège et la Région wallonne."

UNE HISTOIRE DE CAVALERIE ET DE CAVALEUR

Un hareng draguant aux environs de l'île Monsin serre de très près une jeune harenge affriolante. "Monsieur", lui dit-elle, "vous me semblez bien cavalier!". "Pas étonnant, ma mie, je sors de SAUMUR".

ON PREND LES MÊMES ET ON RECOMMENCE. Deux jeunes po(l)issonnes folâtrant près du pont-barrage admirent un vieux hareng caracolant. "Il est bien conservé pour son âge" dit la première. "Pas étonnant", dit la seconde, "il sort de ... saumure".

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- Considérez-vous comme giflé!...

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L'HISTOIRE POUR RIRE. ou la vérité sur ... Jehan Le Bel

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Le CLHAM s'est assuré la collaboration du descendant d'un célèbre "correspondant de guerre" (1), messire Jehan le Bel. C'est à lui que nous demanderons de relever les faits étonnants, farfelus, humoristiques, cruels, attribués aux grands personnages qui ont fait notre Histoire.

Aujourd'hui, Jehan le Bel nous relate les moeurs "barbares" qui régnaient à l'époque de CLOVIS, roi des Francs (2) de 481 à 511.

(1) Jehan le Bel, né à Liège en 1290, était chanoine de Saint-Lambert mais on le trouve plus souvent dans les armées où il assiste à des combats dont il est un chroniqueur renommé (par exemple le siège de Calais et l'épisode fameux des "Bourgeois de Calais"). C'est en tenue militaire de "correspondant de guerre" qu'il est représenté sur la façade occidentale du palais des princes-évêques de Liège.

(2) Ceci permet aux officiers payeurs de l'armée belge de prétendre que Clovis est leur saint patron puisqu'il est "le roi des francs" (hum!).

LA VERITE SUR CLOVIS

Chacun connaît au moins l'existence de ce roi des Francs saliens, fils de Childéric, petit-fils de Mérovée, frère de Lanthilde, Alboflède et Aldoflède. Si nous citons ces noms, ce n'est point pour exposer une science pédante, et toute récente, mais c'est parce que:

a) Childéric 1er fut inhumé dans le cimetière voisin de la ville de Tournai, sa capitale. On oublia jusqu'à l'existence de sa tombe, lorsqu'en 1653, un ouvrier sourd-muet (!) découvrit un trésor d'objets d'or et un anneau marqué du sceau du défunt et de l'inscription "Childerici Regis" (du roi Childéric). Il s'agit donc d'un gars bien de chez nous dont Grégoire de Tours raconte les fredaines: "Childéric, qui menait une vie dissolue dans une débauche excessive et qui régnait sur la nation des Francs, commença à détourner leurs filles pour les violer. Dans leur indignation, ceux-ci le détrônèrent. Childéric, craignant pour sa vie, se réfugia en Thuringe chez le roi Basin et la reine Basine pendant huit ans, puis fut rétabli dans son royaume".

b) Mérovée: son existence, contestée par certain, a au moins le mérite d'avoir donné un nom à la dynastie "mérovingienne". Sa naissance est liée à une légende: "Le roi Clodion, son père, comme il se reposait sur le rivage en compagnie de sa femme, celle-ci voulu se baigner. Un dieu marin, ou un monstre, jaillit des flots et la féconda. De cette étreinte naquit un fils qui fut Mérovée". Cette origine divine conférait aux princes de cette famille un droit incontestable à régner.

c) Lanthilde, Aldoflède et Alboflède: en cherchant bien, il y a moyen d'en raconter pis que pendre, mais je me contente de les citer parce que j'aime bien leurs prénoms.

Clovis eut la chance de n'avoir que des soeurs, cela lui évita de devoir partager le royaume, en vertu de la loi salique qui exclut les femmes de la succession à la terre.

Ce que l'on apprend à l'école c'est que, près d'être battu à TOLBIAC (actuellement Zülpich près de Bonn), CLOVIS, jusque-là roi païen, invoqua le dieu de CLOTILDE, sa femme, afin qu'il lui donne la victoire sur les ALAMANS. Ceux-ci déjà (tiens, tiens!) avaient envahi le royaume des Francs ripuaires (capitale Cologne) qui servait de tampon entre les Saliens et les Alamans. - L'Amérique n'étant pas encore découverte, CLOVIS ne pouvait demander à l'oncle SAM d'envoyer ses divisions blindées et ses paras. - Les Alamans fléchirent brusquement, ayant perdu leur roi-chef, et demandèrent grâce. Clovis tint sa promesse; il renonça aux dieux germaniques et "embrassa le culte de Clotilde". Il se fit baptiser dans la cathédrale de Reims par l'évêque Saint Rémi avec 3.000 de ses guerriers.

Ce que l'on sait moins c'est que, suite aux partages successifs des terres entre les fils des rois francs, il n'y avait à l'époque pas qu'UN roi des Francs; une flopée de rois et de roitelets portaient ce titre.

Celui qui voulait devenir un "grand roi" devait donc, d'une part, conquérir des territoires chez les voisins, Gallo-Romains, Wisigoths, Burgondes, Thuringiens, et d'autre part, éliminer les frères et cousins.

Chararic, roitelet salien (comme Clovis) s'était abstenu de porter aide lors de la bataille de Soissons (Oui, celle du vase). Cette attitude irrita Clovis. Chararic s'estimait l'égal de Clovis dont les victoires répétées ne l'impressionnaient pas. Clovis négocia habilement avec lui et "l'ayant circonvenu par des ruses", il le captura ainsi que son fils. Puis il fit tondre les deux hommes. Comme Chararic se lamentait sur l'humiliation qu'on lui infligeait, son fils le consola par ces mots: "Ces feuillages ont été coupés sur du bois vert et ils ne sèchent pas complètement; mais ils repousseront rapidement pour pouvoir grandir. Plaise à Dieu que celui qui a fait cela périsse promptement".

Ces paroles imprudentes furent rapportées à Clovis. Il fit exécuter Chararic et son fils, prit leur trésor et annexa leur petit royaume. Cette anecdote s'explique comme suit. Les guerriers francs portaient les cheveux courts; seuls les princes saliens se distinguaient par leur opulente chevelure qui était le signe apparent, magique, de leur origine divine. Tondre un roi, c'était donc le ravaler au rang de simple plouc. Mais selon la même croyance, lorsque la chevelure repoussait, le roi déchu recouvrait ses droits. En rappelant cela, le fils de Chararic se condamnait à mort.

Le sort du roi de Cambrai, Ragnacaire, ne fut pas meilleur. Lui et son frère Riquier eurent le crâne fendu (fendu, oui, pas tondu) par Clovis qui ne s'arrêta pas en si bon chemin: il fit exécuter un autre frère de Ragnacaire, nommé Rigomer (ah, ces noms!).

Si les circonstances de ces meurtres ne sont pas toujours connues avec certitude, on retiendra que Clovis supprima par la violence et la ruse, les roitelets saliens, ses parents plus ou moins proches, ainsi que leur famille. Il supprimait ainsi des compétiteurs éventuels et se posait déjà en fondateur de la dynastie mérovingienne.

Page rose: la demande en mariage

CLOTILDE, princesse catholique dont on vantait la beauté et les vertus et sa soeur Chrona étaient les nièces de Gondebaud, roi des Burgondes. Leur mère, la noble chrétienne Carétène, mourut en odeur de sainteté. A la mort de leur père, Chilpéric, roi de Lyon, Clotilde et Chrona avaient été recueillies par leur autre oncle, Godegésile (j'ai réussi à le placer aussi, celui-là). Elles vivaient à Genève, occupées à des oeuvres de charité.

Le Gaulois Aurélien, secrétaire de Clovis, déguisé en mendiant, la besace sur le dos, arrive à une des portes de Genève où Clotilde et Chrona (prénom bien choisi pour une habitante de la Suisse, pays du chronomètre) attendent les pauvres voyageurs pour exercer envers eux les devoirs de l'hospitalité.

A la vue de ce mendiant, ployé sous son fardeau, Clotilde le prend par la main et s'agenouille devant lui pour lui laver les pieds. Aurélien se penche alors vers son oreille et lui dit: "Maîtresse, j'ai une nouvelle fort importante à t'annoncer. Le roi Clovis m'a envoyé vers toi, car il désire vivement t'épouser. Pour que tu aies foi en sa parole, voici son anneau. Vois si tu peux l'accepter". Clotilde, émue et rougissante, lui donna cent sous d'or et lui dit: "Retourne vers ton maître et remets-lui mon anneau en échange du sien en lui disant que s'il veut m'épouser, il envoie des ambassadeurs à mon oncle Gondebaud".

Au retour, Aurélien se fait voler sa besace avec l'anneau de Clotilde. Il est par la suite retrouvé, mais en attendant, le pauvre a été battu de verges. Une ambassade envoyée à Gondebaud obtient la princesse.

Clotilde part, mais craignant que son oncle ne se repente de l'avoir accordée au roi des Francs, elle fait hâter la marche de son char. Elle ne s'est pas trompée. Gondebaud avait envoyé des hommes d'armes pour l'arrêter et la lui ramener.

Il n'y furent pas à temps: Clotilde était déjà sur le territoire de son fiancé ...

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CLOVIS, tel qu'on l'imaginait au XVIIe siècle

SOURCES

Pour Jehan le Bel: L'HISTOIRE DE LIEGE EN SOIXANTE SCULPTURES par André GEORGES, Ed. Libro-Sciences, Bruxelles, 1979.

Pour Clovis: LES ROIS QUI ONT FAIT LA FRANCE - CLOVIS ET LES MEROVINGIENS par Georges BORDONOVE, Ed. FRANCE LOISIRS - Ed. Pygmalion-Gérard Watelet Paris, 1988.

LE GODELUREAU

Jeune guerrier autorisé à se mettre "en habit bourgeois" pour aller danser à "La Boîte à Celtes".

Son costume est décrit par VIOLLET LE DUC dans l'Ecyclopédie Médiévale:

"Ce jeune homme est vêtu d'une brigantine (1) dont les manches sont fortement garnies aux épau­les, d'une pansière (2) par-dessus la brigantine, avec braconnière (3), flancars et tassettes (4) sous lesquelles apparaît un jupon des mailles. Il porte le harnois de jambes complet, sauf les solerets, remplacés par des souliers. Les bras sont armés de brassards avec grandes cubitières (5). Il est coiffé d'un chapeau de feutre teint en bleu. Un petit hausse-col d'acier protège la naissance du cou. Ce hausse-col est fixé à la brigantine."

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DOCUMENT

LA CEINTURE DES FORTS

Il est heureux de voir que des contacts pris à l'occasion de l'inauguration d'une exposition (l'exposition au siège du CLHAM pour le 75e anniversaire du début de la guerre 1914-1918, en août et septembre 1989) débouchent parfois sur des propositions intéressantes au niveau local.

Voici à titre d'exemple un extrait de la revue "LIEGE EN 2040" éditée en mars 1990 par La Chaire de Composition architectonique de la Section d'Architecture de l'Université de Liège, éditeur responsable, le professeur Jean ENGLEBERT.

A. Gany

"Liège possède encore une géographie de fortifications tout à fait exemplaire, formée de trois couronnes: au centre, la Citadelle et la Chartreuse; dans un rayon d'environ huit kilomètres à partir du centre, les forts datant du XIXe siècle que sont les douze forts de Loncin, Lantin, Liers, Pontisse, Barchon, Evegnée, Fléron, Chaudfontaine, Embourg, Boncelles, Flémalle et Hollogne; plus loin, à l'est, datant des années trente, les quatre forts d'Eben-Emael, Aubin-Neufchâteau, Battice et Tancrémont.

"Si l'on considère la couronne des forts du XIXe siècle, correspondant justement à peu près à la surface drainée par le REL (1), on pourrait dynamiser une route des forts attirant les nombreux touristes américains et européens pour qui la guerre n'est pas oubliée.

(1) Il s'agit d'un plan global de circulation à l'échelle de la région liégeoise.

"Par des attractions touristiques sophistiquées, on pourrait aussi toucher un public plus jeune et de plus en plus en quête d'infrastructures de loisirs. Alors que les Disney Land, Walibi et autres se servent de l'esprit ludique et du désir du merveilleux, on pourrait ici se servir de l'esprit ludique et du rêve de voyage dans l'histoire, tout en respectant rigoureusement la vérité historique."

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LE COURRIER DES LECTEURS

Demande de renseignements

Dans un des locaux du fort de LONCIN on peut relever, parmi les nombreux et précieux graffiti, la signature d'un soldat américain de la 788 AAA (anti-aircraft artillery) en position dans la région liégeoise.

Qui pourrait nous dire où se trouvait cette unité, et à quelle époque?

LE GOUPILLON

"Qu'est-ce qu'un goupillon?" demandions-nous dans le dernier bulletin.

Il s'agit d'un long bâton à l'extrémité duquel étaient fixés plusieurs chaînons terminés par de petites sphères garnies de pointes. C'était une arme de piétons fort usitée en Angleterre et dans les Flandres, et qui demandait une grande dextérité pour être maniée. La figure montre un goupillon qui paraît dater du commencement du XVe s. Le tout est de fer bien forgé; la hampe de bois avait environ 2 m de longueur. Le goupillon servait à fausser les armures de plates, à blesser les chevaux; bien manié, c'était une arme terrible.

Son frère, le fléau est une arme offensive composée d'une masse de fer retenue par un bout de chaîne, par une bande de cuir ou une bielle, à l'extrémité d'un bâton. Cette arme avait l'inconvénient de blesser parfois celui qui la maniait par des chocs en retour.

Trois modèles de fléaux

LE GODENDAC

L'autre question: à quelle arme d'hast pourrait-on penser lorsque l'on dit "bonjour" dans sa langue à un habitant du nord de notre pays

Il s'agit du GODENDAC (ou godendart, ou godendaz), qui ne ressemble pas mal à "goeden dag".

C'est une arme d'hast (arme blanche dont le fer est emmanché au bout d'une longue hampe), employée particulièrement dans les Flandres, où les troupes à pied des villes la maniaient avec assez de dextérité pour causer de graves embarras à la gendarmerie.

Maurice DRUON, dans "Les Rois maudits - Quand un roi perd la France", en relate l'usage à la bataille de Poitiers en 1356, qui vit la défaite de Jean II le Bon. Il l'écrit "gaudendarts": "ces terribles armes à trois fins dont le croc saisit le chevalier par la chemise de maille, et parfois par la chair, pour le jeter à bas de sa monture... dont la pointe disjoint la cuirasse à l'aine ou à l'aisselle quand l'homme est à terre, dont le croissant enfin sert à fendre le heaume.

D'autres godendacs, constitués d'une masse de fer avec pointes, se rangent dans la catégorie des plommées qui, lorsqu'elles sont dotées de pointes, ressemblent pas mal à des goupillons.

Un dernier mot sur la masse. L'arme contondante la plus anciennement connue, la massue n'était qu'une tige de bois jeune à laquelle on laissait la souche. Elle fut considérée comme une arme de vilain. La masse fut cependant bientôt admise par la cavalerie. Son extrémité contondante est garnie d'un morceau de métal, bronze, plomb ou fer. Un coup de cette arme brisait le crâne ou cassait un membre. On couvrit alors la tête d'un heaume épais, les épaules d'ailettes et les bras de plates. Ceci obligea à perfectionner la masse que l'on dota de pointes.

Trois modèles de godendacs Trois modèles de masses

Réponse à "Un problème difficile".

Nous avons reçu ... UNE réponse à l'épineux problème de la "tour de la princesse":

"Après de longues et profondes recherches sur de très épineux problème, je crois qu'une seule solution est possible, à savoir:

-          la princesse est dans la tour 2 d'où elle voit, à droite, la tour 1 des chevaliers et devant elle, la tour 4 du roi. Et elle ne peut apercevoir la fenêtre de la tour 3 des domestiques.

-          évidemment…, si la princesse est "Berthe au long cou", le problème doit être revu!"

Un des membres "des moins évidents du CLHAM" ou "le Cap. Oral de service"

La solution proposée est adoptée, étant forcément celle du plus grand nombre.

Retour au GOEDENDAG.

En (presque) dernière minute, le Major e.r, DAVREUX nous annonce pour un prochain bulletin quelques lignes sur le "goedendag" que beaucoup confondent avec le fléau d'armes. Le texte que nous publions ci-avant lui coupe peut-être l'herbe sous le pied?

Il nous adresse également le texte ci-dessous.

"VARIATIONS SUR LES COULEURS"

"Le hasard, lors d'un de mes séjours à Paris, m'a fait découvrir le texte qui suit.

"Que les lecteurs en apprécient l'humour, involontaire et révolutionnaire!

Archives administratives de la Guerre

Arrêtés du Comité de Salut Public - Volume 13

Arrêté du 6 prairial an 3

Le Comité de Salut Public, vu la délibération du Conseil Général de la commune de DOUAI du premier de ce mois, qui constate que c'est sur le général LEBLANC, commandant en chef dans cette place, et non sur le commandant temporaire LEGRIS, que doivent tomber les reproches de faiblesse et de défaut d'énergie que les rapports adressés au Comité ont imputés au commandant de DOUAI relativement à la conduite incivique des deux compagnies d'artillerie légère licenciées et désarmées depuis,

ARRETE

Article premier: Le général LEBLANC est destitué du commandement de la place de DOUAI et cessera d'être employé

Article deux: Le citoyen LEGRIS est réintégré dans le commandement temporaire de la place de DOUAI.

"Pour copie conforme

P. DAVREUX

"NB: Le 6 prairial an 3 = Lundi 25 mai 1795"

UNE BONNE QUESTION

Pris d'un besoin naturel, ces Libérateurs américains arrivant à Liège par le boulevard d'Avroy voient leur recherche du "petit endroit" facilitée par nos grands hommes: CHARLEMAGNE, d'abord, qui indique "c'est plus loin", GRETRY (place de la République Française) qui leur offre le papier "ad hoc", André DUMONT (place du XX août), enfin, qui leur dit "les feuillées, c'est ici".

Cette plaisanterie bien connue des Liégeois, et généralement dite en un wallon truculent, a été intentionnellement située en 1944. Elle comporte une erreur, une impossibilité matérielle. Laquelle?

Une (petite) récompense sera offerte à ceux qui, par écrit, avant le 31octobre, relèveront cette erreur volontaire.

ARCHIVES ET DOCUMENTS - DONS DE NOS SYMPATHISANTS

Nous recevons souvent des documents anciens, des photos, des cartes postales, qui viennent grossir les archives dont dispose le CLHAM, et qui peuvent être consultées par ses membres.

C'est ainsi que dernièrement, M. Loxhay a apporté un gros paquet de cartes-vues ayant pour sujet la guerre 1914-1918. Précédemment, M. Istase nous avait prêté un album de photos et M. Pâques des cartes-vues ayant le même sujet. Tous deux nous avait permis d'en faire copie. Dans le même ordre d'idées, je cite M. Fréson, mais bien d'autres ont encore remis à l'un ou l'autre membre du CLHAM des documents qui sont soigneusement conservés dans un local dont une équipe sous la conduite de J. Brock assure le rangement et la garde.

Les quelques photos ci-après ont pour but d'attirer votre attention sur:

1° les richesses du CLHAM

2° le fait que si vous disposez de documents intéressants, il ne faut pas craindre de nous les remettre; ils seront en bonnes mains.

 

Ci-dessus, une carte-vue de M. Pâques.

Suite à notre exposition "75e anniversaire de la guerre 14-18", nous avions reçu plusieurs séries de photos inédites, prises au front par des combattants. Voici un exemple assez symbolique, de la série "Bos".

Autre exemple: photo prêtée par Mme Liégeois du tableau représentant le Christ de Battice dans lequel les Allemands ont tiré en 1914.

LA BATAILLE D'ANGLETERRE

Yvan GOFFETTE

COMMENTAIRES: Pour que puisse avoir une chance de réussite le débarquement allemand sur les côtes anglaises, il fallait impérativement que l'aviation allemande eût la maîtrise du ciel.

"Donnez-moi cinq jours", avait dit GOERING. Cinq mois plus tard, des milliers d'Anglais étaient morts et les villes anglaises fumaient sous les bombes ... mais il n'y avait toujours rien de fait. Les aérodromes de départ de la flotte aérienne allemande étaient très nombreux en Belgique entre Bruxelles et Gand et au nord de la France. Les Allemands les avaient camouflés avec tant d'ingéniosité que les reconnaissances anglaises ne les apercevaient pas.

L'assaut commença le 25 juillet 1940. Ce fut le combat pour la Manche. La Luftwaffe devait attirer la chasse ennemie pour la détruire et endommager les navires. La région de Douvres devint invivable, mais la chasse britannique ne céda pas et les destructions restèrent limitées.

Le 13 août commença la deuxième phase, baptisée "Jour de l'Aigle". Cette fois c'était le grand jeu. Les Allemands visèrent les aérodromes, les usines de constructions aéronautiques, les bases de la RAF; il y eut pendant cette période qui dura jusqu'au 24, deux vagues principales, le 12 et le 15, et ce, sans succès. La RAF ne se rendait pas.

Le 24, GOERING changeait encore la tactique. Celle-ci consistait maintenant à concentrer les attaques sur des objectifs très précis et à maintenir sans arrêt la chasse anglaise en alerte. C'était la bonne, mais les Allemands y renoncèrent au bout de quelques jours sans que l'on sache pourquoi. Il était temps! Les équipages anglais étaient à genoux et la RAF au bord de la rupture. Commencèrent aussi le 24, avec une attaque sur les docks de Londres, les bombardements stratégiques, s'en prenant aux villes, pour saper le moral de la population. C'était la première fois que les bombes tombaient sur la capitale anglaise.

CHURCHILL riposta en envoyant 80 appareils lourds sur Berlin. Les Berlinois furent frappés de stupeur. "GOERING leur avait juré que jamais cela ne se produirait".

Représailles pour représailles, le 15 septembre, pendant 12 heures, 625 bombardiers allemands protégés par autant de chasseurs revinrent sur Londres. Plus de 1.000 incendies s'allumèrent et la journée fit 430 morts. Les Allemands récidivèrent les jours suivants et notamment le 15, mais à présent la chasse anglaise était prévenue et interceptait les bombardiers avant leur arrivée au-dessus de l'objectif.

LES CHIFFRES au cours de cette période:

Allemands: 450 appareils perdus.

Anglais: 250 appareils perdus.

Il est admis que cette comptabilité est le relevé approximatif des pertes du 07 au 30 septembre inclus.

Les Allemands comprirent qu'ils ne passeraient pas. L'opération SEELÖWE (débarquement) fut ajournée.

CHURCHILL déclara: "Jamais autant d'hommes n'ont dû à un si petit nombre", tant la RAF s'était illustrée par son courage et le sang-froid "British".

La victoire anglaise s'explique: les bombardiers allemands n'étaient pas tous d'une efficacité supérieure; les STUKAS ne dépassaient pas le 410 Km/h et ne pouvaient tenir l'air plus de 90 minutes. Compte tenu du temps nécessaire à l'aller et au retour, il ne leur restait que peu d'instants sur l'objectif pour protéger les bombardiers. En nombre, la chasse anglaise égalait d'ailleurs la chasse allemande et, en performances, les Hurricanes et les Spitfires de la RAF étaient supérieurs. Les Allemands avaient en outre négligé le radar qui existait pourtant depuis 1936. Les radars britanniques suivaient les vagues d'assaut de la Luftwaffe dès leur rassemblement sur la côte française. Les chasseurs anglais connaissaient l'altitude, la vitesse et la direction de l'adversaire et se jetaient sur lui avec le maximum de chance. A cela s'ajoutaient une DCA particulièrement redoutable, un fort réseau de projecteurs et des barrages de ballons de défense ancrés par des filins d'acier.

Vint alors la vengeance aveugle tous les soirs et pendant une période de 75 nuits jusqu'au 11 mai 1941. Les bombardiers lâchèrent des bombes incendiaires sur les grandes villes: Londres, Plymouth, Liverpool, Bristol, Birmingham et Coventry (rasé).

Rien que pour Londres: 14.000 morts. Pour le reste du pays: 23.000 morts.

La légende du premier ministre au cigare et au noeud papillon indique que 90 % des Anglais l'approuvaient pour sa détermination et son héroïsme, malgré son caractère irascible et versatile. Il obtint tous les pouvoirs et créa la HOME GUARD constituée d'un demi million de personnes affectées à des missions de garde et de défense au sol.

Une conséquence de la bataille d'Angleterre fut, l'Angleterre ayant survécu, de changer les données de cette guerre en transformant son sol en arsenal de démocratie pour aboutir à la coalition des alliés.

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Dernière mise à jour: 31 mai 2012