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Entrée du
6ème Bataillon de Fusiliers à Nordhausen
Hubert DEMOULIN
Le 6ème
Bataillon de Fusiliers fut le premier
bataillon belge à pénétrer en territoire allemand. Il a participé à la bataille des
Ardennes, au franchissement du Rhin, a libéré le camp de la mort de Dora et a pénétré
en Allemagne jusqu'au contact avec les Russes. Hubert Demoulin
était Chef Infirmier au 6ème Bon Fus. Le 6ème Bon
Fus a été formé le 12 octobre 1944 à la caserne Marie-Henriette à Namur. Encadrés
par d'anciens militaires de carrière, les volontaires proviennent des provinces de
Liège, Namur-et Luxembourg et sont, pour la plupart, issus de différents mouvements de
résistance. Vêtus de vieux
uniformes anglais et armés de fusils Lee Enfield, de fusils-mitrailleurs Bren et de
mitraillettes Sten, les volontaires sont instruits intensivement et, le 3 décembre 1944,
le bataillon défile à Bruxelles devant le Prince Régent et les Autorités, en même
temps que les 1er, 2ème et 3ème Bataillons, d'expression néerlandaise, et les 4ème et
5ème Bataillons, d'expression française, et que des unités de la 1ère Brigade,
ramenés à Bruxelles à cette occasion. Le 13
décembre, au matin, les 4ème et 5ème Compagnie du 6ème Bon sont transportées par
camions dans la région d'Ovifat et de Sourbrodt où de multiples missions les attendent. Les 1ère,
2ème, 3ème Cie et la Cie Etat-Major partent l'après-midi vers Aix-la-Chapelle. Le 6ème
Bon Fus est la première unité belge à pénétrer sur le territoire allemand. Il est
rattaché au 7ème Corps de la 1ère Armée américaine. Il est affecté à la sécurité.
L'Etat-Major est cantonné à Walheim, les 1ère et 2ème Cies à Oberforsbach et la 3ème
Cie à Moresnet. Les hommes sont
dispersés dans des petits postes, souvent loin de lieux habités, et doivent se
débrouiller. Leur mission est d'assurer des gardes, d'effectuer des contrôles et de
prévenir les infiltrations ennemies, cela. sur un front assez large. Le 16
décembre, les volontaires du 6ème Bon sont en première ligne pour assister à
l'offensive de la Wehrmacht, mieux connue comme "bataille des Ardennes". Les 4ème et
5ème Cie, qui se trouvaient près d'Ovifat, reçoivent la mission de prendre position
face au Sud dans la brèche créée par l'offensive allemande. Les 1ère, 2ème et 3ème
Cie, très dispersées, subissent l'attaque de façons diverses suivant l'endroit où
elles se trouvent. Le 6ème Bon a
son premier tué, le soldat Roiseux, mort à Gemmenich le 25 décembre 1944, jour de
Noël. D'autre part, l'Aumônier Scheyven reçut la Croix de Guerre avec palme et la
"Bronze Star Medal" américaine pour sa conduite héroïque pendant la bataille
des Ardennes et sur le Rhin. En effet, pendant la bataille, l'Aumônier n'a cessé de se
rendre en jeep dans chaque poste isolé pour distribuer la communion et apporter le
réconfort spirituel. Après la
bataille des Ardennes, commence la bataille du Rhin. La Belgique est entièrement
libérée et le 6ème Bon peut s'enorgueillir d'y avoir contribué à la mesure de ses
moyens. Le 10 février
1945, commencent des mouvements successifs. La Cie Etat-Major et la 1ère Cie sont à
Eschweiler, la 2ème Cie est à Brand, la 3ème à Steinbrück, les 4ème et 5ème à
Eupen. Patrouilles et gardes se succèdent, dans la boue du dégel. Toujours les Belges se
débrouillent pour trouver les équipements nécessaires, au grand étonnement des alliés
américains. Les mouvements
se multiplient : Gürzenich, Langewehe, Echtz, Buir, Manheim, Eisdorf, Morzenich,
Lechenich, Kerpen, Weilerswitz, passage difficile de la Roer, Düren et Cologne, atteint
le 7 mars. Le commandemant
U.S. du VII Corps accorde toute sa confiance aux Belges puisqu'il les charge de la garde
de son Quartier Général et cela, jusqu'à la capitulation allemande. Le 6ème Bon
occupe la rive du Rhin entre Cologne, Bonn et Bad Godesberg. Les 3ème et 5ème Cie
franchissent le Rhin sur un pont de bateaux à Königswinter, le 2 mars, et prennent
position sur l'autre rive, la 1ère Cie, appuyée par les bren-carriers de la Cie
E-M,.étant dans Bonn. De nombreux
officiers et sous-officiers sont envoyés en Belgique pour encadrer les nouvelles unités
et ne sont pas remplacés, de même que les nombreux blessés et malades. Le 4 avril
1945, le P.C., la Cie E.M., les 3ème, 4ème et 5ème Cie sont à Marburg, puis de nouveau
dispersés. Des camps de prisonniers sont improvisés pour recueillir les vaincus, tout
surpris de voir des troupes belges combattantes. Par ailleurs, les hommes croisent de
nombreux prisonniers alliés libérés, et, parmi ceux-ci, des Belges dont on ne doit pas
décrire la joie. Le 14 avril,
les volontaires atteignent Nordhausen et voient, horrifiés, leur premier camp de
concentration. Le lendemain, ils arrivent au camp de la mort de Dora où, dans des usines
souterraines, les Allemands fabriquaient les V1 et les V2. Pendant leur
séjour là-bas, les hommes du 6ème Bon s'activèrent à aider les rescapés et, à
l'initiative du colonel Rustin, leur Chef de Corps, des mesures furent prises pour les
cent trente survivants belges, qui furent ensuite rapatriés par une mission française.
Quatorze moururent encore à Dora, après leur libération, malgré tous les soins
donnés. Les Belges
pénètrent ensuite en Saxe. Les Allemands se rendent de plus en plus nombreux. Installé
à Eisleben, le Bon participe à la garde d'un immense camp de prisonniers à Hefta. Puis, le 30
avril, le Bon rejoint Leipzig où il occupe, entre autres, l'hôtel de ville, la centrale
électrique et la station radio. C'est là que les hommes apprendront la capitulation de
l'Allemagne et qu'ils seront officiellement autorisés à porter le badge du VII Corps
U.S. : étoile rouge à 7 pointes, avec chiffre romain VII en bleu et blanc. Le 1er
juillet, la Saxe est occupée par les troupes russes et le Bon se retire à Weilburg, puis
à Winkel, le 5 juillet. Le 1er août,
le bataillon cesse sa mission auprès de l'armée américaine. Le bataillon rentre en
Belgique, à Aerschot où il reçoit un accueil chaleureux de la population. C'est la
ville d'Aerschot, ville flamande, qui offrit à ce bataillon wallon, son étendard
régimentaire. Le 31 mars
1946, le 6ème Bataillon de Fusiliers est officiellement dissous. Récit de
l'arrivée du 6ème Bataillon de Fusiliers à Nordhausen-Dora.
Venant de
Mühlhausen, via Ebeleben, Sonderhausen, Hain, le bataillon nettoyait en première et
deuxième ligne, les espaces laissés libres par les éclaireurs du VII Corps de la 1ère
Armée américaine. L'aviation américaine bombardant toujours la ville de Nordhausen,
nous avons dû demander par radio, le déplacement du bombardement sur le bois où les
S.S. s'étaient réfugiés. Après le
pilonnage du bois, nous sommes entrés dans Nordhausen, une partie vers la gauche, une
partie vers la droite. Moi-même, en qualité de chef-infirmier, j'accompagnais par la
gauche, des éléments belges et américains. Nous devions encercler la ville afin de
réduire la résistance des unités ennemies. En poussant une
pointe vers l'avant, je me suis trouvé devant une barrière surmontée de barbelés,
avec, à ma gauche, des parties de machines V2 et, à ma droite, un tunnel partant sous
les rochers. Brusquement des êtres hagards, vêtus de costumes rayés, se sont amenés
vers la barrière. Quel ne fut pas notre émoi de constater que ces personnes, parlant
toutes les langues, étaient des prisonniers politiques, travaillant dans le souterrain,
au montage des machines infernales. Après avoir
essayé vainement d'ouvrir la porte du camp, je fus obligé de foncer dedans avec mon
ambulance afin d'y faire une brèche et de pouvoir entrer dans l'enfer. J'ai alors
appris, par des personnes parlant le français, les horreurs qui s'y passaient et, ne
pouvant agir de ma propre initiative, je leur ai demandé de ne pas sortir du camp. Je
devais d'abord prévenir mes chefs, qui prirent l'avis des autorités américaines, et des
renforts furent envoyés dans ce camp, qui, nous l'apprîmes plus tard, s'appelait
"DORA". Les renforts
protégeaient et réconfortaient tous ces malheureux. Par un genre de comité qui existait
dans le camp, j'appris que ceux qui ne pouvaient plus travailler, les trop faibles, les
malades, les moribonds, étaient "parqués"dans des habitations en dehors du
camp. Je m'y rendis tout de suite avec un membre de ce comité qui me désigna les maisons
sur la route. Lorsque je
poussai la porte d'une de ces habitations, le spectacle était tellement épouvantable
que, bien que dur comme du roc, je me mis à trembler comme une feuille. Après avoir
pris l'avis des médecins belges et américains, pendant trois jours et trois nuits, sans
dormir, nous avons transporté ces moribonds dans les baraques du camp, aidés par des
prisonniers et des civils allemands, afin de les laver et les soigner, sous la
surveillance de sentinelles. Je fus très
ému de reconnaître, parmi ces malheureux, un de mes anciens camarades des cyclistes
frontières, Joseph Wayaffe. Lui, je ne l'ai pas conduit au camp : je l'ai mis dans mon
infirmerie où il a été cajolé et nourri comme un petit oiseau, pour éviter que cet
homme sous-alimenté ne s'étouffe en s'alimentant trop rapidement. Une de mes plus grande
joie est que, quarante ans après, Joseph Wayaffe est toujours avec nous. Une chose que
je voudrais que l'on sache : en 1945, les habitants de Nordhausen, hommes, femmes,
vieillards, garçons et filles nous détestaient, nous tiraient dessus, nous lançaient
des grenades. Etaient-ils donc tous des nazis enracinés pour qu'une pareille chose puisse
arriver ? Après avoir soigné et soulagé ces malheureux pendant plusieurs jours, nous continuâmes notre route vers Sangerhausen, Eisleben, Halle, Leipzig et Dresden où nous fîmes la jonction avec les troupes russes le 25 avril 1945 à 13 heures 45. Cliquer sur les photos ci-dessous pour agrandir
Sources
Hebdomadaire
militaire VOX du 3 février 1983. Récit de Hubert DEMOULIN Photos de Hubert DEMOULIN Retour en haut -Retour à la page des sommaires- Retour au plan du site
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