Comment sont
tombés les forts belges en 1914 et 1940 ?
Les armes
Les méthodes
Compte tenu de l'intérêt manifesté par
plusieurs de ses membres, le C.L.H.A.M. a le plaisir de vous présenter ci-dessous le
travail réalisé par un de ceux-ci,.
Etant donné l'ampleur
du sujet, seul celui-ci sera. développé dans le présent bulletin.
Par
Jean Harlepin
SOMMAIRE
A.- PREAMBULE
B.- LES ARMES UTILISEES
En 1914
Calibres 810 - 305 - 420
gamma - 420 M. - les Minenwerfer
En 1940
I - Remarques
préliminaires :
1. Expérience
2. Examen d'un plan de feu
3. La Tchécoslovaquie -
butin
II - Les Armes :
1. Artillerie
divisionnaire,
2. Canons de 1914
réutilisés,
a. 1 x 420
b. les 505
c. des 210
3. Artillerie sur voie
ferrée,
a. le 170,
b. les 280 Bruno - liste
4. Le calibre 355,
5. les canons antichars
57-88
C.- LES METHODES
D'ATTAQUE
qEn 1914
Processus de destruction
massive par l'artillerie lourde (ajouté à une ventilation inexistante).
A LIEGE
A NAMUR
A ANVERS
qEn 1940
Comparaison entre les
forts en 1914 et 1940
A Liège - deux cas :
1. forts réarmés,
2. nouveaux forts,
Comment les Allemands s'y
sont-ils pris ?
1. Préparation
d'artillerie,
2. L'action des
anti-chars,
3. Pionniers - stosstruppe
et explosifs,
4. L'aviation.
D. - CONCLUSION

A. PREAMBULE
Pendant de
nombreuses années, il a été difficile de se faire une idée précise du sort de nos
forts. En effet, avant 1940, ils relevaient du secret militaire; après 1944, ils
restèrent domaine militaire et personne parmi les autorités militaires ou civiles ne
semblait disposé à faciliter une étude à ce sujet.
Puis finalement
l'accès fut peu à peu autorisé. Actuellement on peut visiter et se faire une idée de
ce que furent nos forts.
Pour approfondir le
sujet on peut se référer à un certain nombre d ouvrages ou de publications apportant
des témoignages mais tout ce qui a été écrit n'est pas nécessairement la vérité
totale (exemple : le fort d'Eben-Emael imprenable !!).
Nous avons essayé
de rassembler un certain nombre de données, aussi objectivement que possible afin de se
faire une idée sur le sort de nos forts en 1914 et en 1940 - A Liège, Namur ou Anvers.
Comment ont-ils été amenés à succomber ou à se rendre?
Il n'entre pas dans
notre idée de faire un historique complet mais uniquement un survol du problème. Toute
information complémentaire ou rectification restent les bienvenues.
B.- LES ARMES
UTILISEES
Pour bien
comprendre les méthodes d'attaques et leurs effets il faut au préalable décrire les
principaux canons utilisés par les allemands en 1914 et 1940 et cela en vue d'apprécier
à leur juste valeur les armes et leur impact. De tous temps, les allemands ont poussé
leurs études et réalisations dans ce domaine parfois au-delà du raisonnable.
Néanmoins, ils avaient acquis une fâcheuse renommée dans le domaine
de l'artillerie. Voyons cela en détail .
EN 1914
L'Allemagne ayant
préparé la guerre était très bien pourvue en artillerie de campagne qui comportait
surtout des calibres comme celui du canon de campagne de 77 mm. auquel se joignaient des
100 mm., 130 mm., 150 mm. Sur ces types, non prévus pour réduire des forts, nous ne nous
étendrons pas. Par contre nous décrirons plus en détail les canons plus lourds.

Obusier allemand de 150 mm M 13 (long)
Nombre de calibres : 17. Poids en batterie : 2.250 Kg.
Poids de l'obus : 43 Kg. Vitesse initiale : 370 m/s. Portée : 8.500 m. Champ de tir
horizontal : 5°. Champ de tir vertical : 0° à +45°. Cadence de tir : 2 coups/min. |
1. L'Obusier lourd de 1911, calibre : 21 cm.
C'est le plus gros
calibre pouvant être inclus dans l'artillerie de campagne, puisque son déplacement et sa
mise en ou hors batterie pouvait se faire dans un temps court.
Cela donne un
avantage du point de vue tactique. Toutefois son déplacement se faisait en deux charges
(affût + tube). Un modèle est visible au MRA. Les allemands possédaient un grand nombre
de batteries de 21 cm. Elles jouèrent à Liège, Namur et Anvers, un rôle important.
Il y eut plusieurs
modèles :
a. le 21 cm (exactement 211 mm.) M.10 - 1911
portée
: 8 km
210
pièces étaient disponibles en 1914
b.
modèle M.16 de 1916 (tube allongé - langer Mörser)
portée
: 11 Km.
c.
le 211 M.17 (ou 18) sorti en 1918; ce dernier a été repris sur nouvel affût pour la
2éme guerre mondiale.




Obusier lourd allemand de 210 mm
A tiré sur tous les forts belges en 1914. |
2. Le mortier lourd de côte : (schwere Küsten Mörser)
de 30,5 cm - pièce
lourde et difficile à manier. Cette pièce, tirant à poudre noire, n'apparut que devant
Anvers.
A ne pas confondre
avec la pièce suivante:
3. Le mortier
Autrichien de 30,5 cm
A l'encontre de la
pièce allemande, il était plus maniable; (transport en trois chariots à roues
métalliques : plate-forme - affût berceau - tube).
Il y avait en 1914,
24 pièces "30,5 cm M.11" disponibles.
En 1917 on comptait
72 pièces construites. Le 4 août 1914, les Austro-Hongrois ne sont pas en guerre, mais
suite aux difficultés des allemands devant Liège, ils mettent à leur disposition 8
pièces d'abord, portées par la suite à 24.
Ces 8 pièces
n'étaient pas à Liège, mais furent présentes à Namur et à Anvers. (N.B. - Ces
pièces ont été construites chez SKODA).

4. Le mortier
de 42 cm type gamma
En 1906, Krupp avait
réalisé un obusier de 420 mm de calibre, appelé "Kurze Marine Kanone" type
gamma. Il s'agissait d'un canon sur platte-forme fixe. Le transport nécessitait deux
trains complets. Cette pièce était donc tributaire du chemin de fer. En pratique, elle
ne joua aucun rôle marquant devant Liège, mais par la suite à Anvers. Elle fut
néanmoins présente à Liège dès le 15 août 1914. En effet, une batterie de deux
pièces a été montée au parc d'Avroy en vue de réduire les deux derniers forts de
Flémalle et Hollogne, qui se rendirent le 16 août à 0710 Hr et 0725Hr respectivement.
Les premiers coups de réglage furent précisément tirés le 16 août vers cette heure.
Pour 0800 Hr les tirs avaient cessé. Cette batterie, arrivée trop tard n'eut aucun effet
à Liège, mais bien à Anvers. Il y eut cinq canons de ce type en 1914.

5. Le mortier
de 42 cm type M
Devant les
difficultés d'emploi du 42 cm. gamma, on chercha un modèle de canon plus mobile mais
semblable en calibre. C'est alors que Krupp réalisa une batterie de deux pièces en 1913,
laquelle fut prête au moment du déclenchement des hostilités en août 1914. C'était la
Batterie n°3 (Erdman) en cours d'exercice à Essen en août 1914).
Le calibre du type M
était, comme le gamma, de 42 cm, mais l'obus passa de 923 à 796 kg. La portée fut
ramenée de 14 Km. à 9 Km. Cela permet une manipulation plus aisée des mortiers et leur
transport par route.
Par canon, il
fallait cinq remorques :
- une voiture -
agrès
- une voiture -
plate-forme
- une voiture -
berceau et bêche
- une voiture -
affût
- une voiture -
bouche à feu
(voir tableau des
caractéristiques des pièces ci-après).
Ce type de canon est
celui qui provoqua, par son tir, l'explosion du fort de Loncin. Les allemands firent à
son sujet un battage publicitaire destiné à bien implanter la suprématie de
l'artillerie allemande. Il porta le nom de : "Grosse Bertha" (prénom de Madame
Krupp). A ne pas confondre avec le "Lange Max" qui tira par la suite sur Paris,
(calibre 210 mm - portée : 110 km.) et appelé aussi, mais à tort "Grosse
Bertha". Le 420 mm M n'avait qu'une portée allant jusque 9 Km. et les allemands
étaient à 120 Km. de Paris.

6. Les
"Minenwerfer"
Cette arme fut
particulière aux allemands en 1914. Elle fut présentée en 1912 par Rheinmetall. Il y
avait à ce moment deux types de fort calibre : 245 mm - lourd et 170 mm - moyen. Par la
suite il y eut un modèle léger. La portée était courte : 900 à 1000 mètres, mais le
projectile était relativement lourd (50 kg. pour le lourd) et la proportion d'explosif
était importante. C'était une arme qui connut ses heures de gloire dans la guerre de
tranchée. Une première série de ces engins fut mise en batterie devant le fort de Fléron (cela fit penser que Fléron aurait
reçu des coups de 420).


EN 1940
I. Remarques préliminaires
Après avoir
passé en revue les canons lourds de 1914 et avant de voir les types de 1940, il faut
faire quelques remarques :
1. Forte de l'expérience de 1914, l'armée belge a mieux
construit ses fortifications. Le béton est cette fois armé; il est plus épais; les
blocs sont, dans les ouvrages modernes, dispersés; les services, casernes, groupes
électrogènes, centres de transmission ou de tir sont mieux enterrés (jusque
± 30 mètres).
Bref, cette fois,
il ne faut plus craindre les gros calibres.
2 Si nous examinons un plan de feu (voir ci-après)
prévu par les allemands pour Aubin Neufchâteau, on constate avec étonnement, outre la
présence de gros calibres, l'apparition de deux armes nouvelles par rapport à 1914.
a. l'attaque par
Stuka
b. la présence du
"Flak Régiment 246"
Or,
Flak signifie "Flieger Abwehr Kanone".
Que vient donc
faire ce Canon de défense anti-aérienne dans l'attaque d'un fort ? C'est ce que nous
verrons plus loin.
Il s'agit de
célèbres canons de 8,8 cm FLAK devenus aussi 8,8 cm PAK (Panzer abwehr Kanone).
Quant à
l'aviation, c'est évidemment la révélation de la campagne de 1940.
ATTAQUE de NEUFCHATEAU - PLAN de
FEU
Selon un document allemand le 20.5
1.- A.R. 223 - 12 obusiers de 150
2.- Batterie 779 - 2 mortiers de
305
3.- Batterie 810-1 mortier de 355
4.-
Eisenbahn. Batterie 695 - 2 canons de 280
5.-
Eisenbahn. Batterie 696 - 2 canons de 280
6.-
Eisenbahn. Batterie 717-2
canons de 170
7.- Eisenbahn. Batterie 718-2
canons de 170
8.- Flak R. 246 - en liaison avec
infanterie
9.- Stuka Angriff
Coups Prévus
420 coups de 150
24 coups de 305
15 coups de 355
2 x 25 coups de 280
2 x 40 coups de 170
|
3. II faut aussi rappeler qu'à Munich, Daladier et Chamberlain ont
"lâché" la Tchécoslovaquie à Hitler dans l'espoir de sauver la paix. Or,
c'est un cadeau royal qui a été fait à Hitler : en effet, celui-ci a trouvé en
Tchécoslovaquie :
a. des chars
excellents (SKODA) qui devinrent dans ses "Panzer-Divisionen" les PzKfw 35 (t)
et PzKfw 38 (t), lesquels complétèrent les divisions qui percèrent à Sedan.
b. des canons
Skoda de 30,5 cm - les mêmes qui mirent à mal (sous le nom Autro Hongrois) les forts de
Namur et d'Anvers en 1914.
c. un embryon de
ligne Maginot en cours de construction - il y avait de quoi se faire une bonne idée des
fortifications modernes belges ou françaises.
Les allemands ont
certainement médité devant les fortifications Tchèques sur la meilleure façon de les
mettre à mal (exercices compris).
II. Les armes
Voyons maintenant
quelles armes furent employées en 1940 par les allemands.
1. Etant donné
que l'attaque des forts est du ressort des divisions d'infanterie, on retrouvera comme en
1914, l'artillerie divisionnaire classique et comprenant cette fois en priorité le 105 mm
(FH 18) devenu le canon courant (remplaçant le 77 en voie de disparition).
Il y eut aussi
d'autres calibres mais non significatifs sauf le 150 mm, canon bien représenté dans
l'arsenal de l'artillerie allemande.
Exemple : plan de
feu pour Aubin - présence pour la journée du 20 mai de l'"Artillerie Régiment
223" soit 12 obusiers de 150 mm. avec 420 coups prévus contre Aubin.
2. Canons de 1914 réutilisés en 1940
:
a. un tube de 420 mm
repéré par Hitler lors d'une visite chez Krupp. Hitler donna l'ordre de remettre ce tube
en service sur nouvel affût.
Il semble que ce
canon fut présent à Liège.
Il le fut en tous
cas devant l'ouvrage du Schonenbourg de la Ligne Maginot et à Sébastopol.
b. un certain nombre
de canons tchèques (ex - autrichiens) de 30,5 cm dont nous avons déjà parlé.
Ces pièces ont
été construites chez Skoda qui après la guerre se trouva en Tchécoslovaquie.
Un certain nombre
de ces pièces semble être restées en souffrance et Hitler en récupéra un certain
nombre qui furent à nouveau utilisées contre les alliés. Deux de ces pièces ont tiré
sur Aubin le Château (voir plan de feu d'une journée sur Aubin).
Le transport de ce
mortier nécessitait trois chariots :
- un chariot -
plate-forme - 10 T
- un chariot -
porte-sellette, affût et berceau - 10 T
- un chariot -
porte-canon - 8,5 T
c. Un certain nombre
de canons de 21 cm. "Lange Mörser M.16" - II s'agit des canons de 1916 calibre
21 cm, re conditionnés sur affûts plus modernes. Ces canons très puissants et maniables
ont joué un grand rôle en1914; ils apparaissent fort modestes en 1940 et ne semblent
plus avoir fait preuve de performances particulières.
3.
Artillerie sur voie ferrée : (Eisenbahn-geschütze)
Au début de 1914
il n'y avait pas d'artillerie sur voie ferrée. Ce sont les français, qui par manque de
canons lourds, vont en urgence, placer des tubes de marine sur des "affûts
truck" d'abord à deux essieux, puis sur des affûts de plus en plus lourds utilisant
2 voire 3 bogies à 4 ou 5 essieux.
En 1914 les
allemands restèrent fidèles aux canons sur plaques de base fixes et rotatives.
En 1940, devant
les succès des canons sur voie ferrée (A.L.V.F.) en 1916-17, les allemands avaient
prévu des équipements similaires. Au moment de l'attaque sur Liège les canons suivants
ont été repérés :
a. canon de 17 cm
(probablement le 17 cm SK-L/40(E).
Il s'agit d'un
canon de calibre 170 mm (existant aussi en150 mm) monté sur un wagon plat à 2 bogies
avec bras d'équilibre repliables. Le canon pouvait tourner sur 360°; sa portée était
de 26 Km. Il y eut au moins deux batteries à deux pièces à Aubin (batteries n° 717 et
n° 718) et une autre batterie n° 676. 0n n'en sait pas plus.


b. canon de 28 cm.
Dès 1936 un vaste programme de rééquipement prévoyait des canons lourds sur voie
ferrée. Krupp avait ce programme en charge et tout ne fut pas prêt pour 1940. Toutefois,
un certain nombre de pièces fut disponible. On repère à Aubin les deux batteries 695 et
696, chacune avec deux canons de 28 cm. Il y eut aussi une batterie n° 780, également
avec le calibre 28 cm.
Le calibre de 28
cm fut caractéristique d'une série de canons sur voie ferrée dénommés BRUNO.
Il y eut :
- Le Th. K (E) d'un calibre 23,8 cm; portée : 26.750 m
(prototype ?)
-
Le
Th. Br. K (E) - 23,8 cm (Theodor Bruno); portée : 20.200 m - six pièces construites
- Le Kz. Br. K
(E) - 28,3 cm (Kurze
Bruno) (c); portée : 29.500 m - huit pièces construites
- Le Lg. Br. K (E) - 28,3 cm (Lange Bruno); portée 28.500
m - trois pièces construites
- Le S.Br K (E) - 28,3 cm (Schwere Bruno) (d); portée :
29.400 m - deux pièces construites
- Le Br. N. K (E) - 28,3 cm (Neùe Bruno) (e); portée :
46.600 m (tube de 16,4 m) - trois pièces construites
- Le canon précédent fut suivi du K 5 (E) qui semble
être la version définitive, construite à 25 exemplaires - même calibre - portée :
62.400 m - tube 21.538 m
A notre avis, les
canons à prendre en considération à Liège en mai 1940 seraient l'un ou l'autre des
modèles c d, ou e ci-dessus.
4. Dans le plan de
tir sur Aubin Neufchâteau figure un canon de calibre inhabituel : le 355 mm. Il est
mentionné comme faisant partie de la Batterie 810. Nous trouvons la description de ce
canon dans Waffen Revue n° 49 E 5052 F 2ème trimestre 1983.
En 1940, il y
avait au plus un canon de ce type (une pièce prête en décembre 1939 et une en mars
1942) sur toute la guerre huit pièces furent construites.
La revue
précitée mentionne la batterie 641 qui en 1943 avait deux pièces de 35,5 cm. La
désignation de ce canon dont le seul exemplaire en 1940 fut présent à Liège, était
"35,5 cm Mörser M. 1". Ajoutons que c'est précisément ce canon qui fut par la
suite utilisé à Battice pour faire des essais avec l'obus Röchling.
Nous vous
renvoyons pour cette pièce au bulletin du CLHAM avril-juin 1983 Tome II - fascicule 2,
lequel donne à son sujet toutes précisions.
5. Les canons
anti-char.
Nous avons
remarqué dans le plan de feu contre Aubin la présence du 8,8 cm. Flak ! Les allemands
qui étaient passés maîtres dans l'arme blindée, avaient également étudié les armes
anti-char. La caractéristique principale était leur tir tendu ce qui permettait une
visée directe sur l'objectif. En outre leur vitesse initiale (Vo) était nettement
supérieure aux canons classiques, ce qui assurait une pénétration supérieure de l'obus
anti-char.
a. Le premier type
de canon réalisé (en grand nombre) fut le 3,7 cm PAK 36. C'est un petit canon très
léger et maniable, en dotation dans toutes les divisions allemandes et qui fut célèbre
au début de la guerre 40-45, mais toutefois moins que le "88".
b. Le deuxième
canon anti-char disponible en 1940 fut le 8,8 cm PAK, lequel, en fait, n'était autre que
le 8,8 cm FLAK, anti-aérien utilisé pour la défense anti-char compte tenu de ses
caractéristiques. Voir en annexe les caractéristiques de ces deux canons et leur image.
L'idée d'utiliser
les canons anti-chars contre les forts devait venir normalement aux allemands cherchant à
neutraliser les blindages (embrasures, coupoles, cloches) des forts.Ces canons furent
utilisés en tir direct chaque fois qu'il leur fut possible de s'approcher, car leur
portée (inférieure à celle des 75 de tourelle) les exposait à la destruction en cas de
repérage.


Tableaux annexes
Tableau A
| |
|
Obusier lourd Type 1911 |
Langer Mörser Type 40/45 |
Schwere Küsten Mörser |
Skoda Mörser Type 1911 |
| Calibre |
mm |
211 |
211 |
305 |
305 |
| Poids |
Kg |
5.450 |
9.220 |
12.150 |
21.000 |
| Tube (longueur) |
mm |
2.520 |
3.063 |
|
3.100 |
| Projectile |
Kg |
120 |
120 |
445 |
380 |
| Cadence/heure |
|
10 |
30 |
4 |
10 |
| Portée |
m |
8.000 |
11.100 |
12.400 |
9.600 |
| Angle vertical |
° |
0-70 |
0-70 |
0-65 |
0-70 |
| Angle horizontal |
° |
6 |
6 |
360 |
120 |
Tableau B
| |
|
Kurze Marine Kanone Type Gamma |
Kurze Marine Kanone Type M |
Mörser Thor |
Canon Dora |
| Calibre |
mm |
420 |
420 |
600 |
800 |
| Poids |
Kg |
100.000 |
58.000 |
120.000 |
1.300.000 |
| Tube
(longueur) |
mm |
7.000 |
5.000 |
5.068 |
32.480 |
| Projectile |
Kg |
923 |
796 |
2.200 |
4.800 (*) |
| Cadence/heure |
|
6 |
10 |
6 |
3 |
| Portée |
m |
14.000 |
9.000 |
6.800 |
47.000 |
| Angle
vertical |
° |
0-64 |
0-70 |
50-60 |
0-53 |
| Angle
horizontal |
° |
6 |
6 |
3 |
0 |
(*) Projectile
blindé - poids : 7.000 Kg
Tableau C
Minenwerfer Ehrhardt |
|
lourd |
moyen |
| Calibre |
mm |
245 |
170 |
| Poids |
Kg |
620 |
483 |
| Tube
(longueur) |
mm |
860 |
600 |
| Projectile |
Kg |
50 |
17 |
| Portée |
m |
900 |
1.030 |

Leichte
105-mm-Feldhaubitze 18(LFH-18) - Deutschland
Kaliber: 104,9 mm
Gewicht in
Fahrstellung : 1.985 Kg
Lange
in Feuerstellung : 5.994 mm
Lange
in Fahrstellung : 5.588 mm
Breite
in Feuerstellung : 3.580 mm
Breite
in Fahrstellung : 2.010 mm
Höhe
in Fahrstellung : 1.800 mm
Rohrlänge
: 2.706 mm
(25,77
Kaliber)
Hohenrichtbereich
: -5 bis +42°
Seitenrichtbereich
: 56 insges
Höchstschussweite
: 10.600 m
Feuergeschwindigkeit
: 6-8 Schuss/min
Munitionsart
: Sprengmunition, panzerbrechende Munition |
Nebelgeschosse usw.:
Gew. des Sprenggeschosses : 14,8 Kg; Vo
= 670 m/s
Bedienung : 6-10 Mann
Zugmittel : Lkw
Die 105-mm-LFH-18 wurde erstmals im
Jahre 1935 von Rheinmetall hergestellt. Sie
war die Standard-Feldhaubitze der deutschen Divisionsartillerie. Rücklauf-und
Vorholesystem ist hydropneumatisch. Die Lafette ist eine Spreizlafette, bei der der Erdsporn des einzelnen Holms in Fahrstellung nach
vorn auf dir Holmoberseite geklappt wird. ... |
C.
LES METHODES
D'ATTAQUE
EN 1914.
Lorsque le 4 août
1914, les allemands entrent en Belgique, ils croient a un effondrement rapide de l'armée
Belge et Liège, avec ses forts ne les préoccupe pas outre mesure. En effet, ils ont bien
prévu des canons spéciaux contre les fortifications (les 420 - Grosse Bertha - voir plus
loin) mais en pensant aux forts français; ces pièces sont toujours à Essen, chez Krupp,
à l'exercice (Batterie Erdmann).
Dès le 5 août
Barchon et Evegnée se trouvent sous le feu des obusiers lourds de 21 cm. Les troupes
belges d'intervalle se retirent et le 8 août les allemands annoncent la prise de Liège.
C'était vrai mais partiellement, car les forts, livrés à eux-mêmes, résistaient
toujours. A ce moment, le Général von Bülow demandait l'envoi d'urgence de la batterie
n°3 - (Batterie Erdmann de deux canons de 420 type M.). En attendant, les troupes
allemandes procèdent à l'investissement des forts, à des préparations d'artillerie
avec leur artillerie organique (calibre jusque 21 cm) suivies d'attaques d'infanterie;
cela est donc très classique. Mais les forts se défendent; rappelons qu'il y a dans les
forts une partie d'infanterie qui peut monter sur le massif central et se défendre
derrière des banquettes prévues à cet effet. Aucun fort n'est pris de cette façon.
Les allemands
placent alors leur espoir dans leur artillerie lourde et changent de tactique. Celle-ci
consiste à écraser les forts sous une artillerie très puissante jusqu'à destruction.
Toutefois, à
Liège, cette tactique n'eut pas le temps de sortir ses effets rapidement. Si l'on examine
les dates, on constate que les deux canons de 42 cm. type M. (les deux seuls qui furent
mis en oeuvre à Liège) n'arrivèrent que le 10 août à 23 heures à Herbestal. Ce n'est
que le 12 août, à Mortier, que la batterie ouvrit le feu contre Pontisse (commencé à
1745 Hr le 12, il fut poursuivi le 13). Le fort hissa le drapeau blanc après le 23eme
coup. A noter que Pontisse était sous le feu des pièces de 7,7 cm, 13 cm et 15 cm depuis
le 5 août (période des assauts d'infanterie) et le 9 août les obusiers de 21 cm entrent
en jeu.
Ici il faut
.attirer l'attention sur le fait que les forts de 1914 avaient des carapaces de béton
calculées pour résister au 21 cm maximum, mais un 21cm de 1887.
L'énergie
cinétique à l'arrivée de l'obus lors des essais était 240 t/m; or le 21 cm allemand de
1914 avait 540 t/m.( voir R.B.H.M. XVIII-8 Dec 70 page 624 - L'énergie est donnée en
tonne/mètre). Il était donc a lui seul plus que suffisant pour mettre à mal les forts
belges. Les allemands étaient bien pourvus en canons de 21 cm.




Revenons à Liège
et au 42 cm. Après Pontisse le canon se retourna contre Loncin le 15 août. Le tir
commença vers 15 heures et vers 1615Hr, le fort fit explosion (au 25ème coup de 420). Ce
furent les deux seuls forts qui subirent le tir des 42 cm. (la Grosse Bertha).
Quand on regarde les
dates des redditions (voir tableau) on constate qu'en fait le calvaire des forts est dû
en ordre principal aux canons de 21 cm. En tout état de cause, les allemands mirent au
point à Liège la tactique ultérieurement employée à Maubeuge - Namur - Anvers.
Quelles furent donc
les causes qui obligèrent les défenseurs des forts à hisser le drapeau blanc ?
A Liège les forts
tirent en 1914, une moyenne de 10 à 11 jours ce qui est plus qu'honorable. Dans le
premier stade la résistance fut active et les allemands furent gênés par les forts.
Mais, une fois l'investissement mis en place, la situation changea. Tout d'abord, les
forts furent peu à peu privés des observatoires extérieures (points hauts, clochers
d'église) ce qui limita les possibilités de réaction des coupoles. Ensuite le
bombardement, même sans les 420, fut destructeur. Si l'on excepte Loncin (où c'est le
magasin à poudre qui explosa) l'artillerie ne parvint pas néanmoins à détruire de fond
en comble l'ensemble des casemates et galeries (on les retrouve en bon état encore
aujourd'hui (voir Lantin).
Par contre, les
superstructures furent entamées et, ne l'oublions pas, le béton n'était pas armé. Il
en résulte que même si les calottes des coupoles se sont bien comportées, le béton
entourant ces coupoles, s'est détérioré, ne jouant plus son rôle de protection. Des
coupoles se calèrent ou furent endommagées latéralement par les obus.
Ajoutons que pour
les coupoles de 210 mm il n'y avait pas de protection latérale par manteau cylindrique;
il en résulte que les servants de ces coupoles furent exposés aux éclatements des obus
au point que les flammes provenant d'explosions dans le béton entourant ces coupoles,
pouvaient provoquer l'explosion des munitions de l'obusier de 210 (Chaudfontaine).
Une autre
caractéristique des forts de 1914 était leur peu de profondeur. Cela signifie que les
chambrées, locaux de tir, casemates, couloirs, etc étaient en permanence sous
l'influence des bombardements : d'où la conséquence : exposition à des dégâts locaux,
poussière de béton, fumée et gaz d'explosions, inquiétude, nervosité, manque de
sommeil et de repos, etc. On peut comprendre que la résistance a dans ce cas des limites
pour tout homme normal.
Il y a lieu
d'ajouter que la ventilation était inexistante, le fort ayant tendance à aspirer l'air
extérieur chargé de gaz et poussières; à cela s'ajoutait enfin l'absence de toilettes
et sanitaires convenables, entraînant des odeurs pestilentielles. L'air devenait peu à
peu irrespirable. C'est cette atmosphère intérieure dantesque, ajoutée à la mise hors
service progressive des tourelles qui mirent fin à la résistance des forts.
A LIEGE
Selon des
informations prises ça et là nous pouvons dire à propos de certains forts :
*
LONCIN : le
jour de la chute (le 15/8), le fort reçut un obus de 420 vers 17 h. dans le magasin à
munition. Le fort explosa littéralement, ensevelissant une grande partie de sa garnison.
Le fort est resté dans l'état où il se trouvait et est devenu un monument.
*
PONTISSE :
subit un bombardement de divers calibres et finalement le 420 vint s'y ajouter. Il reçut
43 coups de 420. Il eut ses tuyaux de WC crevés. Les deux coupoles de 5.7 de tête ont
été pulvérisées. Les autres coupoles ont été disjointes et avariées. Reddition.
*
BARCHON :
premier fort à tomber. Assaut des 210 situés à 4.500 m - observatoire allemand à
Blegny - inondation - air irrespirable - grosses coupoles bloquées - capitulation.
* EVEGNEE : Tir
des 210 - mise hors service des canons des tourelles.
* EMBOURG :
deux coupoles de 5,7 ont été détruites. La grosse artillerie s'est coincée - manque
d'eau.
* FLERON : Tir
des 210 auxquels se sont ajoutés les mortiers Ehrhardt de 240 (Minnenwerfer) à 800 m -
artillerie hors service.
* LANTIN : Fort
non terminé - coupoles calées sous le tir allemand - état sanitaire à toute
extrémité.
Le 16 août il restait FLEMALLE et HOLLOGNE qui se sont rendus au
moment:où la batterie des 2 x 420 gamma du parc d'Avroy ajustait ses tirs.
Remarque : il
y a également lieu d'attirer l'attention sur le fait que l'artillerie lourde allemande
tirait depuis des emplacements situés hors de portée des canons équipant les forts
belges.
Les forts de Liège en 1914 et 1940
Forts |
Reddition 1914 |
Résistance |
Reddition 1940 |
Résistance |
BARCHON |
8 août |
5 jours |
18
mai |
9 jours |
EVEGNEE |
11 août |
8 jours |
19
mai |
10 jours |
FLERON |
14 août |
11 jours |
16 mai |
7 jours |
CHAUDFONTAINE |
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