Chute des forts

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Comment sont tombés les forts belges en 1914 et 1940 ?

Les armes

Les méthodes

Compte tenu de l'intérêt manifesté par plusieurs de ses membres, le C.L.H.A.M. a le plaisir de vous présenter ci-dessous le travail réalisé par un de ceux-ci,.

Etant donné l'ampleur du sujet, seul celui-ci sera. développé dans le présent bulletin.

 Par Jean Harlepin

SOMMAIRE

A.- PREAMBULE

B.- LES ARMES UTILISEES

En 1914

Calibres 810 - 305 - 420 gamma - 420 M. - les Minenwerfer

En 1940

I - Remarques préliminaires :

1. Expérience

2. Examen d'un plan de feu

3. La Tchécoslovaquie - butin

II - Les Armes :

1. Artillerie divisionnaire,

2. Canons de 1914 réutilisés,

a. 1 x 420

b. les 505

c. des 210

3. Artillerie sur voie ferrée,

a. le 170,

b. les 280 Bruno - liste

4. Le calibre 355,

5. les canons antichars 57-88

C.- LES METHODES D'ATTAQUE

qEn 1914

Processus de destruction massive par l'artillerie lourde (ajouté à une ventilation inexistante).

A LIEGE

A NAMUR

A ANVERS

qEn 1940

Comparaison entre les forts en 1914 et 1940

A Liège - deux cas :

1. forts réarmés,

2. nouveaux forts,

Comment les Allemands s'y sont-ils pris ?

1. Préparation d'artillerie,

2. L'action des anti-chars,

3. Pionniers - stosstruppe et explosifs,

4. L'aviation.

D. - CONCLUSION

A.  PREAMBULE

Pendant de nombreuses années, il a été difficile de se faire une idée précise du sort de nos forts. En effet, avant 1940, ils relevaient du secret militaire; après 1944, ils restèrent domaine militaire et personne parmi les autorités militaires ou civiles ne semblait disposé à faciliter une étude à ce sujet.

Puis finalement l'accès fut peu à peu autorisé. Actuellement on peut visiter et se faire une idée de ce que furent nos forts.

Pour approfondir le sujet on peut se référer à un certain nombre d ouvrages ou de publications apportant des témoignages mais tout ce qui a été écrit n'est pas nécessairement la vérité totale (exemple : le fort d'Eben-Emael imprenable !!).

Nous avons essayé de rassembler un certain nombre de données, aussi objectivement que possible afin de se faire une idée sur le sort de nos forts en 1914 et en 1940 - A Liège, Namur ou Anvers. Comment ont-ils été amenés à succomber ou à se rendre?

Il n'entre pas dans notre idée de faire un historique complet mais uniquement un survol du problème. Toute information complémentaire ou rectification restent les bienvenues.

B.- LES ARMES UTILISEES

Pour bien comprendre les méthodes d'attaques et leurs effets il faut au préalable décrire les principaux canons utilisés par les allemands en 1914 et 1940 et cela en vue d'apprécier à leur juste valeur les armes et leur impact. De tous temps, les allemands ont poussé leurs études et réalisations dans ce domaine parfois au-delà du raisonnable. Néanmoins, ils avaient acquis une fâcheuse renommée dans le domaine de l'artillerie. Voyons cela en détail .

EN 1914

L'Allemagne ayant préparé la guerre était très bien pourvue en artillerie de campagne qui comportait surtout des calibres comme celui du canon de campagne de 77 mm. auquel se joignaient des 100 mm., 130 mm., 150 mm. Sur ces types, non prévus pour réduire des forts, nous ne nous étendrons pas. Par contre nous décrirons plus en détail les canons plus lourds.

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Obusier allemand de 150 mm M 13 (long)

Nombre de calibres : 17. Poids en batterie : 2.250 Kg. Poids de l'obus : 43 Kg. Vitesse initiale : 370 m/s. Portée : 8.500 m. Champ de tir horizontal : 5°. Champ de tir vertical : 0° à +45°. Cadence de tir : 2 coups/min.

1.  L'Obusier lourd de 1911, calibre : 21 cm.

C'est le plus gros calibre pouvant être inclus dans l'artillerie de campagne, puisque son déplacement et sa mise en ou hors batterie pouvait se faire dans un temps court.

Cela donne un avantage du point de vue tactique. Toutefois son déplacement se faisait en deux charges (affût + tube). Un modèle est visible au MRA. Les allemands possédaient un grand nombre de batteries de 21 cm. Elles jouèrent à Liège, Namur et Anvers, un rôle important.

Il y eut plusieurs modèles :

a. le 21 cm (exactement 211 mm.) M.10 - 1911

portée : 8 km

210 pièces étaient disponibles en 1914

b. modèle M.16 de 1916 (tube allongé - langer Mörser)

portée : 11 Km.

c. le 211 M.17 (ou 18) sorti en 1918; ce dernier a été repris sur nouvel affût pour la 2éme guerre mondiale.

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Obusier lourd allemand de 210 mm

A tiré sur tous les forts belges en 1914.

2. Le mortier lourd de côte : (schwere Küsten Mörser)

de 30,5 cm - pièce lourde et difficile à manier. Cette pièce, tirant à poudre noire, n'apparut que devant Anvers.

A ne pas confondre avec la pièce suivante:

3. Le mortier Autrichien de 30,5 cm

A l'encontre de la pièce allemande, il était plus maniable; (transport en trois chariots à roues métalliques : plate-forme - affût berceau - tube).

Il y avait en 1914, 24 pièces "30,5 cm M.11" disponibles.

En 1917 on comptait 72 pièces construites. Le 4 août 1914, les Austro-Hongrois ne sont pas en guerre, mais suite aux difficultés des allemands devant Liège, ils mettent à leur disposition 8 pièces d'abord, portées par la suite à 24.

Ces 8 pièces n'étaient pas à Liège, mais furent présentes à Namur et à Anvers. (N.B. - Ces pièces ont été construites chez SKODA).

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4. Le mortier de 42 cm type gamma

En 1906, Krupp avait réalisé un obusier de 420 mm de calibre, appelé "Kurze Marine Kanone" type gamma. Il s'agissait d'un canon sur platte-forme fixe. Le transport nécessitait deux trains complets. Cette pièce était donc tributaire du chemin de fer. En pratique, elle ne joua aucun rôle marquant devant Liège, mais par la suite à Anvers. Elle fut néanmoins présente à Liège dès le 15 août 1914. En effet, une batterie de deux pièces a été montée au parc d'Avroy en vue de réduire les deux derniers forts de Flémalle et Hollogne, qui se rendirent le 16 août à 0710 Hr et 0725Hr respectivement. Les premiers coups de réglage furent précisément tirés le 16 août vers cette heure. Pour 0800 Hr les tirs avaient cessé. Cette batterie, arrivée trop tard n'eut aucun effet à Liège, mais bien à Anvers. Il y eut cinq canons de ce type en 1914.

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5. Le mortier de 42 cm type M

Devant les difficultés d'emploi du 42 cm. gamma, on chercha un modèle de canon plus mobile mais semblable en calibre. C'est alors que Krupp réalisa une batterie de deux pièces en 1913, laquelle fut prête au moment du déclenchement des hostilités en août 1914. C'était la Batterie n°3 (Erdman) en cours d'exercice à Essen en août 1914).

Le calibre du type M était, comme le gamma, de 42 cm, mais l'obus passa de 923 à 796 kg. La portée fut ramenée de 14 Km. à 9 Km. Cela permet une manipulation plus aisée des mortiers et leur transport par route.

Par canon, il fallait cinq remorques :

- une voiture - agrès

- une voiture - plate-forme

- une voiture - berceau et bêche

- une voiture - affût

- une voiture - bouche à feu

(voir tableau des caractéristiques des pièces ci-après).

Ce type de canon est celui qui provoqua, par son tir, l'explosion du fort de Loncin. Les allemands firent à son sujet un battage publicitaire destiné à bien implanter la suprématie de l'artillerie allemande. Il porta le nom de : "Grosse Bertha" (prénom de Madame Krupp). A ne pas confondre avec le "Lange Max" qui tira par la suite sur Paris, (calibre 210 mm - portée : 110 km.) et appelé aussi, mais à tort "Grosse Bertha". Le 420 mm M n'avait qu'une portée allant jusque 9 Km. et les allemands étaient à 120 Km. de Paris.

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6. Les "Minenwerfer"

Cette arme fut particulière aux allemands en 1914. Elle fut présentée en 1912 par Rheinmetall. Il y avait à ce moment deux types de fort calibre : 245 mm - lourd et 170 mm - moyen. Par la suite il y eut un modèle léger. La portée était courte : 900 à 1000 mètres, mais le projectile était relativement lourd (50 kg. pour le lourd) et la proportion d'explosif était importante. C'était une arme qui connut ses heures de gloire dans la guerre de tranchée. Une première série de ces engins fut mise en batterie devant le fort  de Fléron (cela fit penser que Fléron aurait reçu des coups de 420).

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EN 1940

I.  Remarques préliminaires

Après avoir passé en revue les canons lourds de 1914 et avant de voir les types de 1940, il faut faire quelques remarques :

1. Forte de l'expérience de 1914, l'armée belge a mieux construit ses fortifications. Le béton est cette fois armé; il est plus épais; les blocs sont, dans les ouvrages modernes, dispersés; les services, casernes, groupes électrogènes, centres de transmission ou de tir sont mieux enterrés (jusque ± 30 mètres).

Bref, cette fois, il ne faut plus craindre les gros calibres.

2  Si nous examinons un plan de feu (voir ci-après) prévu par les allemands pour Aubin Neufchâteau, on constate avec étonnement, outre la présence de gros calibres, l'apparition de deux armes nouvelles par rapport à 1914.

a. l'attaque par Stuka

b. la présence du "Flak Régiment 246"

Or, Flak signifie "Flieger Abwehr Kanone".

Que vient donc faire ce Canon de défense anti-aérienne dans l'attaque d'un fort ? C'est ce que nous verrons plus loin.

Il s'agit de célèbres canons de 8,8 cm FLAK devenus aussi 8,8 cm PAK (Panzer abwehr Kanone).

Quant à l'aviation, c'est évidemment la révélation de la campagne de 1940.

ATTAQUE de NEUFCHATEAU - PLAN de FEU

Selon un document allemand le 20.5

1.- A.R. 223 - 12 obusiers de 150

2.- Batterie 779 - 2 mortiers de 305

3.- Batterie 810-1 mortier de 355

4.- Eisenbahn. Batterie 695 - 2 canons de 280

5.- Eisenbahn. Batterie 696 - 2 canons de 280

6.- Eisenbahn. Batterie 717-2 canons de 170

7.- Eisenbahn. Batterie 718-2 canons de 170

8.- Flak R. 246 - en liaison avec infanterie

9.- Stuka Angriff

Coups Prévus

420 coups de 150

24 coups de 305

15 coups de 355

2 x 25 coups de 280

2 x 40 coups de 170

3. II faut aussi rappeler qu'à Munich, Daladier et Chamberlain ont "lâché" la Tchécoslovaquie à Hitler dans l'espoir de sauver la paix. Or, c'est un cadeau royal qui a été fait à Hitler : en effet, celui-ci a trouvé en Tchécoslovaquie :

a. des chars excellents (SKODA) qui devinrent dans ses "Panzer-Divisionen" les PzKfw 35 (t) et PzKfw 38 (t), lesquels complétèrent les divisions qui percèrent à Sedan.

b. des canons Skoda de 30,5 cm - les mêmes qui mirent à mal (sous le nom Autro Hongrois) les forts de Namur et d'Anvers en 1914.

c. un embryon de ligne Maginot en cours de construction - il y avait de quoi se faire une bonne idée des fortifications modernes belges ou françaises.

Les allemands ont certainement médité devant les fortifications Tchèques sur la meilleure façon de les mettre à mal (exercices compris).

II. Les armes

Voyons maintenant quelles armes furent employées en 1940 par les allemands.

1. Etant donné que l'attaque des forts est du ressort des divisions d'infanterie, on retrouvera comme en 1914, l'artillerie divisionnaire classique et comprenant cette fois en priorité le 105 mm (FH 18) devenu le canon courant (remplaçant le 77 en voie de disparition).

Il y eut aussi d'autres calibres mais non significatifs sauf le 150 mm, canon bien représenté dans l'arsenal de l'artillerie allemande.

Exemple : plan de feu pour Aubin - présence pour la journée du 20 mai de l'"Artillerie Régiment 223" soit 12 obusiers de 150 mm. avec 420 coups prévus contre Aubin.

2. Canons de 1914 réutilisés en 1940 :

a. un tube de 420 mm repéré par Hitler lors d'une visite chez Krupp. Hitler donna l'ordre de remettre ce tube en service sur nouvel affût.

Il semble que ce canon fut présent à Liège.

Il le fut en tous cas devant l'ouvrage du Schonenbourg de la Ligne Maginot et à Sébastopol.

b. un certain nombre de canons tchèques (ex - autrichiens) de 30,5 cm dont nous avons déjà parlé.

Ces pièces ont été construites chez Skoda qui après la guerre se trouva en Tchécoslovaquie.

Un certain nombre de ces pièces semble être restées en souffrance et Hitler en récupéra un certain nombre qui furent à nouveau utilisées contre les alliés. Deux de ces pièces ont tiré sur Aubin le Château (voir plan de feu d'une journée sur Aubin).

Le transport de ce mortier nécessitait trois chariots :

- un chariot - plate-forme - 10 T

- un chariot - porte-sellette, affût et berceau - 10 T

- un chariot - porte-canon - 8,5 T

c. Un certain nombre de canons de 21 cm. "Lange Mörser M.16" - II s'agit des canons de 1916 calibre 21 cm, re conditionnés sur affûts plus modernes. Ces canons très puissants et maniables ont joué un grand rôle en1914; ils apparaissent fort modestes en 1940 et ne semblent plus avoir fait preuve de performances particulières.

3. Artillerie sur voie ferrée :  (Eisenbahn-geschütze)

Au début de 1914 il n'y avait pas d'artillerie sur voie ferrée. Ce sont les français, qui par manque de canons lourds, vont en urgence, placer des tubes de marine sur des "affûts truck" d'abord à deux essieux, puis sur des affûts de plus en plus lourds utilisant 2 voire 3 bogies à 4 ou 5 essieux.

En 1914 les allemands restèrent fidèles aux canons sur plaques de base fixes et rotatives.

En 1940, devant les succès des canons sur voie ferrée (A.L.V.F.) en 1916-17, les allemands avaient prévu des équipements similaires. Au moment de l'attaque sur Liège les canons suivants ont été repérés :

a. canon de 17 cm (probablement le 17 cm SK-L/40(E).

Il s'agit d'un canon de calibre 170 mm (existant aussi en150 mm) monté sur un wagon plat à 2 bogies avec bras d'équilibre repliables. Le canon pouvait tourner sur 360°; sa portée était de 26 Km. Il y eut au moins deux batteries à deux pièces à Aubin (batteries n° 717 et n° 718) et une autre batterie n° 676. 0n n'en sait pas plus.

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b. canon de 28 cm. Dès 1936 un vaste programme de rééquipement prévoyait des canons lourds sur voie ferrée. Krupp avait ce programme en charge et tout ne fut pas prêt pour 1940. Toutefois, un certain nombre de pièces fut disponible. On repère à Aubin les deux batteries 695 et 696, chacune avec deux canons de 28 cm. Il y eut aussi une batterie n° 780, également avec le calibre 28 cm.

Le calibre de 28 cm fut caractéristique d'une série de canons sur voie ferrée dénommés BRUNO.

Il y eut :

- Le Th. K (E) d'un calibre 23,8 cm; portée : 26.750 m (prototype ?)

- Le Th. Br. K (E) - 23,8 cm (Theodor Bruno); portée : 20.200 m - six pièces construites

- Le Kz. Br. K (E) - 28,3 cm (Kurze Bruno) (c); portée : 29.500 m - huit pièces construites

- Le Lg. Br. K (E) - 28,3 cm (Lange Bruno); portée 28.500 m - trois pièces construites

- Le S.Br K (E) - 28,3 cm (Schwere Bruno) (d); portée : 29.400 m - deux pièces construites

- Le Br. N. K (E) - 28,3 cm (Neùe Bruno) (e); portée : 46.600 m (tube de 16,4 m) - trois pièces construites

- Le canon précédent fut suivi du K 5 (E) qui semble être la version définitive, construite à 25 exemplaires - même calibre - portée : 62.400 m - tube 21.538 m

A notre avis, les canons à prendre en considération à Liège en mai 1940 seraient l'un ou l'autre des modèles c d, ou e ci-dessus.

4. Dans le plan de tir sur Aubin Neufchâteau figure un canon de calibre inhabituel : le 355 mm. Il est mentionné comme faisant partie de la Batterie 810. Nous trouvons la description de ce canon dans Waffen Revue n° 49 E 5052 F – 2ème trimestre 1983.

En 1940, il y avait au plus un canon de ce type (une pièce prête en décembre 1939 et une en mars 1942) sur toute la guerre huit pièces furent construites.

La revue précitée mentionne la batterie 641 qui en 1943 avait deux pièces de 35,5 cm. La désignation de ce canon dont le seul exemplaire en 1940 fut présent à Liège, était "35,5 cm Mörser M. 1". Ajoutons que c'est précisément ce canon qui fut par la suite utilisé à Battice pour faire des essais avec l'obus Röchling.

Nous vous renvoyons pour cette pièce au bulletin du CLHAM avril-juin 1983 Tome II - fascicule 2, lequel donne à son sujet toutes précisions.

5. Les canons anti-char.

Nous avons remarqué dans le plan de feu contre Aubin la présence du 8,8 cm. Flak ! Les allemands qui étaient passés maîtres dans l'arme blindée, avaient également étudié les armes anti-char. La caractéristique principale était leur tir tendu ce qui permettait une visée directe sur l'objectif. En outre leur vitesse initiale (Vo) était nettement supérieure aux canons classiques, ce qui assurait une pénétration supérieure de l'obus anti-char.

a. Le premier type de canon réalisé (en grand nombre) fut le 3,7 cm PAK 36. C'est un petit canon très léger et maniable, en dotation dans toutes les divisions allemandes et qui fut célèbre au début de la guerre 40-45, mais toutefois moins que le "88".

b. Le deuxième canon anti-char disponible en 1940 fut le 8,8 cm PAK, lequel, en fait, n'était autre que le 8,8 cm FLAK, anti-aérien utilisé pour la défense anti-char compte tenu de ses caractéristiques. Voir en annexe les caractéristiques de ces deux canons et leur image.

L'idée d'utiliser les canons anti-chars contre les forts devait venir normalement aux allemands cherchant à neutraliser les blindages (embrasures, coupoles, cloches) des forts.Ces canons furent utilisés en tir direct chaque fois qu'il leur fut possible de s'approcher, car leur portée (inférieure à celle des 75 de tourelle) les exposait à la destruction en cas de repérage.

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Tableaux annexes

Tableau A

    Obusier lourd Type 1911 Langer Mörser Type 40/45 Schwere Küsten Mörser Skoda Mörser Type 1911
Calibre mm 211 211 305 305
Poids Kg 5.450 9.220 12.150 21.000
Tube (longueur) mm 2.520 3.063   3.100
Projectile Kg 120 120 445 380
Cadence/heure   10 30 4 10
Portée m 8.000 11.100 12.400 9.600
Angle vertical ° 0-70 0-70 0-65 0-70
Angle horizontal ° 6 6 360 120

Tableau B

    Kurze Marine Kanone Type Gamma Kurze Marine Kanone Type M Mörser Thor Canon Dora
Calibre mm 420 420 600 800
Poids Kg 100.000 58.000 120.000 1.300.000
Tube (longueur) mm 7.000 5.000 5.068 32.480
Projectile Kg 923 796 2.200 4.800 (*)
Cadence/heure   6 10 6 3
Portée m 14.000 9.000 6.800 47.000
Angle vertical ° 0-64 0-70 50-60 0-53
Angle horizontal ° 6 6 3 0

(*) Projectile blindé - poids : 7.000 Kg

Tableau C

Minenwerfer Ehrhardt

  lourd moyen
Calibre mm 245 170
Poids Kg 620 483
Tube (longueur) mm 860 600
Projectile Kg 50 17
Portée m 900 1.030
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Leichte 105-mm-Feldhaubitze 18(LFH-18) - Deutschland

Kaliber: 104,9 mm

Gewicht in Fahrstellung : 1.985 Kg

Lange in Feuerstellung : 5.994 mm

Lange in Fahrstellung : 5.588 mm

Breite in Feuerstellung : 3.580 mm

Breite in Fahrstellung : 2.010 mm

Höhe in Fahrstellung : 1.800 mm

Rohrlänge : 2.706 mm

(25,77 Kaliber)

Hohenrichtbereich : -5 bis +42°

Seitenrichtbereich : 56 insges

Höchstschussweite : 10.600 m

Feuergeschwindigkeit : 6-8 Schuss/min

Munitionsart : Sprengmunition, panzerbrechende Munition

Nebelgeschosse usw.:

Gew. des Sprenggeschosses : 14,8 Kg; Vo = 670 m/s

Bedienung : 6-10 Mann

Zugmittel : Lkw

Die 105-mm-LFH-18 wurde erstmals im Jahre 1935 von Rheinmetall hergestellt.  Sie war die Standard-Feldhaubitze der deutschen Divisionsartillerie. Rücklauf-und Vorholesystem ist hydropneumatisch. Die Lafette ist eine Spreizlafette, bei der der  Erdsporn des einzelnen Holms in Fahrstellung nach vorn auf dir Holmoberseite geklappt wird. ...

C. LES METHODES D'ATTAQUE

EN 1914.

Lorsque le 4 août 1914, les allemands entrent en Belgique, ils croient a un effondrement rapide de l'armée Belge et Liège, avec ses forts ne les préoccupe pas outre mesure. En effet, ils ont bien prévu des canons spéciaux contre les fortifications (les 420 - Grosse Bertha - voir plus loin) mais en pensant aux forts français; ces pièces sont toujours à Essen, chez Krupp, à l'exercice (Batterie Erdmann).

Dès le 5 août Barchon et Evegnée se trouvent sous le feu des obusiers lourds de 21 cm. Les troupes belges d'intervalle se retirent et le 8 août les allemands annoncent la prise de Liège. C'était vrai mais partiellement, car les forts, livrés à eux-mêmes, résistaient toujours. A ce moment, le Général von Bülow demandait l'envoi d'urgence de la batterie n°3 - (Batterie Erdmann de deux canons de 420 type M.). En attendant, les troupes allemandes procèdent à l'investissement des forts, à des préparations d'artillerie avec leur artillerie organique (calibre jusque 21 cm) suivies d'attaques d'infanterie; cela est donc très classique. Mais les forts se défendent; rappelons qu'il y a dans les forts une partie d'infanterie qui peut monter sur le massif central et se défendre derrière des banquettes prévues à cet effet. Aucun fort n'est pris de cette façon.

Les allemands placent alors leur espoir dans leur artillerie lourde et changent de tactique. Celle-ci consiste à écraser les forts sous une artillerie très puissante jusqu'à destruction.

Toutefois, à Liège, cette tactique n'eut pas le temps de sortir ses effets rapidement. Si l'on examine les dates, on constate que les deux canons de 42 cm. type M. (les deux seuls qui furent mis en oeuvre à Liège) n'arrivèrent que le 10 août à 23 heures à Herbestal. Ce n'est que le 12 août, à Mortier, que la batterie ouvrit le feu contre Pontisse (commencé à 1745 Hr le 12, il fut poursuivi le 13). Le fort hissa le drapeau blanc après le 23eme coup. A noter que Pontisse était sous le feu des pièces de 7,7 cm, 13 cm et 15 cm depuis le 5 août (période des assauts d'infanterie) et le 9 août les obusiers de 21 cm entrent en jeu.

Ici il faut .attirer l'attention sur le fait que les forts de 1914 avaient des carapaces de béton calculées pour résister au 21 cm maximum, mais un 21cm de 1887.

L'énergie cinétique à l'arrivée de l'obus lors des essais était 240 t/m; or le 21 cm allemand de 1914 avait 540 t/m.( voir R.B.H.M. XVIII-8 Dec 70 page 624 - L'énergie est donnée en tonne/mètre). Il était donc a lui seul plus que suffisant pour mettre à mal les forts belges. Les allemands étaient bien pourvus en canons de 21 cm.

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Revenons à Liège et au 42 cm. Après Pontisse le canon se retourna contre Loncin le 15 août. Le tir commença vers 15 heures et vers 1615Hr, le fort fit explosion (au 25ème coup de 420). Ce furent les deux seuls forts qui subirent le tir des 42 cm. (la Grosse Bertha).

Quand on regarde les dates des redditions (voir tableau) on constate qu'en fait le calvaire des forts est dû en ordre principal aux canons de 21 cm. En tout état de cause, les allemands mirent au point à Liège la tactique ultérieurement employée à Maubeuge - Namur - Anvers.

Quelles furent donc les causes qui obligèrent les défenseurs des forts à hisser le drapeau blanc ?

A Liège les forts tirent en 1914, une moyenne de 10 à 11 jours ce qui est plus qu'honorable. Dans le premier stade la résistance fut active et les allemands furent gênés par les forts. Mais, une fois l'investissement mis en place, la situation changea. Tout d'abord, les forts furent peu à peu privés des observatoires extérieures (points hauts, clochers d'église) ce qui limita les possibilités de réaction des coupoles. Ensuite le bombardement, même sans les 420, fut destructeur. Si l'on excepte Loncin (où c'est le magasin à poudre qui explosa) l'artillerie ne parvint pas néanmoins à détruire de fond en comble l'ensemble des casemates et galeries (on les retrouve en bon état encore aujourd'hui (voir Lantin).

Par contre, les superstructures furent entamées et, ne l'oublions pas, le béton n'était pas armé. Il en résulte que même si les calottes des coupoles se sont bien comportées, le béton entourant ces coupoles, s'est détérioré, ne jouant plus son rôle de protection. Des coupoles se calèrent ou furent endommagées latéralement par les obus.

Ajoutons que pour les coupoles de 210 mm il n'y avait pas de protection latérale par manteau cylindrique; il en résulte que les servants de ces coupoles furent exposés aux éclatements des obus au point que les flammes provenant d'explosions dans le béton entourant ces coupoles, pouvaient provoquer l'explosion des munitions de l'obusier de 210 (Chaudfontaine).

Une autre caractéristique des forts de 1914 était leur peu de profondeur. Cela signifie que les chambrées, locaux de tir, casemates, couloirs, etc étaient en permanence sous l'influence des bombardements : d'où la conséquence : exposition à des dégâts locaux, poussière de béton, fumée et gaz d'explosions, inquiétude, nervosité, manque de sommeil et de repos, etc. On peut comprendre que la résistance a dans ce cas des limites pour tout homme normal.

Il y a lieu d'ajouter que la ventilation était inexistante, le fort ayant tendance à aspirer l'air extérieur chargé de gaz et poussières; à cela s'ajoutait enfin l'absence de toilettes et sanitaires convenables, entraînant des odeurs pestilentielles. L'air devenait peu à peu irrespirable. C'est cette atmosphère intérieure dantesque, ajoutée à la mise hors service progressive des tourelles qui mirent fin à la résistance des forts.

A LIEGE

Selon des informations prises ça et là nous pouvons dire à propos de certains forts :

* LONCIN : le jour de la chute (le 15/8), le fort reçut un obus de 420 vers 17 h. dans le magasin à munition. Le fort explosa littéralement, ensevelissant une grande partie de sa garnison. Le fort est resté dans l'état où il se trouvait et est devenu un monument.

* PONTISSE : subit un bombardement de divers calibres et finalement le 420 vint s'y ajouter. Il reçut 43 coups de 420. Il eut ses tuyaux de WC crevés. Les deux coupoles de 5.7 de tête ont été pulvérisées. Les autres coupoles ont été disjointes et avariées. Reddition.

* BARCHON : premier fort à tomber. Assaut des 210 situés à 4.500 m - observatoire allemand à Blegny - inondation - air irrespirable - grosses coupoles bloquées - capitulation.

* EVEGNEE : Tir des 210 - mise hors service des canons des tourelles.

* EMBOURG : deux coupoles de 5,7 ont été détruites. La grosse artillerie s'est coincée - manque d'eau.

* FLERON : Tir des 210 auxquels se sont ajoutés les mortiers Ehrhardt de 240 (Minnenwerfer) à 800 m - artillerie hors service.

* LANTIN : Fort non terminé - coupoles calées sous le tir allemand - état sanitaire à toute extrémité.

Le 16 août il restait FLEMALLE et HOLLOGNE qui se sont rendus au moment:où la batterie des 2 x 420 gamma du parc d'Avroy ajustait ses tirs.

Remarque : il y a également lieu d'attirer l'attention sur le fait que l'artillerie lourde allemande tirait depuis des emplacements situés hors de portée des canons équipant les forts belges.

Les forts de Liège en 1914 et 1940

Forts

Reddition 1914

Résistance

Reddition 1940

Résistance

BARCHON

8 août

5 jours

 18 mai

9 jours

EVEGNEE

11 août

8 jours

 19 mai

10 jours

FLERON

14 août

11 jours

 16 mai

7 jours

CHAUDFONTAINE