Mémorial Interallié

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LE MEMORIAL INTERALLIE DE COINTE A LIEGE

Architecte Jos. SMOLDEREN

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 A. GANY

La genèse de l'œuvre

La création d'un Mémorial interallié avait été décidée à Liège en 1922, sur un emplacement d'abord fixé dans la vallée, au confluent de la Meuse et de l'Ourthe. Peu de temps après, un comité se constitua pour la fondation d'une grande église régionale sur le plateau de Cointe, à quelques centaines de mètres du dit emplacement. Une entente profitable à tous égards permit de concilier les deux buts, par l'érection simultanée de deux monuments sur le plateau de Cointe : d'abord, un Mémorial interallié composé d'une Tour votive haute de 75 mètres (qui domine donc la Meuse et la ville de Liège, de 135 mètres) et d'une esplanade reliée à la tour par un escalier monumental en hémicycle; ensuite, une Basilique constituant à la fois une grande église régionale et un centre de pèlerinage, et formant avec le mémorial un vaste et superbe ensemble, visible de tous les points de la vallée et des collines environnantes; cette église a 60 mètres de hauteur; elle surplombe donc de 120 mètres la Meuse et la ville.

Les plans furent mis au concours, et la palme fut attribuée au projet de l'éminent architecte Jos. Smolderen, d'Anvers.

Les travaux de fondation.

Le terrain choisi comportait des dénivellations importantes, ainsi que d'anciens travaux miniers plus ou moins remblayés par main d'homme ou comblés par des affaissements naturels. D'où la nécessité d'une étude fort attentive, effectuée dans des puits de prospection par de réputés spécialistes possédant une connaissance parfaite du sous-sol de la région liégeoise. Ces études aboutirent à d'importants travaux de consolidation du sol : déplacement d'environ 13.000 m³ de terres et de remblais, forages et injections de ciment et de mortier sous pression, murs de soutènement formant les gradins de base des monuments et devant recevoir une décoration ultérieure.

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Exécution des fondations de la tour du Monument Civil

Le Monument Civil.

Le Monument Civil se compose d'une grande salle découverte, encadrée de pylônes puissants, aménagée sensiblement au niveau de la première esplanade qui lui sert de cour d'honneur. C'est dans cette salle que, par beau temps, se célèbrent les manifestations importantes tant nationales qu'internationales, tandis que la foule nombreuse et recueillie, massée sur l'esplanade, suit aisément le rite harmonieux des cérémonies. Cette grande salle abrite des oeuvres d'art offertes par les nations alliées, associées et amies.

Le grand escalier monumental en hémicycle, qui continue la grande salle, conduit en cortège la foule des invités vers l'élément dominant du Monument : la Tour, et principalement vers sa salle haute dédiée à la Belgique.

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Dispositif général de l'ossature en béton armé de la tour

Cette Tour, qui s'élève à environ 75 m au-dessus de la première esplanade constitue le signal de l'ensemble et porte à son sommet, un phare repérant le soir de très loin la butte commémorative.

Elle comporte, outre la Salle haute, située au niveau de la seconde esplanade, une Salle basse avec galerie formant crypte et abritant les monuments commémoratifs des Nations alliées. C'est dans cette salle, dont la Tour que peuvent par temps inclément, se développer les cérémonies prévues dans le cadre plus large et plus impressionnant de l'esplanade et de sa tribune surhaussée : la salle des pylônes. Des ascenseurs permettent aux visiteurs de faire l'ascension de la Tour et de jouir du spectacle unique qu'offre le cirque grandiose qui abrite Liège et ses faubourgs industriels.

La Tour a été élevée sur un radier carré de 11,55 m de côté extérieur avec un évidement central de 5,15 m de côté, affectant par conséquent la forme d'un anneau carré. Ce dispositif réduisait au minimum les terrassements dans le schiste dur, qui s'opposait à une fouille régulière, et permettait la réalisation minutieuse du gabarit.

Les huit colonnes, formant les éléments constructifs principaux de la Tour se trouvent encastrées dans le radier, deux sur chacune des quatre branches de l'anneau carré et dans l'axe de ces branches

Le Monument Religieux

Le plan du Monument Religieux est du type radioconcentrique : disposition imposée par les nécessités spéciales du programme de cette église commémorative.

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Vue plongeante de la Basilique, prise de l'étage des cloches de la Tour Votive du Monument Interallié. Dans le bas : deux des quatre petites coupoles d'angle

Il groupe autour d'un espace central trois grandes chapelles (dont une forme le chœur) et le portail suivant les axes principaux orientés sensiblement vers les quatre points cardinaux. Sur les axes diagonaux, alternant chaque fois avec chacun des éléments ci-dessus, sont aménagées des petites chapelles.

L'ensemble repose sur des fondations à larges assises en béton.

Celles-ci sont constituées, pour le corps principal, par huit massifs pleins d'environ 8 x 5 m à la base, qui se continuent par deux piliers pour les massifs traversant l'étage en sous-sol.

La dénivellation du terrain (versant nord-ouest de la butte) a permis de réaliser des locaux situés au-dessous du niveau de l'église. En effet sous la chapelle nord-ouest a été aménagée une chapelle basse qui servira aux offices ordinaires de la paroisse de Cointe. Sous les deux petites chapelles, à gauche et à droite de la grande chapelle basse, se trouvent de spacieuses pièces servant l'une de salle de catéchisme, l'autre de sacristie. Ces différentes salles sont accessibles directement de l'extérieur et reliées avec l'église haute par un escalier intérieur.

Les travaux en élévation, jusqu'à la naissance des coupoles, sont conçus en maçonnerie (briques de Boom) comme élément constructif avec un revêtement extérieur de moellons et pierres de taille de même espèce.

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La mise en place du coffrage de la coupole intérieure. Ce coffrage se compose d'environ cent fermes en forme de segments de cercle

A part les gîtages de construction courante (poutres en béton armé avec hourdis en béton à nervures) et quelques petits éléments de décharge qui complètent les ouvrages en maçonnerie, la construction en béton armé ne commence réellement qu'au niveau des pénétrations des coupoles latérales, par conséquent à hauteur variable suivant qu'il s'agit des chapelles axiales (grandes chapelles, chœur, le porche et les chapelles diagonales (petites chapelles).

Toutes les coupoles sont réalisées en simple paroi de faible épaisseur (max 10cm) en béton armé, sans aucune nervure raidineuse.

Le rayon de la grande coupole est de 13,70 m.

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Vue d'ensemble des deux monuments. A gauche, l'escalier en hémicycle qui relie l'esplanade du Monument Civil à sa Salle haute et, de là, au parvis de l'église

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L'ensemble des monuments civils et religieux vu à travers les pylônes de la grande salle ouverte

Les travaux de couverture en cuivre

Toutes les coupoles sont recouverte de feuilles de cuivre laminé et recuit de 5/10 mm, posées sur une couche isolante de feutre asphaltique et fixées, à libre dilatation, par des nervures horizontales qui prêtent à ce mode de couverture un aspect imprévu.

Les nervures, de sections variées et décroissantes vers le haut des coupoles, ont une infrastructure en bois profilés, non résineux, fixés au corps des coupoles par des tire-fonds engagés dans des trous qui avaient été réalisés, lors du bétonnage des coupoles, par l'introduction préalable dans le coffrage de barres métalliques enduites d'huile.

La couverture en cuivre est réalisée à libre dilatation dans les deux sens par un double accrochage des feuilles, à joint horizontal, aux bourrelets.

Toutes les tôles mises en oeuvre ont été laminées par les soins de la Société Anonyme des Usines à Cuivre et à Zinc, à Liège, à partir de cuivre de l'Union lainière du Haut Katanga.

La réalisation de cette couverture n'a pas été une mince affaire.

Songez que 13.000 kilos de feuilles de cuivre, formant une superficie totale de 2.175 m², durent être montés à bras d'hommes à une hauteur considérable, où règne parfois un vent si violent, qu'une feuille de cuivre pesant neuf kilos fut un jour arrachée des mains des ouvriers, et transportée comme un fétu de paille très loin. Jusqu'à la gare de Liège-Guillemins, où elle atterrit bruyamment, mais par grande chance sans blesser personne.

Le cuivre des coupoles et du système collecteur des eaux de pluie a suivi les phases habituelles de la formation de la patine sur le métal rouge soumis à l'action de l'atmosphère. En peu de temps, il s'est couvert d'une patine brune provisoire, qui se modifia ensuite lentement en virant au vert.

Après quelques années le métal avait pris ainsi une nuance uniforme d'un vert jade clair et doux, très agréable aux yeux, et qui gardera une stabilité absolue; c'est cette patine qui permet au cuivre des coupoles de défier les morsures du temps.

Cette teinte d'une grande légèreté se détache délicatement, sans contraste brutal, sur les nuances les plus variées de l'horizon, d'un ciel pur ou nuageux. Elle affirme fort bien, mais sans la moindre dureté, le modelé des masses architecturales, et tout particulièrement les formes courbes des dômes et des coupoles. C'est une des raisons qui ont toujours fait adopter le cuivre comme matériau de couverture.

Matériaux

Ce monument international a été réalisé en grande partie avec des matériaux belges : matériaux de fondation, de construction et de décoration, marbres, etc. Cependant, afin de réaliser un ensemble dont l'aspect clair et rayonnant tranche sur les collines environnantes et le ciel brumeux du pays de Liège, les parements des façades ont été exécutés principalement avec des moellons blancs qui, de cette nature et de cette dimension, n'existent pas en Belgique, ainsi qu'avec des pierres de taille dont la matière première, travaillée sur place par une main-d'œuvre de l'endroit, nous était fournie par la France.

Les pierres de revêtement extérieur (principalement de couverture et de saillie) sont celles dites "Mézangère", et proviennent des environs de Commercy dans le département de la Meuse en France.

Les moellons sont de même nature et de même provenance.

L'ensemble des monuments aura nécessité la mise en oeuvre d'environ 11.000 m³ de maçonneries, pierres de taille et moellons, 3.500 m³ de béton, 450.000 Kg d'acier d'armatures de béton.

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La tour du Monument Civil. Face Est dirigée vers la ville : vue prise de la grande esplanade

Parachèvement

L'achèvement des monuments a exigé la réalisation de + ou – 2.500 m² de pavements en marbres et autres, ainsi que d'une décoration riche de centaines de mètres carrés de revêtements divers. En outre, l'aménagement des abords immédiats comporte le revêtement de plus d'un hectare de superficie en esplanades, terrasses, trottoirs et accès.

Le parement des murs de soutènement, qui comporte environ 850 m², et des plantations d'arbres et de fleurs a assuré enfin la toilette définitive de la butte commémorative.

La décoration tant intérieure qu'extérieure des Monuments a été complétée au fur et à mesure des contributions des Nations interalliées ou amies.

Toutefois, une partie de cette décoration définitive est déjà en voie de réalisation.

En effet, la France, l'Italie, l'Espagne et la Roumanie ont doté le Monument Civil d'œuvres sculpturales remarquables, tandis que la Pologne a préparé l'aménagement décoratif et l'ameublement monumental de la petite chapelle ouest dans le Monument Religieux.

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Epilogue

Inauguré une première fois le mardi 20 juillet 1937 par S.M. le Roi LEOPOLD III, le monument inachevé a connu quelques vicissitudes au cours de la dernière guerre.

Restauré, réaménagé et complété par les soins de l'Administration des Bâtiments, ce magnifique mémorial a été inauguré une deuxième fois le 20 novembre 1968 par S.M. le Roi BAUDOUIN et la Reine FABIOLA.

Il sera accessible au public Liégeois et étranger ce 21 juillet 1985.

VISITEURS, souvenez-vous de ceux-là même auxquels ce monument est dédié. Ces valeureux combattants de 1914-1918 d'abord ! Tous ceux-là ensuite qui firent de même pour une Belgique et une Europe libre : combattants de 1940-1945, anciens résistants et déportés ... TOUS unis pour la même cause.

Ouvrages consultés

Revue "Cuivre et Laiton" N° 186 - 15 novembre 1936

Revue "La Technique des Travaux" novembre 1935

Discours prononcé par Mr Léon LEONARD, Président du Comité d'Entente au cours de la cérémonie de ré-inauguration du Mémorial le 20 Nov 1968

Archives Service Régie Bâtiments de Liège

Collaboration Commandant LEVAUX - C.L.H.A.M.

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Dernière mise à jour: 31 mai 2012